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CHRONIQUE D'UN SQUAT REFUSÉ PAR LES POPULATIONS

Des milliers de squatteurs...

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Un état insurrectionnel a régné sur place durant 48hUn état insurrectionnel a régné sur place durant 48h

Dans la matinée qui a suivi les opérations de squat, les lieux n'ont pas retrouvé le calme. Les citoyens discutaient dans les cafés sur ce qui s'était passé la veille.

L'Algérie est en train de changer. Un fait vient de le prouver sans équivoque. Des pratiques autrefois acceptées ou tolérées sont aujourd'hui, après le 22 février, rejetées, dénoncées et refusées par les populations. Ce qui vient de se passer durant le week-end est plus que révélateur de cette mue. Des individus, voulant profiter de la situation, se sont brusquement rués jeudi vers 20h sur les milliers de logements sociaux, non encore distribués à travers plusieurs sites de la wilaya de Tizi Ouzou. Un état insurrectionnel a régné sur place durant 48h avec des pratiques d'un autre âge. Des heures qui ont suffi à toute la population de Tizi Ouzou, de Draâ Ben Khedda et de Tamda pour s'organiser et demander à la wilaya de déloger ceux qu'ils ont considérés comme des traîtres du mouvement du 22 février. Samedi dans l'après-midi, les forces de sécurité ont été envoyées sur les lieux. Aidées dans leur tâche par la solidarité des populations, elles ont délogé les squatteurs après une opération magistralement menée. Quelques blessés légers et une dizaine d'arrestations ont été effectuées sur place. L'Expression, présent sur les lieux durant toute la période revient avec une chronique des évènements.

Des scènes invraisemblables durant la nuit de jeudi
C'était aux environs de 20h, ce jeudi, veille du septième vendredi de marche. Personne ne se doutait à Draâ Ben Khedda de ce qui allait se passer. Un petit groupe, puis des dizaines de jeunes arrivent devant l'entrée du chantier des 1200 Logements sociaux. Une foule compacte s'est rapidement constituée. Les premiers sont passés à l'acte forçant les barricades devant les yeux ébahis des gardiens. Une ruée sauvage s'est abattue sur les logements. «C'est notre droit. Ça n'appartient à personne. Ça fait des années qu'on attend qu'ils les distribuent» affirme un jeune affolé et à la recherche d'un objet pour forcer la porte d'un logement. «On va les prendre tous», ajoute un autre en courant à la recherche d'un autre bâtiment non encore envahi.
Apeurés, les gardiens étaient restés immobiles. Même ceux des chantiers avoisinants les 1200 logements ont pris la fuite. «Je ne comprenais rien à ce qui arrivait. Il faisait noir. Il y avait des lumières de téléphones portables qui couraient dans toutes les directions. Puis des foules qui forçaient les portes de l'immeuble en construction. Nous avons sauté par la fenêtre. Nous avons pris la fuite dans les champs», raconte un gardien encore tremblant.

Un vendredi de marche
Dans la matinée qui a suivi les opérations de squat, les lieux n'ont pas retrouvé le calme. Les citoyens discutaient dans les cafés sur ce qui s'était passé la veille. «Ce n'est pas normal qu'ils fassent ça. Aujourd'hui, tout le monde va marcher et eux, ils squattent les logements. Ils profitent de la situation comme en 62 avec les gens qui ont squatté des villas», affirme un homme à la soixantaine. Des jeunes proposaient d'appeler à une grande marche pour chasser les «kachiristes» qui profitent de la situation alors que les Algériens se battent pour une Algérie meilleure.
Une réunion a eu lieu au cabinet de la wilaya. L'ordre est donné aux forces de sécurité dans l'après-midi pour déloger les squatteurs. Dans l'après-midi, les discussions tournaient autour de cette décision. Les populations sont soulagées. «Heureusement qu'ils vont intervenir. Beaucoup de jeunes sont prêts à les aider en cas de besoin. Ils nous font honte, ces gens qui ne pensent qu'à eux-mêmes», s'insurge un autre jeune.

Une intervention magistrale
Des convois commencent à arriver au grand boulevard connu à Draâ Ben Khedda sous l'appellation des «Champs Elysées» aux environs de 16h. Les éléments de la gendarmerie et de la Bmpj sont stationnés à une centaine de mètres de l'entrée du site. Des foules énormes de citoyens étaient sur place. Certains discutaient avec les éléments des forces de sécurité. Des négociations avec quelques représentants des squatteurs sont à pied d'oeuvre pour les faire sortir sans intervention musclée. «Ils veulent déléguer deux représentants de chaque bâtiment squatté et leurs interlocuteurs refusent. C'est ce que j'ai cru comprendre de la discussion. Des discussions chaudes se déroulent à l'intérieur du site. Il paraît que certains squatteurs refusent d'être représentés par des gens qui n'ont pas besoin de logements et d'autres qui ont squatté de nombreux logements pour les revendre sur place. Ils sont divisés», raconte un citoyen présent devant le portail du chantier. «Depuis ce matin, des squatteurs s'adonnent à des pratiques commerciales invraisemblables. Ce sont des transactions immobilières qui sont en train de se faire. Des squatteurs proposent des logements à
100 000 dinars», explique un autre jeune. «Moi, je n'ai pas squatté, mais j'ai acheté un logement à 50 000 dinars», raconte un jeune.
Aux environs de 18h, l'assaut est donné. Les éléments des forces de sécurité ont procédé aux opérations de délogement des squatteurs qui résistaient encore. Un à un, les logements ont été vidés de leurs occupants alors que l'entrée a été complètement bloquée dans le site depuis le début de l'intervention. Des milliers de citoyens entouraient le site et assistaient à l'opération. Quelque temps plus tard, l'opération est clôturée. Il faisait déjà nuit. «Voilà, ce qu'il faut faire avec ces gens-là. Ces pratiques sont érigées en règle. Dès qu'il y a un peu de mouvement, ces indus profitent pour s'enrichir dans l'impunité la plus totale. Désormais, ce ne sera plus la même chose. Ces gens-là n'ont pas compris que ce temps est révolu», affirme un vieil homme attablé dans un café à proximité sur le boulevard des «Champs Élysées».

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