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ACCUSANT DES PARTIES ÉTRANGÈRES D'EXACERBER LA TENSION DANS LE PAYS

La dernière sommation du général

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Ahmed Gaïd SalahAhmed Gaïd Salah

Des accusations directes sont étayées par un argumentaire tiré de faits de terrain, à l'exemple «des slogans irréalisables visant à mener le pays vers un vide constitutionnel et détruire les institutions de l'Etat, voire provoquer une déclaration de l'état d'exception».

Soutenant franchement la solution constitutionnelle à la crise que traverse le pays, le chef d'état-major ne fait pas dans la nuance en accusant ceux qui cherchent à entraver le processus engagé avec l'activation de l'article 102 de la Constitution. Dans un discours prononcé au siège du commandement de la 2ème Région militaire, Ahmed Gaïd Salah pointe du doigt des forces extérieures, hostiles à l'Algérie, qui travaillent à sa déstabilisation. Il déplore ainsi, «l'apparition de tentatives de la part de certaines parties étrangères, partant de leurs antécédents historiques avec notre pays». Sans préciser l'identité de ces forces, le vice-ministre de la Défense n'en expose pas moins leur mode opératoire qui consiste à pousser «certains individus au-devant de la scène actuelle en les imposant comme représentants du peuple en vue de conduire la phase de transition, afin de mettre en exécution leurs desseins visant à déstabiliser le pays».
La conviction de l'état-major est ainsi formulée et la crainte d'un échec d'une transition respectant l'ordre constitutionnel, justifie donc la mise en garde du premier responsable de l'armée et plus encore, sa détermination à dire les choses par leurs noms. On est donc sorti d'une logique revendicative populaire pour entrer dans un processus de délitement de l'Etat algérien. Car, l'insistance de faire partir les 3 «B», c'est quelque part renier les trois institutions de la République appelées à gérer la transition. La conviction de l'armée, sans doute puisée dans des rapports précis, interpellera-t-elle les Algériens qui, à force d'entendre les chants des sirènes, risquent d'ouvrir les portes de l'enfer? Ce genre de discours est aujourd'hui, inaudible dans une rue chauffée à blanc par des promesses de démocratie et de liberté, mais la thèse d'un germe qui travaille la société à son insu, mérite d'être abordé avec sérénité et clairvoyance.
Le général de corps d'armée, dont c'est la première intervention depuis la démission de Abdelaziz Bouteflika et l'entrée en vigueur de l'intérim de Abdelkader Bensalah est certainement conscient que le temps presse, fait une allusion très claire au refus de Abdelkader Bensalah exprimé par la rue. Soulignant le souci de l'armée de demeurer aux côtés du peuple, le chef d'état-major est, en effet, en droit de douter de la poursuite de la grogne, malgré la satisfaction de la principale revendication du mouvement populaire. Les Algériens ne voulaient pas d'un cinquième mandat pour Bouteflika, ce dernier a démissionné et conformément à la Constitution, le peuple élira son prochain président. Mais cette démarche légale, à laquelle l'armée apporte son plein soutien, est décriée par ces «parties qui s'affairent, par tous les moyens, à dévoyer (les) marches de leurs objectifs fondamentaux et à les récupérer afin de faire aboutir leurs plans pernicieux», constate Ahmed Gaïd Salah qui n'omet pas de souligner que l'objectif de ces forces consiste «à porter atteinte au climat de sécurité et de quiétude dont jouit notre pays».
Ces accusations directes sont étayées par un argumentaire tiré de faits de terrain, à l'exemple «des slogans irréalisables visant à mener le pays vers un vide constitutionnel et détruire les institutions de l'Etat, voire provoquer une déclaration de l'état d'exception». Les services de renseignement qui ont sans doute travaillé sur le mode opératoire de ces forces ont certainement conclu à une stratégie qui poursuit le but de rehausser le plafond de revendication jusqu'à créer un point de non-retour où aucune solution logique ne puisse faire consensus. A bien écouter Ahmed Gaïd Salah, nous y sommes presque et la sortie de la légalité constitutionnelle réclamée à coups de slogans amène à une situation «irraisonnable» où la gestion de la période de transition se déroulerait «sans les institutions qui organisent et supervisent cette opération». Le point de vue de l'ANP tient parfaitement la route, sachant qu'une sortie de piste pourrait «compromettre tout ce qui a été réalisé depuis l'indépendance à ce jour, en termes d'acquis et de réalisations qui demeurent la fierté des générations». Le danger est donc assez grand pour interpeller l'armée et surtout accréditer la thèse d'un plan savamment concocté pour attenter à la stabilité du pays.
Mais il est entendu, et le chef d'état-major l'exprime clairement, la maturité des Algériens n'est pas en cause. D'ailleurs, le général de corps d'armée a salué l'«immense élan populaire» qu'il fallait soustraire aux «tentatives d'infiltration de ces parties suspectes». Pour ce faire, «nous avons consenti tous nos efforts au sein de l'Armée nationale populaire, afin de préserver (les Algériens) de l'exploitation par ceux qui le guettent à l'intérieur et l'extérieur», précise-t-il. Cela s'est traduit, rappelons-le, par une série de discours qui ont mis en avant le droit du peuple à récuser le cinquième mandat de Bouteflika. Mais, il semble que «quelques individus appartenant à des organisations non-gouvernementales, qui ont été pris en flagrant délit» avaient pour mission, précise Ahmed Gaïd Salah d'«infiltrer les manifestations pacifiques et les orienter, avec la complicité et en coordination avec leurs agents à l'intérieur». L'accusation n'est pas anodine. Elle doit être prise au sérieux. Et pour cause, à vouloir se débarrasser d'un système, même tyrannique, on risque de tomber dans un chaos d'où sortirait un autre système autrement plus féroce.

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