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LES COMMISSIONS PRÉVUES PAR LES ACCORDS D'EVIAN COMMÉMORÉES

«Nous avons veillé sur le cessez-le-feu»

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De gauche à droite: Ali Amgoud, Aït Ahmed, Saïd Sayoud, Aït Ahmed Ouali, Djoudi Attoumi et Akli Makhlouf (fils du valeureux colonel Mohand Oulhadj)De gauche à droite: Ali Amgoud, Aït Ahmed, Saïd Sayoud, Aït Ahmed Ouali, Djoudi Attoumi et Akli Makhlouf (fils du valeureux colonel Mohand Oulhadj)

50 ans après, quatre anciens membres de ces commissions ont tenu à apporter leurs témoignages sur un volet important de l'Histoire de la guerre de libération.

Le Musée du moudjahed et l'ONM de Tizi Ouzou ont organisé en cette journée du 30 juin, une rencontre consacrée aux commissions de cessez-le-feu, prévues par les Accords d'Evian de mars 1962. 50 ans après, quatre anciens membres de ces commissions, installés à la tribune, ont tenu à apporter leurs témoignages sur un volet important de l'Histoire de la guerre de Libération.
M.Djouaher, directeur du musée de Tizi Ouzou fut le premier à prendre la parole pour souhaiter la bienvenue à l'assistance venue assister à cette rencontre jamais réalisée auparavant. Aït Ahmed Ouali, Djoudi Attoumi, Rachid Adjaoud et Saïd Sayad furent conviés à apporter leurs expériences personnelles sur ce domaine et rappeler la création et le fonctionnement de ces commissions, les problèmes rencontrés etc. Ils ont tenu à signaler qu'il y avait la Commission nationale, les commissions régionales et les commissions locales qui avaient pour objet de veiller à l'application des Accords d'Evian. Chacune des parties devra rester sur ses positions, ne pas circuler au-delà des axes routiers pour l'armée française et, pour l'ALN de ne pas circuler sur les axes routiers ou en milieu urbain. La tenue civile est obligatoire pour les moudjahidine et ils devront circuler également sans armes.
Les critères qui avaient présidé au choix des membres sont liés au niveau d'instruction, au grade d'officier de l'ALN et enfin être un interlocuteur qui doit honorer l'ALN avec un esprit d'analyse des situations qui se poseront à lui, etc.
La plupart des membres sont issus du PC de la Wilaya III dont l'élément moteur fut le chahid Tahar Amirouchen à qui nous rendons hommage aujourd'hui; il s'agit donc de Aïssani Amar dit «Amirouche», Aït Ahmed Ouali, Hamel Lamara, Ferhani Abdenour, Djoudi Attoumi, Mouloud Benmouffok, Rachid Adjaoud etc. Le choix du lieu des rencontres fut étudié avec minutie; il doit être neutre, facilement d'accès aux deux parties. Pour notre commission locale (Vallée de la Soummam et Bordj Bou Arréridj), nous avons opté pour la ferme Hamimi à Tazmalt (Région 3 de la Zone 2, Wilaya III).
Pourquoi la ferme Hamimi? Nous l'avions proposée pour plusieurs raisons; d'abord c'est un refuge de l'ALN; ensuite, elle est en bordure de la route nationale n°26 et elle comporte les conditions matérielles pour une rencontre officielle.
Notre commission locale fut installée par deux membres de la Commission nationale, à savoir le commandant Saïd Hermouche de la Wilaya IV et de Si Mohamed Allahoum de l'armée des frontières. La réunion d'installation s'est déroulée à la ferme Hamimi en vue de l'explication des règles protocolaires et certaines précisions. Nous savions déjà que les officiers français étaient formés dans les Ecoles d'état-major, qu'ils sont d'un certain âge et qu'évidemment, ils avaient un niveau d'instruction universitaire. Par contre, notre niveau était loin d'égaler le leur. Avec nos compagnons, nous devions les affronter avec toute l'intelligence et les capacités qui devaient faire de nous de dignes représentants de notre glorieuse ALN. En effet, les officiers de l'ALN désignés avaient abandonné leurs études pour rejoindre les maquis alors qu'ils étaient lycéens; ils avaient été surtout, formés par «l'école du maquis» et forgés ainsi aux postes de responsabilité.
Malheureusement, ils ignoraient les règles protocolaires qui allaient régir les prochaines réunions. Après d'autres explications, nous reçûmes chacun un laissez - passez et un permis de port d'arme signés par un général français.

