Accueil |Nationale |

ENTRE LE PLAN DE TRAVAIL DU PRÉSIDENT ET LA FEUILLE DE ROUTE DE L'OPPOSITION

La troisième voie

Par
Taille du texte : Decrease font Enlarge font
La majorité des manifestants est constituée de jeunesLa majorité des manifestants est constituée de jeunes

Autant il n'est pas question de répondre à toute la feuille de route de l'opposition, autant on estime qu'une solution médiane est le meilleur moyen pour le pays, de sortir assez vite de l'impasse.

Après avoir demandé l'activation de l'article 102 de la Constitution, ensuite une période de transition destinée à écrire une nouvelle Constitution, des partis de l'opposition, désormais réunis sous la coupe d'un collectif: «Forces du changement pour soutenir le choix du peuple», proposent d'attendre la fin de l'actuel mandat du chef de l'Etat pour le remplacer par un présidium. Une solution «insensée» et porteuse de risque. Et pour cause, le pays est déjà dirigé par un président qui promet de céder le pouvoir avant la fin de l'année. L'opposition «oublie» cet important détail et se concentre sur un groupe de personnalités censées présider aux destinées du pays, sans qu'on en connaisse l'identité, le nombre et encore moins le mode de désignation, qui formeraient un gouvernement d'union nationale.
Le principe même de la direction collégiale constitue un motif de fragilité de la proposition de sortie de crise. Outre qu'elle pose un problème sérieux de crédibilité aux yeux de l'opinion et qu'il n'existe aucun mécanisme à même de désigner une personnalité plutôt qu'une autre, cette forme de gouvernance a montré ses limites en Algérie. Le pays a déjà testé le présidium, à travers le HCE. Même si à l'époque, les personnalités choisies avaient chacune un ancrage dans l'histoire du pays et représentait un courant de pensée ou un levier du pouvoir, elles n'ont pas évité au pays de sombrer dans le chaos terroriste. Jusqu'à la désignation de Liamine Zeroual à la présidence de l'Etat, le pays n'avait, pour ainsi dire, pas de tête à proprement parler. Laisser la nation basculer dans cette forme inconstitutionnelle de gouvernance, c'est ne pas faire cas des dangers potentiels qu'elle sous-tend.
Cela dit, ces «forces du changement pour soutenir le choix du peuple» qui, soit dit en passant, ne pèsent pas lourd sur l'échiquier politique du pays et peinent à imprimer leur volonté à la rue, ont tout de même évolué dans leur approche face à la crise qui secoue le pays. En proposant d'écourter au maximum la durée de la transition, elles reconnaissent la dangerosité d'une trop longue exposition de l'Algérie à la menace du chaos. Mais en refusant toute idée de composer avec le plan d'action présenté par le président de la République, elles passent sous silence une solution intermédiaire qui ferait économiser au pays un état «métastatique» chargé d'incertitude. En effet, ce qu'elles proposent mettra le pays entre parenthèses et cela induira des conséquences néfastes sur l'économie du pays qui s'en trouvera frontalement touchée. Il n'est pas possible d'espérer une croissance économique sous un présidium, quand bien même elles arriveraient à le constituer. La perte de temps qui s'en ressentira sera très difficilement rattrapable.
Au moment où le pouvoir et l'opposition se regardent en chiens de faïence, alors que la rue s'impatiente à passer le cap de la présidentielle avec un minimum de casse, il serait indéniablement profitable pour tous, que les «forces du changement pour soutenir le choix du peuple» reconsidèrent leur position de principe, qui consiste à tourner le dos au président de la République, maintenant que la nécessité de retourner très vite à la légalité constitutionnelle fait consensus.
Cette option est désormais dominante dans les cercles de décision traditionnels, affirme-t-on de bonnes sources. Autant, il n'est pas question de répondre à toute la feuille de route de l'opposition, autant, en haut lieu, on estime qu'une solution médiane est le meilleur moyen pour le pays, de sortir assez vite de l'impasse.
Le président Bouteflika qui a promis dans ses messages vouloir partir à la fin de l'année, n'objectera donc pas, croit-on savoir, de nommer un Premier ministre qui fasse consensus. Ayant déjà promis de n'interférer en aucun cas dans les travaux de la Conférence qu'il avait annoncée dans ses messages, il n'a pas l'intention de s'ingérer dans la préparation de la nouvelle République. De fait, si l'opposition comprend la nécessité d'éviter le présidium et admet le maintien à son poste du président de la République, jusqu'à la prochaine élection présidentielle, cela permettra une transition très courte et sereine. Si cette troisième voie est adoptée par les uns et les autres, il sera aisé de la défendre auprès de l'opinion publique qui ne verrait certainement pas d'incontinent à une petite rallonge de quelques mois de l'actuel mandat, du moment que cela permet d'éviter le chaos, d'une situation susceptible de devenir incontrôlable.

Réactions (0)

total :| Affiché :

Réagir à cet article

Entrez le code que vous voyez dans l'image s'il vous plait:

Captcha