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ABDELHAMID LARBI CHERIF, COLONEL À LA RETRAITE ET EXPERT, À L'EXPRESSION

"La fin de mission de Tartag était prévisible"

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L'Expression: Quelle lecture faut-il faire de la fin de mission du général Tertag?
Abdelhamid Larbi Chérif:
J'en fais d'abord le constat suivant: ce nouvel épisode, autre conséquence directe de la mobilisation populaire est tout simplement la fin d'une gestion hasardeuse des services de renseignement. Je n'invente rien en affirmant que les services devraient être à la hauteur de la menace stratégique à laquelle est confronté le pays et non pas un service de police politique au profit de personnes, sans charges constitutionnelles bien identifiées.
Ceci m'amène à évoquer le sens de cette fin de mission. Vous aurez certainement compris que Tartag n'avait, pour ainsi dire, plus de mission, au moment même où son «donneur d'ordres» a perdu sa fonction. Ne tournons pas autour du pot et disons que la fin de mission du frère du président, signifie celle de Tartag. Ce conseiller de la Présidence a agi en toute «extra-constitutionnalité», en pilotant des arrestations arbitraires de journalistes et même du DG d'une chaîne de télévision privée. Vous noterez que ces interpellations s'étaient opérées en dehors du droit, donc sans la justice et forcément en contradiction avec la Loi fondamentale du pays.
Quant à la lecture que je fais de cet état de fait, c'est tout simplement, la fin d'une infraction à la réglementation militaire. Celle-ci interdit à un civil de commander des formations militaires. En retournant à la présidence de la République après son départ à la retraite, Tartag avait donc clairement la casquette d'un civil.

Dans quelle mesure la situation que traverse le pays influe-t-elle sur le fonctionnement des services de renseignement?
La situation est critique. Elle nécessite une vision commune et une stratégie pour faire face aux défis et menaces, tant internes qu'externes. Il est, à cet effet, urgent de remettre les pendules à l'heure. Parmi les actions prioritaires à lancer pour garantir une homogénéité dans l' action, il y a bien entendu la réintégration des directions de sécurité intérieure et extérieure dans le giron du ministère de la Défense nationale. Cela afin de renforcer le potentiel sécuritaire du pays, aujourd'hui en butte à la dégradation de la situation sécuritaire au Sahel et en Libye. Mais cette préoccupation stratégique ne doit pas nous faire oublier le risque, toujours présent, d'actions hostiles internes. Le propos n'est pas de créer une polémique, mais les services de renseignement se doivent de toujours prendre en considération l'option d'une opération d'infiltration du mouvement populaire par des forces hostiles à la nation. Des cercles intéressés par la récupération du mouvement populaire pourraient injecter des agents perturbateurs au service des groupes d'intérêt susceptibles de servir des agendas étrangers. Cela pour dire que, tactiquement, le regroupement des forces est un atout majeur pour déjouer des actions hostiles et épargner à notre pays des dérives.

On assiste, ces derniers jours, à un vent de «dégagisme» qui emporte le personnel politique. Peut-on imaginer le même scénario pour les responsables sécuritaires? Et quelles pourraient en être les conséquences si cela se produirait?
Il est fort possible que le directeur général de la sécurité extérieure, un autre civil à la tête d'une formation militaire, soit le prochain sur la liste des partants de la hiérarchie du renseignement. Pareille décision n'impliquera pas un changement profond de l'organigramme, sauf un retour à plus de rigueur dans la gestion des dossiers, pour éviter de quelconques dérives dans le futur proche. Ce que je peux dire à propos de l'organisation des services de renseignement, c'est que nous sommes dans l'obligation de rehausser le niveau pour faire face à la menace et les défis. Mais en tout état de cause, je suis confiant et je pense que les changements, s'ils interviennent, seront dans le bon sens, en tout cas pour renforcer les capacités opérationnelles de nos ser vices.

Comment voyez-vous l'évolution de la situation sécuritaire dans les prochaines semaines, au regard des derniers développements?
Avec une armée forte et son potentiel humain et matériel et la vision stratégique juste du commandement militaire, le pays est en mesure de traverser l'orage et sortir plus fort. Actuellement, l'Algérie dispose de pas mal d' avantages. Nous avons de grands moyens, des cadres très bien formés et de haut niveau et surtout la grande symbiose entre les Algériens et l'ANP. L'unité du peuple et de son armée est un facteur déterminant dans la donne politico-militaire du moment. Et puis, pour conclure, j'insiste sur le fait que la réintégration des services de renseignement sous la bannière de la Défense augmentent nos chances de faire face à la situation et gagner cette délicate bataille.

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