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PLACÉE FACE À SES RESPONSABILITÉS DANS CE MOUVEMENT DU HIRAK

Les nouvelles batailles de l'armée

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Le peuple et l'Armée même combatLe peuple et l'Armée même combat

Dans le feu de l'action, le peuple algérien a réinventé le concept de non-violence comme arme de mobilisation et de lutte populaire.

Leg des atteintes répétées à la Constitution et cadeau empoisonné de la tumultueuse fin de règne de la nébuleuse présidentielle, la crise politique, actuelle, conjuguée à la pression revendicatrice de l'insurrection citoyenne, ont fait sortir l'armée de son relatif retrait politique, et, l'ont amené à se déterminer par rapport à la volonté populaire, unanime dans son exigence, d'un démantèlement du système.
Sur la base d'un juridisme jugé inapproprié au processus historique que traverse le pays, et, d'un argumentaire juridico- sécuritaire auquel seuls adhérent les symboles d'un système qui achève son cycle, l'intervention de l'armée sur la scène politique, loin de ses prérogatives sectorielles et constitutionnelles a pris la forme d'un ordre qui somme la sphère politique et le peuple de souscrire à la démarche qui sous-tend son projet politico-institutionnel de sortie de la crise.

De multiples triturations
Adossée à des arrangements constitutionnels qui font polémique, la feuille de route de l'état-major de l'ANP présente le handicap majeur de confier, sous sa supervision, la gestion de la période transitoire à des institutions et à des symboles rejetés par le peuple.
Par ce faire, l'armée assume, désormais, un positionnement qui tranche avec l'ambiguïté et l'équivoque de ses premières déclarations.
Cet attachement aux strictes dispositions constitutionnelles serait, pour certains analystes, la traduction d'une inaptitude et d'une incapacité à s'émanciper des atavismes culturalo-politiques, hérités de l'ALN des frontières qui, aux ordres du groupe d'Oujda, a renvoyé, par la militarisation, violente,du pouvoir, et, la confiscation de la souveraineté populaire, au profit de la gestion des affaires nationales par le néo- concept de la légitimité révolutionnaire.
En l'absence d'un mode opératoire susceptible de favoriser l'adoption, consensuelle, d'une transition, à la fois, constitutionnelle, et, conforme aux exigences populaires, visant au déracinement du système et au renvoi d'un personnel politique, foncièrement, amoral, les analyses produites s'efforcent, à des degrés divers, de pertinences, de mettre en oeuvre des jurisprudences, théorico-politiques, à l'effet de dépasser, dans la sérénité et la stabilité sociales, l'impasse politique.
Reposant pour la plupart d'entre elles sur une hypothétique neutralité politique de l'armée, ces suggestions s'en remettent pour la définition et, la mise en oeuvre des mécanismes et des modalités de la gestion de la période transitoire, à l'intelligence, à la maturité et au patriotisme des élites devant émerger de la société civile et agrées par le peuple.
En rupture conceptuelle et stratégique avec toute initiative attachée à une solution politique, hors système, l'intervention de l'armée, sous forme d'injonctions tutellaires, laisse à penser, selon certaines contributions que l'objectif pourrait etre de clore l'intermède d'une personnalité civile à la haute magistrature et de fermer la parenthèse, bidécennale, de problématiques équilibres consensuels.
Tous les constitutionnalistes s'accordent à dire qu'un texte de Constitution ne saurait se résumer à une juxtaposition mécanique, de dispositions juridiques c'est, primordialement, une philosophie d'approche, partagée, des relations socio- politiques.
De ce point de vue, il n'est un secret pour personne que la Loi fondamentale de notre pays, a été taillée, à la faveur de multiples triturations, à la mesure d'une conception monopolistique de l'exercice du pouvoir. Son adoption, quasi continuelle, des désidérata fluctuants au grè de l'appétit d'aliénation de pans de pouvoir, lui ôte le caractère intemporel qui devrait être le sien.
Parce qu'elle instaure un ordre constitutionnel répondant à des exigences personnelles, la Constitution, actuelle que l'institution militaire impose de respecter pour solutionner la crise, ne peut, en toute logique, constituer une réference textuelle pour asseoir une transition démocratique, aux antipodes du mode de gouvernance qui a prévalu sous un régime dictatorial.
L'histoire des peuples enseigne, par ailleurs, qu'aucune rupture systèmique, pacifique ou violente, ne peut s'opérer à partir des fondamentaux, des bases juridiques et des symboles d'un ordre ancien.
Et qu'il n'est ni plausible ni possible de construire une démocratie et un Etat de droit, en prenant appui sur une Constitution qui a pavé la voie à la dictature et à l'instauration d'un Etat de non-droit.

L'évident boycott populaire
De nombreuses démonstrations juridiques ont prouvé l'inapplicabilité de la feuille de route, tracée par l'armée, pour cause d'illégitimité constitutionnelle des institutions et des hommes, chargés de sa mise en oeuvre. Ainsi, l'installation, contre vents et marées, d'un chef de l'Etat intérimaire cristallise, dejà, des rejets actifs.
L'évident boycott populaire, géneral, du rendez-vous électoral, le refus, trés probable, des partis de l'opposition d'y prendre part, la défection des personnels de la magistrature, la décision des APC de ne pas s'y impliquer et l'impossibilité pour les futurs candidats de faire campagne à l'heure où des ministres en mission sont renvoyés, rendent la feuille de route de l'armée, totalement caduque et inopérante.
Au-delà de son inapplicabilité en raison de l'illégitimité constitutionnelle des institutions et des symboles qu'elle sollicite, la solution que tente de mettre en oeuvre l'armée souffre, en outre du handicap d'avoir sous- évalué le poids sociopolitique de la désobéissance civile qui s'enclenche.
Le peuple algérien a, dans le feu de l'action, réinventé le concept de non-violence comme arme de mobilisation, et, de lutte populaire. Le civisme, le sourire, et, la fraternité, y compris avec les forces de police venues le réprimer, donnent à la notion de pacifisme, un sens nouveau et un label national.
Dans sa globalité humaine, sa diversité culturelle, son unité citoyenne et son unicité revendicative, le peuple, en mouvement, n'a plus pour interlocuteur, en cette phase de délabrement, et, de délitement de l'Etat, que son armée dont il attend le meilleur, sachant qu'elle ne saurait se dérober à son devoir national d'être à ses côtés.
Il appartient à l'institution militaire qui bénéficie, malgré certains revirements, d'un respect populaire, et qui porte les espoirs de millions d'Algériens, de se hisser à la hauteur de ses responsabilités historiques.
A la croisée des chemins, elle se doit de faire le choix qui la situera dans le récit national.
Si par une fatale erreur d'appréciation, son analyse l'amène à adopter des positions à contre-courant des éventements qui secouent le pays et des attentes populaires, elle s'auto-condamnera à rejoindre une peu reluisante place dans l'Histoire. Et le peuple vaincra sans elle.

La solution
Il est à espérer, de l'armée, qu'elle saura trouver, en elle, les ressorts nécessaires pour se délester des préoccupations liées à une éventuelle tentative de protéger ou ménager par calcul, un système frappé de péremption, et condamné, par ses excès, son incompétence, son amoralité, et son anachronisme, à disparaître. Et qu'elle intégrera dans sa conception de sa place, et, de son rôle, futurs, la nécessité de se débarrasser de son gène prétorien et de se désengluer de la pesante pratique politique, pour se consacrer définitivement à ses missions, hautement, stratégiques, à l'image des grandes armées républicaines des Etats de droit, qui font la fierté de leurs peuples respectifs.

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