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22ÈME SALON INTERNATIONAL DU LIVRE D'ALGER : MOHAMED TAHAR ZEGGAGH, À L'EXPRESSION

«J’ai fait le choix de donner la priorité aux articles de la presse française»

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«J’ai fait le choix de donner la priorité aux articles de la presse française»

Ancien membre du FLN, il vient de sortir un nouveau livre historique où il a pris le pari d'une démarche assez singulière qui fait appel à l'objectivé pour dire tout bonnement la vérité sur les exactions commises durant la colonisation par l'armée française envers les Algériens. Un livre bien intéressant d'autant qu'il possède des archives rares. Il nous en parle.

Ancien membre du FLN, il vient de sortir un nouveau livre historique où il a pris le pari d'une démarche assez singulière qui fait appel à l'objectivé pour dire tout bonnement la vérité sur les exactions commises durant la colonisation par l'armée française envers les Algériens. Un livre bien intéressant d'autant qu'il possède des archives rares. Il nous en parle.

L'Expression: Vous présentez à l'occasion du Premier Novembre «Vérités sur les crimes de l'OAS en Algérie. Dossier spécial Archives et contribution à la mémoire historique du peuple algérien 1961/1962.» Un livre historique publié à l'occasion du Sila aux Editions Anep. Tout d'abord pourquoi ce livre?
Mohamed Tahar Zeggagh: Ce livre n'était pas prévu. Ce qui était prévu c'est un livre qui constitue mon récit-témoignage de ma participation à la Zone d'autonome d'Alger et ce, après ma libération de prison, après le cesse-le-feu le 19 Mars 1962. Finalement au fil de mes recherches je me suis dit qu'il faut faire une recherche plus approfondie et travaillé sur des documents de l'époque. J'ai fait ce choix de donner la priorité aux articles de la presse quotidienne française au nombre de 39 parmi les plus illustres de 12 quotidiens français. Je me suis dit que leurs articles qui relatent la barbarie, les crimes de l'OAS de cette époque-là après le putsch des généraux du 21 avril 1961, qui a échoué, serait le meilleur moyen d'amorcer les révélations sur les crimes de l'OAS. L'autre question qui s'est posée à moi, c'était que si un Algérien, un militant quelconque qui avait décrit ces actes de barbarie, comme par exemple des blessés qui ont été achevés à l'hôpital Maillot, des fusillades sur les cortèges funéraires qui allaient enterrer les morts à El Kettar, comment ils ont massacré autour de Mouloud Feraoun, les enseignants le 15 mars 1962, si je dis moi, qu'ils ont tué une petite fille de 8 ans après avoir tué son père dans une épicerie, eh bien ils auraient dit que c'est un Algérien et de surcroît un militant FLN et donc son approche est sujet à caution, de la subjectivité, il en rajoute. Alors j'ai fait le pari et j'ai pris le parti de donner d'abord la parole aux grands journalistes français de l'époque qui ont écrit avec beaucoup de précision, de vivacité diraient certains avec beaucoup d'humanité sur les crimes de l'OAS. Parmi eux il y avait des lignes éditoriales bien diverses. il y a aussi bien des journaux de gauche, légalistes comme Le Monde que des journaux proches de l'extrême droite comme l'Aurore, France Soir qui a disparu, Paris Presse L'Intransigeant, y compris Le Figaro qui existe encore, ceux-là étaient légalistes. Ils n'osaient pas soutenir directement la sédition de l'OAS, mais ils avaient une certaine approche, c'est pour cela que j'ai fait une étude de vocabulaire de ces articles.. Parmi eux il y avait différentes approches éditoriales. Pour moi ces journalistes étaient les véritables historiens de l'immédiat. D'autant plus que les journalistes algériens d'abord, ils n'étaient pas nombreux. Il y en avait juste quelques-uns à Tunis, Les journalistes algériens en 1961 et en 1962, notamment de janvier à juin n'étaient pas nom-breux et ensuite ils ne pouvaient pas faire ce travail de terrain. Ils n'avaient ni la couverture juridique ni les moyens technique, seuls ces 39 journalistes dont j'ai repris des articles de la presse quotidienne française qui était sur le terrain, se relayaient tellement ils vivaient et travaillaient sous la menace.

Comment avez-vous pu obtenir ces documents qui sont vieux aujourd'hui?
Certains journaux ont effectivement disparu depuis 15 ans. Je remercie des amis français qui m'ont aidé dans cette recherche, mais je ne dis pas encore par quel moyen. Il y a des articles qu'on peut retrouver et d'autres qu'on ne peut pas retrouver. Je me suis dit que les archives administratives qui ont été formatées ou des comptes rendus faits par la police française ici alignaient des chiffres et certains étaient même inexacts pour la plupart. Beaucoup d'Algériens qui étaient morts, leurs parents n'allaient pas les déclarer car ils risquaient de se faire tuer en cours de route. Ils n'emmenaient même pas les blessés à l'hôpital. Les chiffres officiels étaient partiels et ne reflétaient pas toute la vérité. C'est pour cela que j'ai donné la priorité à ces journalistes pour dire que ce qui suit et décrit là, n'a pas été dit par un Algérien. Moi j'assure la méthodologie, la thématique, la chronologie, mais ce sont des journalistes français reconnus et illustres qui ont écrit sur le vif à ce moment-là. Donc c'est la vérité. C'est pour cela que j'ai intitulé ce livre Vérités sur les crimes de l'OAS en Algérie.

Y a-t-il des réactions ou des échos de la part des Français suite à ce livre?
Non, parce que ce livre je voulais qu'il soit édité en Algérie d'abord, peut-être en France plus tard. J'ai écrit un premier livre sorti chez Chihab sur les prisonniers politiques FLN en Algérie et en France. Alors, celui-ci je l'ai fait éditer d'abord en France chez PubliSud, puis chez Chihab depuis deux ans. Mais celui-ci compte tenu de l'ampleur et la sensibilité du sujet, des problèmes qu'il soulève, y compris des organigrammes de l'OAS qui est publié dans ce livre je me suis dit qu'il faut qu'il soit prioritairement édité, publié, diffusé en Algérie. Après, si l'Anep veut le confier à un éditeur français, c'est à eux de le faire, pas à moi. Donc j'ai fait ce choix délibérément, sciemment.

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