BOUTEFLIKA A GHARDAIA
«Je ne capitulerai jamais»
«Je ne capitulerai jamais et promets à mon peuple de lui permettre de retrouver le bien-être et l’essor pluriel auxquels il aspire.»
En paraphrasant le poète algérien Mohamed-Laïd El-Khalifa, à l´occasion de la séance inaugurale du colloque consacré à Moufdi Zakaria, le premier responsable du pays n´a pas manqué de remettre les pendules à l´heure, tout en sermonnant ceux-là mêmes qui l´accusent d´immobilisme: «Je ne capitulerai jamais et promets à mon peuple de lui permettre de retrouver le bien-être et l´essor pluriel auxquels il aspire.»
Alors qu´il était impatiemment attendu à proximité des salons néo-algérois, le discours politique fusa du Sud, serein et porteur d´idées généreuses où la poésie occupera une place de choix. Pouvait-il en être autrement dans une région sacrifiée économiquement par les vieux réflexes et autant d´idées reçues?
Relégué à l´arrière-plan par les stratèges de l´économie nationale, le Sud revisité par M.Abdelaziz Bouteflika donne vite l´impression de s´opposer à la ville, en sa qualité de refuge contre les calamités naturelles, de havre, dirait Perey Kemp, où l´on peut se soustraire au mal et à la corruption de la civilisation, de lieu privilégié où les pénitents communient avec leur Créateur: «Symbole de la nature et de la pureté, en opposition à la culture et à la souillure de la ville, le désert est limbes, il est paix».
En plantant son bâton de pèlerin sur le magnifique sol de la capitale du M´zab, le Président de la République ne l´a pas fait pour la seule quête d´une paix intérieure, que justifient, à bien des égards, les événements vécus par certains coins du pays. Le choix de Ghardaïa est loin d´être fortuit, bien que les rues blanches de gandhouras en saison chaude soient devenues d´une couleur plus sombre, en ce mois de février, à l´instigation de qachabias et de djellabas dans les tons camaïeux marron et beige, qui ajoutent à la note bigarrée des marchés.
Lointaine et pourtant si connue, deuxième centre touristique s´il en ait, figurant sur tous les dépliants des «tours opérators», la vallée du M´zab semble intéresser au plus haut chef l´invité de marque qui comprend, mieux que quiconque peut-être, les raisons qui poussent les Mozabites à y revenir toujours comme le saumon qui remonte aux sources de la naissance. Il faut, dira Claude Pavard, qu´elle recèle une magie bien forte pour que des sentiments aussi puissants l´entourent depuis plus de dix siècles. Il faut que la réalité rejoigne la légende pour que ce miracle de pérennité survive malgré les guerres, malgré les crises, malgré l´usure du temps. Malgré aussi l´ingratitude des commis de l´idéologie dominante qui persistent dans leur logique réductrice, embourbés qu´ils sont dans un confort usurpé, à renvoyer aux calendes grecques des décisions salutaires susceptibles de précipiter le développement pluriel du sud du pays.
Au-delà du vibrant hommage rendu à Moufdi Zakaria, l´auteur de Qassamene, le poème qui immortalisa la Révolution algérienne, le Président de la République a tenu à aller à la rencontre de la population mozabite, une population dont l´Histoire est une épopée extraordinaire qui remonte au premier siècle de l´Hégire (622) date du départ du Prophète Sidna Mohammed (QSSSL) pour Médine et à la naissance du Kharéjisme qui permit, à son tour, l´éclosion d´une branche théologique et juridique fondée par Abu Bilal Djabir Ibn Zayd et surtout Abdallah Ibn Ibad qui donna son nom à la pensée ibadite.
Que de chemin parcouru depuis l´assassinat, injustement imputé par les Ommeyyades à cette communauté qui, jusqu´à l´avènement de la dynastie rostémide, connut les affres de la répression avant d´élire domicile, deux siècles après la disparition de la Sedrata d´Ouargla, d´abord à El-Atteuf, la cité la plus en aval de l´Oued M´zab, avant de fonder Bounnoura, Melika, Beni Isguen et Ghardaïa.
On s´en doute, M.Abdelaziz Bouteflika n´a pas manqué d´interpeller la population de Ghardaïa pour qu´elle se redéploie, à l´image des ancêtres qui, lors de leur installation dans la Chebka, ont réussi le miracle non seulement de créer de toutes pièces des oasis totalement artificielles, mais surtout de maintenir les fruits de cette victoire sur l´impossible au prix d´un labeur acharné. Des ancêtres quelque peu trahis par le fait que, présentement, d´aucuns tournent aisément le dos à une architecture qui obéit au sol et à la loi spirituelle pour résoudre les apparentes contradictions et aboutir à l´harmonie chère à Paul Valéry. Une architecture qui appelle la lumière comme le puits cherche l´eau, tempère le froid sec de l´hiver et la canicule des mois plus chauds par ses flancs épais de toub et de timchent et dont le génie de ses fondateurs inspira considérablement Le Corbusier.
A Ghardaïa, le Président de la République a réaffirmé sa détermination d´en découdre irrémédiablement avec les causes multiples empêchant le sud du pays d´insérer son devenir dans un essor choral.
A la ville, et par la ville, tout projet de domination de la nature acquiert cet élan vital et nécessaire qui lui permet de dépasser la stérilité et le non-sens du désert. En d´autres termes, l´invité de marque de la capitale du M´zab en appelle à une prise de conscience, à un mode de réaction qui ne renvoie pas à la façon selon laquelle le Sud ressent et vit son exclusion des villes du Nord. Conscient qu´il est que les populations du Sud jouent avec le pouvoir un jeu éternel de renfermement.
Les sorties présidentielles dans le sud du pays sauront-elles empêcher l´exhumation d´autres formes de différences et de plus subtils modes d´exclusion, à l´image de celles à l´honneur sur les chaînes montagneuses du Nord du pays.
Avec Jacques Berque, il est aisé de dire que la foule n´est qu´un moment du peuple. Et si elle a tort, le peuple a raison, ou plutôt devient raison.
Et si le système en place se mettait au diapason de son peuple et de la raison fondatrice d´horizons plus justes d´une ère nouvelle?
M.Abdelaziz Bouteflika en est conscient lui qui, pour la circonstance, a rappelé à notre bon souvenir la poésie militante de Moufdi Zakaria, une poésie mise au service d´un peuple mais aussi et surtout de l´Unité maghrébine. Une unité des peuples à laquelle il croit dur comme fer, à un moment où la constitution de blocs hégémoniques occidentaux n´intervient certainement pas au profit des peuples respectifs de la région. Ce n´est donc pas sans raison qu´il reprendra, à son compte, une profession de foi du poète disparu: «Je ne serais pas musulman, je ne serais pas Arabe, je ne serais pas Algérien, si je ne mettais pas mon sang et ma vie au service de la libération de l´Afrique du Nord».
Jamais un hommage aussi appuyé n´a été rendu à un chantre, et jamais un Président de la République ne s´est senti aussi proche du destin d´un poète, certes voué aux gémonies par les pouvoirs dominants de l´époque, mais qui n´aura jamais trahi son peuple. Jusqu´à sa mort. Un exemple édifiant que le Président de la République reprend à son compte pour déclarer solennellement qu´il ne capitulera pas devant l´adversité orchestrée par ceux qui ont mis le pays à feu et à sang, et ceux-là mêmes qui tentent chaque jour davantage d´éloigner la sortie de crise.

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