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SOLLICITÉE EN TANT QUE FACILITATEUR DE LA TRANSITION INSTITUTIONNELLE

Tous les regards braqués sur l'armée

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Gaïd Salah, le chef d'ètat-majorGaïd Salah, le chef d'ètat-major

Dans toutes les analyses, personne ne croit à un rôle «offensif» de l'armée dans la gestion de la transition, mais tous notent l'impératif de l'associer pour crédibiliser la démarche de sortie de crise.

Placée au centre de l'échiquier politique depuis la démission de Abdelaziz Bouteflika, l'ANP qui s'est toujours refusée à endosser l'habit d'acteur direct dans la crise, est sollicitée par les uns et les autres pour accompagner le processus de sortie de crise. De Ali Benflis, qui lui voit un rôle de facilitateur de la transition, à Belaïd Abane qui ne lui prête aucune velléité putschiste, en passant par Anissa Boumediene qui y voit le salut de l'Algérie et Liamine Zeroual, visiblement disposé à l'assister pour une sortie de crise, l'Armée nationale populaire est véritablement l'incontournable «pont» que devra emprunter le pays pour entrer dans la nouvelle République.
Même si des voix éparses tentent de développer un discours qui va à contre-courant des aspirations des Algériens, il reste que l'option d'accompagnement nécessaire par l'institution militaire pour sortir de la crise, est une donne immuable au sein de la société. Des faits concrets et des actes assumés poussent les analystes les plus objectifs à attester de ce fait. Belaïd Abane qui n'est plus à présenter et qui a beaucoup travaillé sur l'Algérie, est catégorique: «Même si elle s'en défend, l'armée, du moins le commandement, revient en effet au-devant de la scène politique. Mais il ne s'agit là aucunement d'une tentative putschiste.» Cette déduction dans la bouche du neveu de Abane Ramdane, vaut un témoignage d'une volonté militaire de rester dans les clous des missions constitutionnelles qui sont les siennes. D'ailleurs, Belaïd Abane n'hésite pas à affirmer que le commandement d'état-major «ne rêve que d'une chose: c'est de refiler la patate brûlante aux civils et que tout cela prenne fin.» Le Commandement d'état-major «clef de voûte du système finissant doit remettre la destinée du pays aux mains d'un Directoire national de transition et se mettre sous son autorité jusqu'à la fin de la transition», préconise l'analyste, dans un long entretien accordé à un site Internet d'information. Cette vision rejoint beaucoup d'autres, notamment celle de Ali Benflis qui, lui en appelle, prioritairement, à l'instauration de la confiance, un passage obligé pour donner du souffle à toute initiative de sortie de crise.
Cet attachement à impliquer l'armée comme facilitateur émane aussi et surtout des entrailles de la société. On en a pour illustration, le groupe de citoyens qui persistent à rendre visite à l'ancien président de la République Liamine Zeroual. «Il a dit que désormais, le peuple doit discuter directement avec l'armée et qu'il était prêt à tracer une feuille de route de sortie de crise pour la présenter à l'armée», a révélé un manifestant après sa rencontre avec Zeroual. Il y a là un signe qui ne trompe pas sur cette symbiose qui semble plus forte qu'on ne l'aurait cru.
Un autre témoignage émanant, cette fois, de Anissa Boumediene, épouse du défunt président de la République, est révélateur de la crédibilité dont jouit l'armée aux yeux des Algériens. Mme Boumediene a, en effet, dans un entretien accordé à un journal britannique, plaidé en faveur de la stabilité dans le pays et, selon elle, l'armée en est le garant. «Je pense que dans la situation actuelle, il vaut mieux que le chef d'état-major que je ne connais pas du tout, mais étant donné qu'il a réussi à faire une armée qui se situe au 23e rang mondial, je crois que c'est le seul aspect positif de cette politique, et qu'en même temps il se démène et visite toutes les régions, je pense que dans un temps provisoire il faut qu'il y ait de la stabilité dans ce pays», a déclaré la veuve du défunt président Boumediene, illustrant ainsi, non pas son désir d'un pouvoir militaire en Algérie, mais sa conviction que l'ANP est et restera toujours aux côtés des Algériens.
Une autre déclaration qui abonde dans le même sens vient du sociologue Houari Addi. Dans une intervention dans une radio étrangère, il a estimé que les décideurs misent sur un probable essoufflement qui interviendrait durant le mois de Ramadhan. Ce serait à l'en croire une période propice pour les autorités d'engager un processus de transition «contrôlé». Mais le sociologue qui croit, lui aussi, à un rôle déterminant de l'armée, ne lui crédite aucune ambition putschiste. A l'en croire, la thèse du Ramadhan, si elle se confirme, n'est que tactique. Il pense que cette démarche pourrait aussi échouer et déboucher sur une transition qui serait proche du modèle tunisien.
Dans toutes les analyses, personne ne croit à un rôle «offensif» de l'armée dans la gestion de la transition, mais tous notent l'impératif de l'associer pour crédibiliser la démarche de sortie de crise.

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