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EL GUEDDAFI DIVISE LES FRANÇAIS

Le gouvernement de Sarkozy fracturé

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Les «sarkozystes» et «les donneurs de leçons», selon François Fillon, opposés à la visite d’El Gueddafi, se livrent une dure bataille autour de l’escale controversée du Guide libyen en Hexagone.

Le dirigeant libyen Mouamar El Gueddafi est arrivé, hier, à Paris sous une atmosphère électrique. La protestation a atteint le gouvernement français et a divisé le staff de François Fillon. Nicolas Sarkozy est accusé d´avoir piétiné ses propres engagements, en invitant le Guide de la Jamahiriya. Le président français, rapporte l´AFP, avait promis pendant la campagne électorale une «nouvelle» diplomatie, prenant, notamment en compte les droits de l´Homme.
En novembre dernier, devant le Parlement européen, Nicolas Sarkozy a déclaré ceci: «Tous ceux qui ont fait l´expérience de renoncer à la défense des Droits de l´Homme au bénéfice de contrats n´ont pas eu les contrats et ont perdu sur le terrain des valeurs.» Un mois après ces déclarations, Nicolas Sarkozy semble être tombé dans son propre piège. Rama Yade, la secrétaire d´Etat aux droits de l´homme, pensait toujours que son président était encore sur la même piste et s´est permis, hier, d´user de mots très durs pour qualifier la visite d´El Gueddafi en France.
«Notre pays n´est pas un paillasson sur lequel un dirigeant, terroriste ou non, peut venir s´essuyer les pieds du sang de ses forfaits. La France ne doit pas recevoir ce baiser de la mort», a-t-elle affirmé. Nicolas Sarkozy semble avoir opté pour une interprétation plus nuancée au profit des milieux d´affaires, tandis que ses ministres de la nouvelle génération, mais aussi de l´ancienne, à l´instar de Bernard Kouchner, croyaient encore à la France des principes et des droits de l´homme.

10 milliards d´euros de contrats

Le président français, Nicolas Sarkozy, a déclaré hier, après son premier entretien avec le colonel El Gueddafi, qu´il allait signer pour une dizaine de milliards d´euros de contrats avec la Libye. Les contrats porteront sur une usine de dessalement d´eau de mer avec un réacteur nucléaire, l´armement, et sur l´économique. Le fils du dirigeant libyen, Seif el-Islam El Gueddafi, avait fait état vendredi de l´achat pour plus de 3 milliards d´euros d´Airbus et d´un réacteur nucléaire. Il a révélé en outre, que la Libye voulait aussi acquérir de nombreux équipements militaires et négocier sur l´avion de combat Rafale.


Voilà donc une fracture qui a valu à Rama Yade des explications auprès de l´Elysée où elle a été reçue, hier, pendant près d´une demi-heure. Blâmée peut-être à l´Elysée pour son sévère réquisitoire prononcé à l´adresse de Mouamar El Gueddafi, mais son patron au ministère des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, lui a, toutefois, apporté son soutien: «Elle a raison de parler ainsi, c´est ce que je lui demande. Elle est en charge des droits de l´Homme et elle le fait», a-t-il déclaré. Le chef de la diplomatie française, pourtant pas trop à cheval sur les questions des droits de l´homme, a qualifié d´«heureux hasard» le fait qu´il n´a pu assister, hier, au dîner donné par Nicolas Sarkozy en l´honneur de son hôte libyen, pour cause de réunion à Bruxelles. La veille de son arrivée, l´opposition a tiré à boulets rouges sur cette visite «très choquante», selon l´ex-candidate socialiste à la présidentielle Ségolène Royal. Les «sarkozystes» et «les donneurs de leçons», tels que François Fillon préfère appeler les opposants à la visite d´El Gueddafi, se livrent une dure bataille autour de l´escale controversée du Guide libyen en Hexagone. La Fédération internationale des ligues des droits de l´Homme (Fidh) a, elle aussi, dénoncé, hier, les «abus de pouvoir permanents» du pouvoir libyen, dans une lettre ouverte au président Nicolas Sarkozy, au premier jour de la visite en France du leader libyen. Au nom donc de «la défense des droits de l´homme», Mouamar El Gueddafi est indésirable en France. Mais les Français qui se sont mis dans un jeu de théâtre politique semblent oublier que la France ne fait pas bonne école sur la question des droits de l´homme. La France coloniale avait été responsable de crimes de guerre en Algérie et avait jeté, le 17 octobre 1961, des milliers d´Algériens dans la Seine, à Paris. D´autres, aussi nombreux, ont été arrêtés, écroués et torturés dans les geôles de la capitale des droits de l´homme. En 2007, soit 46 ans après, la France de Nicolas Sarkozy ne veut toujours pas reconnaître l´un de ses multiples drames et crimes d´Etat. Cette même France des «donneurs de leçons» a pourtant condamné, en 2006, «les actes barbares des Turcs» responsables, selon Paris, du génocide arménien de 1915. Ainsi, le modèle français sur la question des droits de l´homme tremble sur ses fondamentaux et fait l´objet de polémiques sans précédent. De son refus de reconnaître ses crimes de guerre en Algérie, son échec en Côte d´Ivoire, «sa complicité dans le génocide rwandais» pour arriver à la question sahraouie et les déclarations scandaleuses de Nicolas Sarkozy sur la «marocanité du Sahara», la France est-elle, en fin de compte, «infaillible» sur le terrain des droits de l´homme? Les anti-El Gueddafi et «donneurs de leçons» semblent oublieux du passé aussi terrible de l´Etat français, même si El Gueddafi n´est pas, lui aussi, un ange tombé du septième ciel.

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