M. RAHMANI, COORDONNATEUR NATIONAL DU CNES, À L’EXPRESSION
«Sauvons l’université»
Nous nous battrons sans relâche pour la protéger contre toute tentative de démantèlement ou de «médiocritisation», insiste-t-il dans cet entretien.
L´université algérienne est sur le fil du rasoir. Sur un point de non-retour, si les efforts ne sont pas conjugués. Et si une politique rationnelle permettant à ce milieu des sciences et des technologies de retrouver ses belles années d´antan, n´est pas mise en application dans les meilleurs délais, avant que la partie visible de l´iceberg ne fonde, elle aussi. Les spécialistes en la matière en sont bien conscients.
Sollicité par L´Expression, Abdelmalik Rahmani, coordonnateur national du Conseil national des enseignants du supérieur (Cnes), revient dans cet entretien sur l´ensemble des questions ayant trait à l´université. En homme convaincu de ses idées qu´il a toujours défendues, M.Rahmani évoque également les difficultés et notamment les défis de la section syndicale dont il est porte-parole...
Abdelmalik Rahmani: Effecti-vement, il y a une accumulation de problèmes au niveau du secteur de l´enseignement supérieur. Ceci peut être expliqué par un certain nombre de paramètres:
- Les effectifs grandissants, d´année en année.
- Le mode de gestion actuelle des établissements universitaires.
- Le secteur des oeuvres universitaires qui nécessite dans l´urgence, des réformes de fond.
- Les nombreuses réformes engagées par les pouvoirs publics dans les domaines pédagogique et de recherche.
- La marginalisation multiforme du corps enseignant, et la prééminence de l´administratif sur le scientifique. Ainsi tous les problèmes que vous avez énumérés, constituent le côté sombre de l´université. Ils ne sont, en fait, que les conséquences directes ou indirectes des causes que j´ai susmentionnées.
Notre combat, depuis longtemps était axé sur la démocratisation de la gestion de l´université où l´enseignant aura sa place en tant qu´acteur, responsable de la bonne marche de son université. Ce qui permettrait d´avoir une gestion transparente et éviterait, par conséquent, de sombrer dans des problèmes futiles et passer à côté des grands enjeux. La mise en place, dernièrement, de commissions mixtes avec la tutelle, sur proposition du Cnes, cristallise dans un sens cette revendication, car ces dites commissions sont chargées d´impliquer l´enseignant à la base et à travers son syndicat, dans la refonte de l´université.
Au Cnes, nous ne sommes pas nihilistes, car l´université algérienne renferme des potentialités immenses et nous sommes le produit de cette université. Notre combat au Cnes est de contribuer à hisser cette université le plus haut possible, et non de la détruire au nom d´une «liberté d´expression.» Nous avons la lourde responsabilité de protéger l´université publique, et nous nous battrons sans relâche pour la protéger contre toute tentative de démantèlement ou de «médiocritisation.» Les déclarations du Premier ministre ne doivent nullement occulter les nombreux dysfonctionnements dont souffre notre université.
Ce sont des discours qui reflètent une certaine réalité, mais qui ne font nullement avancer la réflexion autour des nombreuses questions qui se posent à l´université, alors qu´il faudra impérativement se mettre au travail. Là, le rôle des pouvoirs publics est grandement engagé afin d´assurer un débat permanent et totalement libre de l´emprise de l´administration. L´université est, en même temps, un lieu et un objet de réflexion.
L´université algérienne a connu une véritable métamorphose au cours de la dernière décennie et la régression dont vous parlez est à mettre en corrélation avec l´explosion démographique et la marginalisation du corps enseignant. Les enseignants chercheurs souffrent depuis trop longtemps d´un statut et d´un salaire dévalorisant leur métier et leur image dans la société. Alors, malgré les sommes colossales «allouées par l´Etat», les mécanismes de mise en marche sont complètement rouillés.
Il y a encore énormément de résistance, notamment au niveau des mentalités qui ne veulent pas s´accommoder aux exigences de l´heure. Cependant, cette situation n´est pas particulière.
Nous sommes partie prenante de l´université. Nous suivons de près toutes les évolutions. Et je profite de l´occasion pour souhaiter bonne chance à M.Hafid Aourag qui est un éminent chercheur, mondialement connu.
Le salaire est un facteur essentiel dans la motivation des enseignants chercheurs. Eux qui sont responsables de la formation des futurs cadres de la nation. Cette question est au coeur de la problématique de l´université. C´est dans ce sens que nous avons toujours revendiqué la place de l´enseignant chercheur au même titre que tous les pays du monde.
Les pouvoirs publics ont la lourde responsabilité de réhabiliter la place et le rôle des enseignants chercheurs, seule garantie de sauver l´université et de mettre notre pays à l´abri des convoitises. Nous avons payé trop cher notre indépendance pour continuer à dépendre sur tous les plans. Aucune politique sécuritaire, au sens large, (alimentaire, militaire.......) ne peut se concevoir sans les enseignants chercheurs et sans l´université.

- IL EST PRESSENTI POUR LE POSTE DE PREMIER MINISTRE
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