Les différents aspects des commissions
L'aspect militaire: les représentants des deux armées se rencontrent à égalité pour discuter ensemble pour la première fois. Le plus important, c'est que les représentants de l'ALN feront figure de vainqueur, sans pour autant être agressifs ou être animés d'un esprit de vengeance. La courtoisie doit dominer.
L'aspect politique: de telles rencontres auront un effet formidable auprès de la population: ceux qui torturaient, égorgeaient, rasaient les villages et qui étaient responsables de la mort de milliers d'Algériens viennent discuter à égalité avec les officiers de l'ALN. Un autre effet formidable auprès des combattants de l'ALN: ceux qui préconisaient la paix des braves deux années auparavant, ceux qui nous traitaient de fellaghas, hors-la-loi, bandits, sont venus s'asseoir à la même table et traiter d'égal à égal.
Du point de vue international: l'ALN traite sur le même pied d'égalité que l'ancienne puissance coloniale qui est forcée d'abandonner ses prétentions sur «l'Algérie française».
L'aspect psychologique: les deux parties appréhendent cette rencontre pour plusieurs raisons; il s'agit de notre ignorance des règles protocolaires, de discuter avec des officiers qui avaient les mains pleines de sang; il y a aussi nos capacités de discuter, de lecture des cartes d'état-major etc. Nous appréhendons aussi nos capacités de convaincre nos partenaires français sur les récentes actions de vengeance de la population sur les harkis et les traîtres. La première rencontre entre les deux délégations eut lieu à la ferme Hamimi près de Tazmalt. En attendant leur arrivée, nous nous posions beaucoup de questions: comment seront-ils habillés? Faut-il leur serrer la main? Quelle sera leur allure? Seront-ils hautains? Dédaigneux?
Au bout de quelques minutes, une jeep arriva en trombe à l'entrée de la ferme. Ils étaient à l'heure; quatre officiers descendent; ils avaient tous les tempes grisonnantes, contrairement à nous; ils étaient tous en costumes, cravates et un porte-document à la main. Ils dégageaient un aspect froid et même hautain.
Le commandant Hermouche Saïd les invite à pénétrer dans la maison et à s'installer dans le salon autour de la table ovale. Il leur souhaita la bienvenue, en espérant que les deux parties s'efforceront de faire en sorte que les travaux seront satisfaisants. Ces quelques paroles de Hermouche et la réponse du colonel dégelèrent l'atmosphère.
Les membres furent présentés par les deux chefs de délégation; l'aspect technique de la commission fut abordé en insistant sur l'application stricte des Accords d'Evian. Lecture fut donnée sur les principales dispositions, en insistant sur les points suivants, à savoir, les déplacements des deux armées, s'abstenir des actions de représailles contre les harkis, goumiers, protection de la population européenne et respect du fonctionnement des institutions administratives.

Place au référendum
Cette première réunion fut un succès. Nous étions étonnés du respect et de la bienveillance réciproque, l'absence de la volonté de nuire, d'humilier etc. Et chose importante, nous avions appris qu'ils venaient tous d'arriver de France, après que tous les officiers complices des putschistes furent relevés de leurs fonctions et renvoyés en France.
La deuxième réunion eut lieu une quinzaine de jours plus tard. Elle ne fut pas aussi calme que la précédente à cause de l'enlèvement de deux goumiers qui furent exécutés par la population. Evidemment, nous avions rejeté toute responsabilité de l'ALN, sachant que l'armée française les a abandonnés sur place et qu'ils furent livrés à la vindicte populaire. Déjà, notre esprit était ailleurs, car il fallait se préparer à organiser le référendum d'autodétermination.
Cette commémoration des commissions de cessez-le-feu fut suivie par un débat fort intéressant sur un des volets de l'histoire de la guerre de Libération; il fut notamment mis en relief la qualité des témoignages des conférenciers et le souhait de voir se renouveler de telles initiatives.

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