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L'ALGÉRIE S'EST RÉVEILLÉE HIER, SANS SON PRÉSIDENT BOUTEFLIKA

Les dernières heures d'un règne

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Qui sera le prochain président?Qui sera le prochain président?

A 19 h 11 minutes, une dépêche de la très officielle agence APS, annonce que le Président Bouteflika a notifié sa décision de démissionner. C'est l'alerte dans les rédactions de journaux, les télévisions relaient l'information en boucle, les messages fusent, les réseaux sociaux s'affolent.

Dans les annales de notre Histoire, mardi dernier restera gravé dans les mémoires comme étant la journée où l'Algérie a entrebâillé les portes de la IIe République. Une journée folle marquée par d'incroyables rebondissements et surtout chargée d'émotion en voyant le président Bouteflika vêtu d'une gandoura remettre sa démission après 20 ans de règne. Une journée durant laquelle il a été mis fin au bras de fer entre la présidence de la République et le mouvement Hirak entamé depuis le 22 février dernier. Tout est parti la veille, c'est-à-dire lundi, quand l'ancien patron du département de renseignement et de sécurité (DRS), le général de corps d'armée à la retraite Mohamed Mediene, dit Toufik, a répondu à de graves accusations portées contre lui. La chaîne Echorouk TV l'a nommément cité d'avoir tenu des réunions avec Saïd Bouteflika, le général Tartag, l'ambassadeur de France en Algérie et des agents de la Dgse pour comploter contre l'Algérie. Déstabilisé, piqué au vif le général de corps d'armée Toufik réplique en niant ces accusations et cette réunion. Au tout début de la journée de mardi, l'ancien président de la République Liamine Zeroual entre en scène et rompt le silence. Dans une déclaration envoyée à la presse, il torpille le général de corps d'armée Toufik. Zeroual confirme avoir rencontré Toufik à la demande de ce dernier qu'il lui a proposé de présider l'instance de gestion de la période de transition. Pour enfoncer Toufik, l'ancien président de la République précise que «cette proposition est le fruit d'un accord avec Said Bouteflika, conseiller à la présidence de la République». Le général de corps d'armée Toufik se fait ramasser à la cuillère quand Liamine Zeroual laisse entendre qu'il a refusé l'offre. Il ajoute avoir exprimé au général Mediene sa «confiance totale dans les millions de manifestants» lui rappelant «la nécessité de ne pas entraver la marche du peuple algérien qui a récupéré sa souveraineté». Froide vengeance de Zeroual qui, 20 ans plus tôt, a été contraint à la démission de la Présidence par l'entremise du général de corps d'armée Toufik. Juste après le communiqué de Zeroual, les événements s'accélèrent à une vitesse vertigineuse. En l'espace de quelques heures après la sortie de Liamine Zeroual, deux communiqués en lien direct avec les événements et «émanant» de la présidence de la République ont été démentis. Le premier diffusé sur les réseaux sociaux en début de soirée de lundi, annonçait le limogeage du chef d'état-major Ahmed Gaïd Salah. Il a créé une grande panique doublée de folles rumeurs faisant état de l'encerclement du siège de la télévision nationale par l'armée. Un autre communiqué, signé de Mohamed Ali Boughazi, conseiller du président vient compliquer l'équation. «La présidence dénonce un coup d'Etat et appelle le peuple à soutenir les institutions légitimes contre les putschistes.» Boughazi a formellement démenti avoir signé ce document. C'est l'incompréhension. La passe d'armes entre la Présidence et l'armée a atteint son apogée... Quelques heures plus tard, trois télévisions, Echourouk TV, El Bilad TV et Ennahar TV, annoncent une «importante réunion au siège de l'état-major de l'armée. Elle regroupe les commandants de Forces, les commandants des Régions militaires, le secrétaire général du ministère de la Défense nationale et les chefs des deux départements de l'état-major. Des bribes du discours de Gaïd Salah sont diffusées. Le ton se fait particulièrement menaçant entre les deux acteurs. Jamais un réquisitoire aussi violent et implacable n'a été prononcé par l'institution militaire qui accusait frontalement la Présidence. L'heure est grave. L'armée somme le président de s'appliquer immédiatement à l'article 102 de la Constitution. A 19 h 11 minutes, une dépêche de la très officielle agence APS, annonce que le président. Bouteflika, a notifié sa décision de démissionner. C'est l'alerte dans les rédactions de journaux, les télévisions relaient l'information en boucle, les messages fusent, les réseaux sociaux s'affolent.Vers 22h30, la télévision publique diffuse des images de Abdelaziz Bouteflika, assis sur son fauteuil roulant et affaibli, entouré de Abdelkader Bensalah, le président du Conseil de la nation et de Tayeb Belaïz, le président du Conseil constitutionnel à qui le président remet un document. Ainsi se termine un règne qui a duré vingt ans.

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