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BENFLIS OPPOSE UN NIET CATÉGORIQUE À L'INVITATION DU CHEF DE L'ÉTAT

"Trop tard, M.Bensalah..."

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Le chef de l'EtatLe chef de l'Etat

Retour à l'envoyeur! Dans sa lettre immédiate et soutenue par un solide argumentaire, à la manière d'un avocat plaidant une cause juste, Ali Benflis a décliné l'invitation du chef de l'État, Abdelkader Bensalah, de participer à des consultations politiques. Pour le président de Talai'e El Hourriyet, il n'y a plus de place aux tergiversations «car la situation urge et le temps nous est compté». Or, constate Ali Benflis dans sa réponse à la Présidence, le pouvoir tourne carrément le dos à une Révolution dont le message et les revendications légitimes ne souffrent d'aucune ambiguïté pour celui qui veut écouter, lire et entendre.

«Ces revendications ne souffrent d'aucune équivoque et ne peuvent donc donner lieu à aucune difficulté d'interprétation tout comme elles n'exigent aucune exégèse ardue ou sophistiquée», écrit Benflis qui a constaté à la lecture attentive de la lettre d'invitation, «la profondeur du fossé qui sépare la gouvernance politique actuelle du pays, du peuple algérien dans son ensemble».
C'est un constat élémentaire mais fondamental que livre Benflis: l'Algérie est à la croisée des chemins et il ne faut surtout pas se tromper de direction. Dans cette phase révolutionnaire que vit le pays, il est inutile de s'embarrasser de textes juridiques. La solution à cette impasse qui se profile ne peut-être que politique. Homme d'Etat doté d'une expérience de gestion et politique avertie, Ali Benflis a de l'étoffe pour décoder le sens profond de ce mouvement. Ce n'est pas par radicalisme qu'il a opposé un niet à l'invitation du chef de l'Etat mais c'est pour éviter au pays une dangereuse impasse politique. Il a eu à livrer une position de sortie de crise avec l'aide de l'institution militaire comme facilitateur et en se débarrassant de la camisole constitutionnelle. Pour Ali Benflis, il est important de donner un cadre dans lequel cette aspiration collective unanimement partagée, doit s'exprimer. Dans son offre politique, il a défini les grandes lignes sur lesquelles doit s'organiser la transition qui sera menée par un présidium partant du postulat que les institutions en place sont incapables, de contribuer au règlement de la crise. Convaincu, Ali Benflis estime que le départ du régime n'est ni une lubie ni un caprice. C'est même, pour Benfls, un remède nécessaire à cette crise car la faille qui sépare les tenants du pouvoir et le peuple algérien est abyssale. Il l'explique d'ailleurs avec force arguments dans sa missive-réponse à Bensalah. Analysant cette césure, Ali Benflis en a trouvé trois principales manifestations.
La première est que la révolution démocratique pacifique ne s'est pas mise en marche pour le départ d' un homme qui a porté au plus haut point le culte de l'homme providentiel et le pouvoir à vie. «Elle s'est mise en marche aussi pour le départ immédiat de tous ceux qui partagent avec lui une lourde responsabilité dans le véritable désastre national dont le pays hérite aujourd'hui politiquement, économiquement et socialement.» Il rappelle donc à Bensalah que toutes ces figures symbolisant le système doivent s'en aller pour donner corps à cette revendication de la rue «Iruhu gaâ3».
La deuxième manifestation, qui fait directement suite à la première, est qu'il faut impérativement se débarrasser des «3 B». C'est une clé pour s'extraire au plus vite de cette impasse politique. «Il ne s'agit pas là d'une revendication ordinaire, mais d'une exigence dont la satisfaction aiderait à sortir le pays de l'impasse politique actuelle», explique Benflis dans sa lettre en étant certain que le départ de ces «3B» introduira de l'apaisement et de «la sérénité dans les coeurs et dans les esprits et à fournir un déclic au règlement de la grave crise actuelle».
Enfin, la troisième manifestation de cette faille est le pouvoir en place qui agit en total, déphasage avec la réalité qui, pourtant, crève les yeux. Il convoque des consultations inopportunes, hors du sujet de l'heure et contre-productives. Hors du sujet de l'heure, car pour Ali Bneflis «le vrai problème posé par le peuple algérien est ailleurs, c'est-à-dire à la Présidence de l'Etat, à la présidence de l'Assemblée populaire nationale et au gouvernement». Et contre-productives, parce que «nous sommes engagés dans une course contre la montre et qu'elles font un usage inapproprié du temps qui nous est compté». Avec ce niet-réquisitoire, venant d'un homme politique sérieux, la Présidence vient de subir un autre sérieux revers. De quelle oreille l'entendra Abdelkader Bensalah?

«Ces consultations sont inopportunes»

Monsieur,
J'ai l'honneur d'accuser bonne réception de la lettre du 18 avril courant, par laquelle le secrétaire général de la présidence de la République me convie, en votre nom, à des consultations autour de l'instance chargée de la préparation et de l'organisation des élections. Je vous remercie pour votre invitation tout comme je tiens à vous assurer que j'ai été sensible à votre aimable attention. Je vous avoue, bien volontiers, qu'à la lecture minutieuse et attentive de la lettre d'invitation, j'ai pris toute la mesure de la profondeur du fossé qui sépare la gouvernance politique actuelle du pays, du peuple algérien dans son ensemble.

