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AUCUN D'ENTRE EUX N'A PU ALLER AU TERME DE SON MANDAT

La malédiction des présidents algériens

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La malédiction des présidents algériens

«Au terme de cette malédiction, tout président de la République qui toucherait à la Constitution serait condamné à perdre son poste dans les trois années qui suivraient», a souligné Boukrouh dans une récente contribution

Jamais deux sans trois, dit l'adage populaire. Après Chadli Bendjedid contraint à la démission, le 11 janvier 1992, après Liamine Zeroual qui a quitté le pouvoir le 3 septembre 1998, vient le tour de Abdelaziz Bouteflika. Au pouvoir depuis avril 1999, date de son élection, il a répondu, hier, à une demande de la rue qui a exigé son départ, une demande reprise également, depuis quelques jours par l'institution militaire. Le communiqué de la Présidence a affirmé que «le président de la République, Abdelaziz Bouteflika, démissionnera «avant le 28 avril prochain», date de «la fin de son mandat électif». Ainsi se termine une aventure qui a duré 20 ans à la tête de l'Etat. Cette démission a été à maintes reprises évoquée dans les différents scenarii des analystes politiques. Le profil et le caractère du personnage ne le destinaient pas à jeter l'éponge avec une aussi grande facilité. Mais pouvait-il faire autrement dans un contexte national intenable? Le pays est au bord de l'explosion. La clé étant entre les mains du président, il fallait sauter le verrou pour que la fièvre qui s'est saisie du peuple retombe. Il l'a fait hier. Cette démission ouvrira, bien évidemment, la voie à une période de transition qui permettra de réunir les conditions à même de donner la parole au peuple, et c'est à lui de décider de la nature des institutions qui conviennent à sa société et à son temps, avant d'élire ses mandants. Cependant, un fait anodin mérite d'être relevé, même s'il contredit les esprits cartésiens.
Il y a comme une sorte de sortilège entre ces présidents et la Constitution que le prolifique Noureddine Boukrouh avait expliqué par «la trahison du sang des martyrs». Aussi, dans une récente contribution, Boukrouh soutient «qu'au terme de cette malédiction, tout président de la République qui toucherait à la Constitution serait condamné à perdre son poste dans les trois années qui suivraient». L'ancien ministre du Commerce rappelle que le premier président de la République Ahmed Ben Bella a, dès les premières années de l'indépendance, empêché l'élection d'une Assemblée constituante. Il a confié l'élaboration de la première Loi fondamentale du pays au parti FLN. Moins de trois années après il a été renversé par le coup d'Etat du colonel Houari Boumediene.
Confortablement assis sur le trône, Boumediene gèle la Constitution, règne sans partage et gère le pays avec une main de fer. Il se décide enfin en 1976 à ouvrir de larges débats sur la Charte nationale avant d'élaborer une nouvelle Constitution. Trois ans après, il meurt d'une maladie mystérieuse
Le texte de Boumediene lui survit jusqu'à 1989, avant d'être révisé par son successeur, le président Chadli Bendjedid. Après l'explosion du 5 Octobre 1988, ce dernier, fait réviser la Constitution de 1976 sous la pression des évènements d'Octobre 1988 pour y introduire le multipartisme. Moins de trois années après, l'armée le pousse à la porte et il dépose sa démission en janvier 1992. Depuis cette date, la parenthèse d'une effroyable guerre civile a été ouverte en Algérie et qui a vu Mohamed Boudiaf, chef d'état, assassiné en direct devant les caméras de la télévision à Annaba en juin 1992. Boudiaf n'a pas proposé de révision constitutionnelle, mais il s'apprêtait à le faire dans le cadre des grands chantiers de réformes qu'il a ouverts, notamment dans le sillage de son Rassemblement patriotique.
Arrive le général Zeroual, élu président en 1995, il a changé la Constitution de 1989 pour créer le Sénat et limiter le nombre des mandats présidentiels à deux. Trois ans plus tard, il jette l'éponge et le général démissionne à la surprise générale. Arrivé au pouvoir en avril 1999, Bouteflika a eu à triturer de long en large la Constitution qu'il remanie en 2002, 2008 avant d'en élaborer une nouvelle en 2016 et... trois ans plus tard, il démissionne sous la pression de la rue.

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