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ORGANISATION DE LA PRÉSIDENTIELLE DU 4 JUILLET 2019

Le pari impossible

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un scrutin compromisun scrutin compromis

Les propositions, nombreuses, affluent de partout et toutes s'accordent sur la nécessité d'écarter les symboles de l'ancien régime et d'écourter la transition au maximum.

Le 8e vendredi de mobilisation populaire a été émaillé par des échauffourées au coeur de la capitale. Les scènes de violence auront marqué un tournant dans le mouvement de protestation, totalement pacifique, jusque-là. Il serait hasardeux de tirer des conclusions, mais certains observateurs notent un début de changement dans l'attitude des forces de l'ordre, après plus d'un mois et demi de manifestations, sans que l'on sente une réelle avancée dans la résolution de la crise institutionnelle.
Cette nouvelle donne de terrain illustre quelque part l'impasse qui empêche toujours le pays de sortir par le haut de cette situation qui, désormais se complique de jour en jour. Il faut dire, à voir les slogans et les pancartes brandis que le peuple a épuisé toute la «littérature revendicative». Les revendications sont recassées à chaque mobilisation. Mais après la démission de Abdelaziz Bouteflika, il semble que la «machine populaire» tourne à vide. Les deux derniers vendredis n'ont rien ramené de plus, à part cette poussée de violence, du reste explicable, compte tenu du contexte de blocage.
Le constat est ainsi fait par tous les Algériens. C'est l'impasse. L'application stricte de l'article 102 de la Constitution relève de l'impossible. Le peuple a définitivement acté l'échec de cette démarche. Il ne peut venir à l'esprit de personne que cette échéance puisse régler un quelconque problème. Après la fin de non-recevoir réservée par l'opposition et la société civile à la création d'une instance collégiale d'organisation de la présidentielle, proposée par le président de l'Etat, c'est tout le processus qui tombe à l'eau. D'ailleurs, le boycott s'organise au sein-même de l'administration communale, puisque les maires de Azzazga et Yakourene, à Tizi Ouzou, ont signifié au wali leur refus de procéder à la révision de la liste électorale.
Le piège s'est ainsi refermé sur Abdelkader Bensalah, totalement ligoté par une démarche qui a consacré l'impasse. Outre le rejet par les politiques de l'offre de Bensalah, il convient également de constater la masse des préalables qu'il faille réunir pour organiser une présidentielle. Amendement de la loi électorale, réunion d'une commission indépendante, révision de la liste électorale, impression de millions de nouvelles cartes d'électeurs... Une présidentielle, le 4 juillet est donc compromise, tant au plan politique que purement technique. Ajouté à cela, l'avènement, en mai, du mois sacré du Ramadhan, avec tout ce que cela suppose comme baisse de l'activité et contrainte du jeûne, rend le processus électoral très problématique.
Le président de l'Etat doit certainement avoir pris la mesure de l'inapplicabilité de l'article 102 dans les circonstances de l'heure. Il doit d'autant plus le comprendre que, lui-même fait partie du problème et non de la solution, aux dires des politiques et des millions d'Algériens qui battent le pavé chaque vendredi.
Ainsi cadenassé par une présidence intérimaire inaudible et quasiment indésirable, une ANP très à cheval sur le respect de la Constitution et une opinion publique refusant toute concession, la maison Algérie semble inaccessible à ses propres enfants. Cette image que partagent nombre d'observateurs commencent déjà à susciter de l'inquiétude, en ce sens qu'on ne voit pas, une sortie de crise par la voie de la Constitution et encore moins à travers un aventurisme politicien qui entraînerait le pays dans le chaos.
Le mieux, et beaucoup d'acteurs politiques et de la société civile l'affirment, consiste à ajouter «un adjuvant politique à la solution constitutionnelle». Les propositions, nombreuses, affluent de partout et tous s'accordent sur la nécessité d'écarter les symboles de l'ancien régime et d'écourter la transition au maximum. L'idée d'un présidium fait son chemin, d'autant, dit-on, que cette formule est puisée dans l'Histoire du pays, dont la révolution a connu plusieurs directions collégiales, en sus du Haut comité d'Etat qui a permis d'éviter l'effondrement du pays en 1992. Cette option, qui semble accueillir le suffrage des acteurs politiques, reste à ce jour un simple voeu. Aucun groupe de personnalités n'a sérieusement émergé ou officiellement présenté aux Algériens. Tous appellent de leurs voeux la «mixture Constitution-politique», mais personne n'ose visiblement faire le premier pas. En fait, la classe politique a le regard fixé sur l'ANP, appelée à jouer le rôle de facilitateur dans la transition qui s'annonce bien plus compliquée que prévue.

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