La presse marocaine dans le chaudron sahraoui
Le journal L’Opinion accuse l’Algérie de vouloir déstabiliser la région.
Ce n´est pas une attaque kamikaze mais cela lui ressemble. Le timing est calculé et redoutablement choisi. Diabolique. Il est réglé comme du papier à musique. L´accusation est trop grave mais, comme certains attentats terroristes, elle porte le sceau de l´irresponsabilité. Et dans ce genre, le quotidien marocain a excellé. Il ne pouvait mieux faire.
Dans son édition du 5 septembre, c´est-à-dire la veille de l´arrivée de la secrétaire d´Etat américaine à Alger, L´Opinion, dans un article consacré au Sahara occidental et au départ de Van Walsum, commente ainsi la question: «Le conflit du Sahara, dans sa phase où le droit et la légalité sont établis et connus, n´a plus raison d´être. L´artifice dont l´Algérie l´a entouré se découvre sous ses formes dangereuses et condamnables et qui sont la déstabilisation régionale». Ainsi donc, et selon la logique prônée par ce journal, l´Algérie, qui souffre des actions terroristes depuis maintenant près de deux décennies et porte dans sa chair son empreinte meurtrière, recourrait à ce moyen pour déstabiliser le Royaume marocain, la Tunisie, la Mauritanie et la Jamahyria libyenne d´El Gueddafi! Des fantasmes de domination que même la plus grande puissance militaire de la planète ne peut se permettre. L´Opinion a mis en jeu sa crédibilité et celle des responsables politiques marocains pour lesquels il roule de toute évidence. Il a surtout fait preuve d´une vision étriquée du conflit. Une vision qui occulte le drame que vit le peuple sahraoui. La répression et les tortures qu´il vit dans les territoires, provisoirement, occupés. La «Cacel Negra», la prison noire, n´est pas une vue de l´esprit.
Des militants des droits de l´homme et des détenus des droits de l´homme et des détenus politiques y croupissent. La visite de Condolezza Rice au Maghreb, a fait monter d´un cran la question du Sahara occidental. Focalisée autour du non-renouvellement du mandat de l´envoyé spécial de l´Organisation des Nations unies, elle a suscité une violente polémique entre quotidiens marocains. Deux d´entre eux se sont illustrés. Al Djarida El Oula, sous la plume de son directeur Ali Anouzla, a considéré que «la démission de M.Van Walsum est une victoire du Front Polisario.» Ce qui a fortement déplu à son confrère de Aujourd´hui le Maroc.
Le directeur de ce journal, Khalil Hachemi Idrissi, a attribué à M.Anouzla «un tropisme séparatiste qui le pousse parfois, naïvement peut-être, à vouloir se placer en qualité de médiateur informel entre Rabat et Tindouf». La réplique a été rapide, cinglante et sans détour. «Oui c´est bien le Polisario qui a fait tomber Van Walsum.
C´est le Polisario qui a gagné cette étape car il a réussi à imposer ses conditions au secrétaire général de l´ONU et à le pousser à changer d´envoyé spécial», a répondu le directeur du journal arabophone Al Djarida El Oula. Les forces progressistes marocaines existent bel et bien. Ont-elles cassé le mur du silence? Les autorités marocaines font la sourde oreille à ce débat qui devait s´instaurer un jour ou l´autre, s´inviter au sein de la société marocaine. Pour le moment, elles préfèrent faire les yeux doux à la secrétaire d´Etat américaine qui est fastueusement attendue à Rabat. Le Maroc «table sur la sagesse des Etats-Unis au sujet du Sahara occidental», a déclaré jeudi Khalid Naciri, le porte-parole du gouvernement marocain. «Les Etats-Unis maîtrisent toutes les données du dossier et savent qu´une seule partie, à savoir le Maroc, a eu le courage de proposer une initiative nouvelle et audacieuse.» Le porte-parole du gouvernement remet entre les mains des seuls Etats-Unis d´Amérique, l´avenir du Sahara occidental. Voilà un discours qui plaira à Ban Ki-moon et le réduit au rôle de simple faire-valoir.
Le secrétaire général de l´ONU qui a à coeur de faire respecter la légalité internationale, a donné un aperçu de sa détermination en mettant fin à la mission de Van Walsum. Il ne se laissera certainement pas marcher sur les pieds.

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