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UN ÉCRIVAIN RELANCE L’AFFAIRE DE L’OPPOSANT MAROCAIN

«Le corps de Ben Barka a été incinéré près de Paris»

Par
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Un tel témoignage intervient à quelques jours de la suspension des mandats d’arrêt lancés par Interpol visant des généraux marocains.

De nouvelles révélations dans l´affaire de la disparition de Mehdi Ben Barka. Un écrivain français, Georges Fleury, vient d´apporter de l´eau au moulin du juge chargé du dossier. M.Fleury, auteur d´une cinquantaine de livres, dont certains sur les conflits de la décolonisation, a révélé que le corps de Mehdi Ben Barka aurait été incinéré près de Paris. Un tel témoignage intervient à quelques jours de suspension des mandats d´arrêt lancés par Interpol visant de hauts responsables marocains, dont deux généraux. Notons que le juge français chargé du dossier, Patrick Ramaël, a entamé un bras de fer avec le parquet de Paris. La Justice française s´est «déjugée», selon la famille de la victime, en 24 heures par l´Elysée. A ce niveau, des interrogations méritent d´être posées. Dans la crise diplomatique entre Paris et Alger dans l´affaire de l´arrestation du diplomate Hasseni, le Quai d´Orsay ainsi que l´Elysée avaient estimé que cette affaire relève du ministère de la Justice. Les hauts dirigeants français avaient estimé que le «pouvoir judiciaire est libre et indépendant en France», et que le pouvoir exécutif ne peut mettre la pression sur la justice dans le traitement des affaires. Mais, l´affaire Ben Barka vient de dévoiler la face cachée de «l´indépendance» du pouvoir judiciaire en France et des déclarations des dirigeants français. La suspension des mandats d´arrêt contre les hauts dirigeants marocains aurait été décidée, selon la famille de la victime, par l´Elysée et même le Quai d´Orsay qui auraient demandé à la justice de revoir sa copie. Les observateurs estiment que l´implication de hauts dirigeants français dans ce dossier s´explique par le fait qu´on veut garder les secrets d´Etat, car de hauts dirigeants français, des services de sécurité notamment, seraient complices avec les services marocains dans l´enlèvement, en 1965, de Mehdi Ben Barka. Le document de M. Fleury a été publié dans l´hebdomadaire français, Journal du Dimanche. L´auteur a dévoilé que ce dossier est constitué de procès-verbaux d´une enquête de la gendarmerie consacrée à la disparition de Ben Barka. L´écrivain s´est dit être en possession de ce rapport depuis «25 ans» et qu´il n´a pas voulu s´attaquer à cette affaire «la plus glauque de toutes» et qu´il croit que cet épisode est oublié et enterré. C´est la «raison» pour laquelle l´écrivain a annoncé avoir «rangé» le document chez lui à la maison. Mais, il s´est dit prêt à remettre au juge chargé du dossier ce rapport de la gendarmerie qui contient des renseignements précis sur les deux personnes, (leurs noms, leurs adresses et même le montant de la somme qu´ils auraient touchée pour le faire, 5 millions de francs de l´époque), qui auraient assassiné l´opposant au régime marocain à l´époque à sa tête le roi Hassen II.
«Un peu plus tard», rapporte Georges Fleury, «les mêmes gendarmes vont fouiller une propriété à Villabé», accompagnés «de deux policiers de la préfecture de police. Ils découvrent, sur un tas de cendres, un bout de tissu et un morceau de cuir. Il n´y avait pas d´enquête ADN à l´époque, ces deux éléments matériels sont alors confiés à la brigade de Mennecy, dans l´Essonne». Le parquet n´avait jamais pris en considération un tel document dans le traitement de cette affaire, pour la simple raison qu´il ignore son existence, ajoute la même source.
«Dans ce dossier, on voit que les gendarmes ont un informateur qui leur livre des éléments précis sur deux personnes qui auraient incinéré le cadavre de Ben Barka», explique l´écrivain, qui «croit beaucoup» à la thèse de l´incinération du corps de Ben Barka dans l´Essonne, au sud de Paris. «Pour moi, c´est ce qui s´est passé, je crois beaucoup à cette piste», a déclaré M.Fleury.
«En le relisant, j´ai découvert que la justice, dès 1966, s´était intéressée aux Marocains à l´encontre desquels le juge d´aujourd´hui lance en vain, des mandats internationaux», rapporte-t-il. Ces révélations ont été accueillies avec «prudence» par la famille de la victime. Bechir Ben Barka, fils de l´opposant marocain, a jugé ces révélations «tardives», d´«étonnantes». «Nous attendons que ce rapport de gendarmerie dont personne n´avait entendu parler soit versé au dossier», a-t-il dit dans une déclaration rapportée par l´AFP. De son côté, l´avocat français de la famille Ben Barka, Me Maurice Buttin, a estimé que de telles révélations vont permettre «de reparler de l´affaire et des mandats d´arrêt bloqués en haut lieu», a-t-il souligné à la même source.
Et d´ajouter: «Je suis pour ma part persuadé que le corps a été rapatrié au Maroc, c´est Rabat qui détient la vérité.» Me Buttin rappelle que plusieurs thèses «sont régulièrement apparues ces dernières années: il y a un an, on a dit que le corps avait été dissous dans l´acide, il y a deux ans, il était coulé dans du béton...», a-t-il conclu.

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