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Riadh El Feth accueillait, mercredi dernier, presque simultanément, les vernissages de deux expositions. Entre les deux cérémonies, un fossé.

En se rendant au Cercle Frantz Fanon, où devait se dérouler le vernissage de l´exposition du collectif «4x4 de l´art», il était difficile de rester indifférent à l´intense activité que renvoyait la galerie Isma.
Mme Zohra Hachad Sellal, inaugurait, elle aussi son exposition, Talisman. Tous les ingrédients de la grande réception artistique y étaient réunis.
Quelques figures du monde de l´art et des représentants des corps diplomatiques accrédités à Alger sont de la partie. Les journalistes à grands renforts de matériel de sonorisation et de prises de vue bousculent l´assistance; le catalogue de l´exposition, admirablement conçu, est remis aux visiteurs par une charmante hôtesse, à peine ont-ils dépassé le pas de la porte de la galerie; l´artiste est sous les feux des projecteurs et les interviews se succèdent.
Zohra Sellal, née Hachid, est diplômée de l´Ecole supérieure des Beaux-Arts à Alger (1965) et de l´Ecole des arts décoratifs de Grenoble (1973). Mohamed Issiakhem et Chekri Mosli, deux noms de l´art pictural algérien, l´ont eue comme élève. Ali Ali-Khodja, un autre de ses professeurs, signera la préface du catalogue de son exposition.
Les oeuvres à l´honneur sont le fruit d´une forte imprégnation de l´expression picturale préhistorique. Le témoignage de la soeur de l´artiste, Malika Hachid, préhistorienne, nous révèlera à quel point Zohra est réceptive à ces manifestations artistiques. Là où le scientifique ne décèle que des indices de temps et de moeurs, l´artiste sonde l´esthétique.
Zohra Sellal a eu le privilège, grâce à sa soeur, de contempler les trésors d´un autre âge que recèlent le Tassili N´Aajer et l´Atlas Saharien.
Pourtant, ce qui ressort de l´atelier est loin d´être une reproduction. Il n´est, même pas évident, sauf quelques exceptions, de faire le lien entre les oeuvres et ce qui les a inspirées.
Exécutés au pastel, les tableaux trahissent un véritable travail de fourmi, une superposition de couches de couleur et des impressions sur le support.
Les contours s´imbriquent et donnent des lectures changeantes, aussi intéressantes les unes que les autres. Zohra Sellal appelle les couleurs à contribution, c´est d´ailleurs sur elles que l´artiste mise pour donner un souffle de vie à ses toiles. Une distribution efficace, respectant les frontières. Les teintes vives s´échappent parfois et se noient dans des tons antagonistes. La rigueur des tableaux n´est qu´une impression; de plus près, l´espace est semé de dépressions, de tentatives de résurgence et de conflits d´influence. Le tout exécuté avec une finesse et une subtilité dans le trait qui laissent deviner le raffinement de l´artiste.
L´expression de Sellal est multiple. Chaque thème répond à un développement inédit si ce n´est la redondance des couleurs, toujours les mêmes.
La femme est un sujet qui revient souvent dans cette exposition, ce qui pourrait passer pour une déviation du thème principal, surtout que le peintre ne fait intervenir aucun élément qui renvoie aux peintures rupestres du Tassili. Zohra à la fenêtre fait partie de ces toiles hors thème, la condition de la femme y est trop contemporaine, ce qui ne diminue en rien l´intérêt dont elle est porteuse. Mais c´est là un tout autre recueil à étudier.
16h00, c´est l´heure que les 4x4 de l´art ont choisie pour lancer leur exposition. Au Cercle Frantz Fanon, on nous apprend que l´ouverture est retardée à 17h00.
L´odeur du thé à la menthe qu´on sert à Isma finit d´imprimer à l´exposition l´atmosphère du Grand Sud que l´artiste voulait rendre. Pas bête (!) Le temps d´apprécier, encore pour une heure, l´ambiance.
Retour chez les 4x4. Le carrosse ne roule que sur une roue. Sur les trois éléments que compte le collectif, seul Reda Tebbib est présent. Djaoudet Gassouma ne l´est que par ses oeuvres tandis que Acim Massem est tout simplement porté disparu.
Les personnages de Djaoudet sont plus éclatés que jamais; on dirait que l´artiste veut abréger leur présence. Toujours la même empreinte, les mêmes couleurs.
La rencontre avec Reda Tebbib est une heureuse première, une nouvelle expression à ajouter au répertoire pictural algérien, une touche à surveiller. Mais l´artiste est plus préoccupé par la tournure que prend son vernissage.
Le Cercle Frantz Fanon devait accueillir, le lendemain, la conférence de presse d´Eric et Ramzy, pour la projection de leur film, La Tour Montparnasse infernale.
Le vernissage d´une exposition dans une salle aménagée pour une conférence de presse, ce n´était finalement pas une fantaisie d´artiste. L´espace ainsi encombré par des rangées de chaises et une table-tribune au fond de la salle, ne recevait que quelques personnes venues par hasard, sinon des visiteurs détournés par l´exposition de Sellal.
Reda Tebbib pouvait néanmoins se consoler par l´indéfectible engagement de ses amis en de telles circonstances. On pouvait reconnaître Sergoua Karim et Zoubir Hellal membres du collectif Essabaghine, venus prêter main forte.
Autant le vernissage de Zohra Sellal était riche, autant celui des 4x4 de l´art semblait déshérité. Plusieurs causes à cela: d´abord, une programmation qui fait que deux cérémonies se chevauchent, la première causant inévitablement du tort à la seconde, sans aucune préméditation, espérons-le. C´est ensuite un manque de préparation et un concours de circonstances: la conférence des trublions de la PAF, Eric et Ramzy, aurait dû avoir lieu un mois auparavant avant d´être repoussée suite aux événements survenus aux Etats-Unis.
A retenir que l´Office Riadh El Feth accueille, jusqu´au 20 octobre, deux expositions qu´il est impératif de visiter.

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