APRÈS LE CAMOUFLET DIPLOMATIQUE INFLIGÉ AU MAROC
Aminatou Haïdar relance la question sahraouie
Jamais le conflit du Sahara occidental n’a connu un tel retentissement politico-médiatique sur la scène internationale.
En 33 jours de grève de la faim, Aminatou Haïdar a mis la question sahraouie au-devant de la scène politico-médiatique internationale. En apothéose, son retour à El Aâyoune, dans les territoires sahraouis occupés, a constitué l´événement politique majeur de cette fin d´année. Ainsi, la lauréate du prix Robert Kennedy du courage, a battu en brèche toute la rhétorique marocaine sur «le Sahara marocain». Ce faisant, elle a mis en évidence le fait colonial du Maroc. Jamais, la question sahraouie n´a connu un retentissement international aussi important que celui induit par l´affaire Aminatou Haïdar. Institutions internationales, gouvernements, parlements, ONG, personnalités politiques, hommes et femmes de lettres, artistes et scientifiques, tous ont pesé de leur poids pour faire entendre raison à la monarchie alaouite. Par la force de ses convictions, la militante des droits de l´homme a fait triompher la raison humaine sur la raison d´Etat, toutes les raisons d´Etat.
Et quel ne fut le soulagement de tout ce beau monde au retour de la pasionaria sahraouie dans son pays natal. Lequel retour a fait le tour des médias à l´échelle planétaire. Ainsi, l´Agence France Presse (AFP) a rapporté le soulagement du secrétaire général de l´ONU, Ban Ki-moon du dénouement de l´affaire. Ce dernier «est grandement soulagé de savoir qu´Aminatou Haïdar est maintenant chez elle à El Aâyoune, ce qui met fin à l´impasse ayant conduit à sa grève de la faim qui a duré plus d´un mois», a dit M.Nesirky, porte-parole de l´ONU, lors d´un point de presse animé, ven-dredi, au siège de l´instance internationale à New York. La position de Ban Ki-moon exprime toute l´ampleur prise par la question du Sahara occidental. A ce propos, «il espère que les parties (le Maroc, la France, l´Espagne et le Front Polisario) vont maintenant oeuvrer, avec son représentant personnel, Christopher Ross, à une reprise rapide des négociations en vue d´un règlement de la question du Sahara occidental».
Pour rappel, quatre sessions de négociations directes ont eu lieu entre le Front Polisario et le Maroc. Ces sessions n´ont pu rapprocher les positions des deux parties. Point nodal: l´obstination du Makhzen à ne pas reconnaître au peuple sahraoui son droit à l´autodétermination. A la place, Rabat propose «une large autonomie pour le territoire sahraoui». Faisant fi des résolutions de l´ONU, des Etats membres du Conseil de sécurité soutiennent cette proposition. A ce sujet, le Front Polisario a exprimé son regret de voir le président français Nicolas Sarkozy louer l´option marocaine. «Il est regrettable (...) que le gouvernement français fasse l´éloge de la proposition marocaine d´autonomie du Sahara occidental, quand celle-ci n´est qu´une proposition pour légitimer un fait accompli colonial, et qui bat en brèche le droit et la légalité internationale», a déclaré le secrétaire général du Front Polisario, Mohamed Abdelaziz, dans un communiqué. Cette déclaration a valeur de réponse à l´Elysée.
Le jeudi dernier, Nicolas Sarkozy avait salué «la proposition du Royaume d´une large autonomie dans le cadre d´une solution politique sous les auspices des Nations-unies. En attente de cette solution, la législation marocaine s´applique».
Pour le Front Polisario, cette lecture ne prend pas en considération «l´offre de paix» sahraouie. Laquelle offre repose sur le respect de la légalité internationale. Cela dit, le quotidien français L´Express a mentionné la demande formulée par Sarkozy au ministre marocain des Affaires étrangères, M.Taïeb Fassi-Fihri. Le 15 décembre dernier, le chef d´Etat français avait reçu le représentant de la monarchie. A cette occasion, M.Sarkozy avait exprimé «le voeu que le royaume du Maroc puisse, dans sa tradition d´ouverture et de générosité, faire remettre à Mme Aminatou Haïdar son passeport marocain à son arrivée sur le territoire du Royaume».
L´Elysée a ensuite essayé de tirer son épingle du jeu. En effet, le retour de la militante sahraouie à El Aâyoune a été assimilé comme une suite à l´entretien entre M. Sarkozy et M Taïeb Fassi-Fihri.
Même son de cloche au Nouvel Observateur.
Néanmoins, ce dernier a souligné que le cas de Aminatou Haïdar avait donné lieu à un ping-pong diplomatique entre Madrid et Rabat. Cela témoigne de l´impasse dans laquelle se sont retrouvés les deux Etats. De là à affirmer l´échec de la diplomatie marocaine à ce niveau, il n´y a qu´un pas à franchir.
Et l´aveu vient de la presse marocaine elle-même. A ce titre, La Vie Eco fait mine de se demander: «Faut-il croire que, dans cette affaire, notre pays a sous-estimé la force de frappe médiatique du camp séparatiste?» En guise de réponse, l´organe marocain cite les déclarations de Larbi Messari, ex-ministre de la Communication et «fin observateur des relations maroco-espagnoles». En effet, l´ex-ministre a regretté: «Le Maroc a une bataille difficile à mener contre la propagande. Nous devons l´affronter, tout en évitant de commettre des erreurs qui renforceraient l´adversaire. La décision qui a été prise concernant Aminatou Haïdar aurait dû faire l´objet d´une étude plus approfondie». C´est dire que la militante a ébranlé la monarchie et fait s´écrouler le château de cartes du «Grand Maroc».

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