BOUTEFLIKA ET LES RETOMBÉES DE LA CRISE FINANCIÈRE MONDIALE
Les dangers qui nous guettent
Pourquoi était-il nécessaire d’inclure l’économique dans un discours rappelant le déclenchement de la guerre de Libération? Leur point commun est, sans conteste, la dépendance.
Fini les années de vaches grasses. Fini les pétrodollars qui coulaient à flots. Il nous faudra serrer la ceinture de plusieurs crans. Nos lendemains s´annoncent sombres. Le Président Bouteflika, dans son message à l´occasion du 54e anniversaire du 1er Novembre 1954 l´a dit sans ambages en avertissant: «Nous allons faire face à un séisme économique.» Il est en effet vain et dangereusement trompeur de vouloir être rassurant alors que les signes annonciateurs de la grande secousse se multiplient. On aura beau dire que le retard, que nous avons mis à réformer notre économie, servira à nous mettre à l´abri de la maladie du système financier international, il n´y aura que les partisans du moindre effort pour y croire et applaudir à tout rompre. Que l´on soit ou non attelés à l´économie mondiale sur le plan structurel, nous n´échapperons pas à ses maladies. D´abord parce que nous importons, malheureusement, l´essentiel de nos produits alimentaires. Que la disponibilité et les prix de ces produits dépendent, eux, de cette économie mondiale. Et quand on sait que la production de ces denrées alimentaires de base telles les céréales, va irréversiblement vers la baisse à cause du développement planifié des agrocarburants, leur prix fatalement ne pourra que suivre le chemin inverse, c´est-à-dire vers la hausse. Jusque-là, nous avons réussi à amortir les effets pervers de cette combinaison grâce à nos recettes tirées des hydrocarbures. Seulement voilà, notre pétrole va être de plus en plus difficile à écouler dans un monde où la récession est inéluctable. Des usines vont fermer. D´ailleurs, certaines ont déjà fermé. D´autres vont ralentir leur production proportionnellement au carnet de commande qui rétrécit. Les constructeurs d´automobiles ont déjà ouvert le bal. La demande en énergie sera par conséquent bien plus faible qu´elle ne l´est. Et puis, comme un malheur n´arrive jamais seul, la baisse de la demande entraînera forcément celle du prix du baril. Voilà sommairement dressé, le tableau de ce qui nous attend. Pas dans dix ou vingt ans, mais demain. On tiendra le temps que nous permettront nos réserves financières. Chacun sait que si on met beaucoup de temps à amasser de l´argent, il en faut très peu pour sa fonte.
Parmi les solutions envisagées par le président de la République, il faudra «miser sur le travail productif» sur «l´activité intellectuelle» et cesser de croire «aux mirages et à la propagande d´une prétendue prospérité à rechercher outre-mer» que les chaînes satellitaires savent si bien nous distiller. Pourquoi était-il nécessaire d´inclure l´économique dans un discours rappelant le déclenchement de la guerre de Libération? Leur point commun est sans conteste la dépendance. Hier, c´était la dépendance par les armes dont il fallait nous libérer par les mêmes moyens. Ce qui a été fait par une poignée de jeunes qui ont ouvert la voie et les yeux à tout un peuple qui a suivi. Aujourd´hui, la dépendance nous guette autrement. De manière plus «civilisée», sinon plus sournoise. En dévalorisant nos richesses naturelles et par ricochet, nous priver de l´essentiel pour vivre. C´est aux jeunes de 2008 que le chef de l´Etat s´adresse pour leur rappeler que le moment pour eux de reprendre le flambeau des jeunes du 1er Novembre 1954 est venu. Différemment certes, mais ils devront faire preuve du même élan patriotique pour sauver le pays de cette nouvelle forme de dépendance que les pays riches n´hésiteront pas à imposer aux pays en voie de développement. La jeunesse d´aujourd´hui, si elle a la même volonté de protéger le pays que ses aînés ont eu pour le libérer, gagnerait cependant à mieux connaître l´engagement et le combat des Didouche Mourad, des Ben M´hidi et de tous les martyrs qui ont pris conscience, à la fleur de l´âge, de la nécessité du combat libérateur. Ils sauraient mieux apprécier leurs sacrifices pour en faire autant aujourd´hui. Pour cela, il aurait fallu que l´écriture de notre Histoire passe de l´incantation aux rayons des bibliothèques pour être reprise par les programmes scolaires et les productions culturelles. Il n´est cependant pas trop tard pour «limiter les dégâts». Il suffit de mettre à contribution sérieusement nos moyens audiovisuels. Leur «force de frappe» est réelle et comme «prescription d´attaque», nous n´avons rien de mieux devant l´imminence du danger. En tout état de cause et a minima, on peut au moins contrer les effets néfastes de la «propagande des chaînes satellitaires». La force de réussir est à tirer du serment fait à nos chouhada.

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