L'immense divergence
Pourtant, la révolution démocratique pacifique en marche dans notre pays n'a manqué ni de clarté ni de force dans l'expression de ses attentes et de ses aspirations. Et de fait, les revendications légitimes du peuple algérien sont parfaitement lisibles, audibles et visibles pour qui veut bien lire, voir, entendre et écouter. Ces revendications ne souffrent d'aucune équivoque et ne peuvent donc donner lieu à aucune difficulté d'interprétation tout comme elles n'exigent aucune exégèse ardue ou sophistiquée.
Il est clair, pour moi, qu'il n'y a plus qu'une gouvernance politique décidée à n'en faire qu'à sa tête et à agir comme bon lui semble. Mais ce qu'elle sous-estime dangereusement et ce qu'elle évite soigneusement d'intégrer dans ses comptes, fondamentalement faussés, tient au fait qu'elle a, face à elle, un peuple résolument tourné vers le recouvrement de sa souveraineté et déterminé à avoir le dernier mot et à le dire lui-même, librement et catégoriquement. En conséquence, il y a, me semble-t-il, aujourd'hui, une immense divergence entre cette gouvernance politique et la révolution démocratique pacifique qui suit son cours inexorable dans notre pays. Cette immense divergence se manifeste au moins à trois titres.
A un premier titre, la révolution démocratique, dont notre pays s'honore, revendique, avec force, le départ d'un régime politique dont notre peuple a souffert d'une manière indicible. Elle revendique aussi et avec une égale force la restauration de la souveraineté populaire et la réhabilitation du peuple comme seule source de tout pouvoir. La démission de l'inspirateur et l'architecte de ce régime politique ne peut, d'aucune façon, s'assimiler à une fin du régime politique lui-même. Bien au contraire, ce régime politique perdure avec ses figures emblématiques qui restent aux commandes des principales institutions constitutionnelles, en l'occurrence la Présidence de l'Etat, l'Assemblée populaire nationale et le gouvernement. La révolution démocratique pacifique ne s'est pas mise en marche pour le départ d'un homme qui a porté au plus haut point le culte de l'homme providentiel et le pouvoir à vie. Elle s'est mise en marche aussi pour le départ immédiat de tous ceux qui partagent avec lui une lourde responsabilité dans le véritable désastre national dont le pays hérite aujourd'hui politiquement, économiquement et socialement. A un deuxième titre, le pays est dans une impasse politique. Dans cette impasse politique, il y a les noeuds gordiens de la conduite de la Présidence de l'Etat, du Gouvernement et de la présidence de l'Assemblée populaire nationale.

Le vrai problème est ailleurs
Dans un élan qui n'a pas fléchi jusqu'à ce jour et dans une unanimité remarquable par sa solidité et par sa constance, le peuple algérien réclame que la Présidence de l'Etat, la présidence de l'Assemblée populaire nationale et le gouvernement soient confiés à des mains en lesquelles il puisse placer sa confiance, qui jouissent d'une crédibilité auprès de lui et qui soient en mesure de porter ses revendications légitimes et de s'employer à les satisfaire. Il ne s'agit pas là d'une revendication ordinaire, mais d'une exigence dont la satisfaction aiderait à sortir le pays de l'impasse politique actuelle, à introduire de l'apaisement et de la sérénité dans les coeurs et dans les esprits et à fournir un déclic au règlement de la grave crise actuelle.
A un troisième titre, et de toute évidence, l'heure n'est pas aux consultations sur l'instance de préparation et d'organisation des élections. Cette heure viendra dans le cadre d'un règlement global de la grave crise actuelle. La création de cette instance ne fera pas avancer la recherche d'un tel règlement d'un iota. Elle substitue l'accessoire à l'essentiel. Bien plus, il est tout à fait légitime qu'elle soit perçue comme une diversion et une manoeuvre dilatoire.
A mes yeux, ces consultations sont inopportunes, hors du sujet de l'heure et contre-productives.
Inopportunes, car elles ne manqueront pas d'être perçues par notre peuple comme une autre provocation visant à éluder la réponse à ses justes revendications.
Hors du sujet de l'heure, car le vrai problème posé par le peuple algérien est ailleurs, c'est-à-dire à la Présidence de l'Etat, à la présidence de l'Assemblée populaire nationale et au gouvernement.
Et contre-productives, parce que nous sommes engagés dans une course contre la montre et qu'elles font un usage inapproprié du temps qui nous est compté.
En conséquence, je suis au regret de ne pouvoir répondre favorablement à votre invitation et de participer aux consultations auxquelles vous m'avez convié.
Comme citoyen, je partage pleinement les justes revendications de notre peuple. Comme responsable politique, je m'emploie, au mieux de mes possibilités et de mes capacités, à contribuer à leur réalisation prometteuse pour la nouvelle citoyenneté, pour l'Etat de droit et pour la République démocratique et moderne. Je vous prie de croire en mes sentiments de parfaite considération.

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