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ACTUALITÉ

LA JEUNESSE ALGÉROISE
«Une visite sans couleurs et sans relief»
04 Décembre 2007 - Page : 4
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Les jeunes veulent des visas et Sarkozy des milliards.

Mémoires contradictoires, voire conflictuelles. Entre Alger et Paris, c’est l’histoire passionnelle d‘un couple infernal. Que faut-il faire?
«Dissoudre le passé dans le passé ou alors le laisser pour l’avenir». Il y a une autre alternative «laisser les historiens faire leur travail». Ni l’une ni l’autre de ces mesures, répond avec insistance la quasi-totalité des jeunes d’aujourd’hui, rencontrés et interrogés hier, au niveau du centre d’Alger. La capitale d’antan, où des dizaines de milliers d’Algériens, étaient venus des quatre coins du pays accueillir, les bras ouverts, le président français Jacques Chirac, bravant le froid glacial, les aléas de la route le plus souvent dangereuse ainsi qu’une organisation «approximative»...point de bruit.
Ni de klaxons ni d’emblèmes brandis. Inaperçue est la visite qu’effectue à Alger le président français, Nicolas Sarkozy. Qu’attendent les jeunes Algériens du chef de l’Etat français qui effectue pour la circonstance sa 7e visite en Algérie? Connaissent-ils l’ex- maire de Neuilly? Lynda, une jeune fille, âgée de 27 ans, estime que cette visite ne fera «que réveiller le chat qui dort. La génération qui a vécu les affres du colonialisme français est bien consciente.»
Cette 7e visite de Sarkozy, poursuit notre interlocutrice qui vient des montagnes du Djurdjura, habitant Alger depuis 5 ans, est «une insulte à la mémoire collective.» Mouloud, étudiant en 4e année de lettres arabes, originaire de Chlef, rencontré à la Fac centrale d’Alger, n’y est pas allé par trente-six chemins pour dire: «Vous n’avez qu’à voir l’entretien accordé par le locataire de l’Elysée à Patrick Poivre d’Arvor, journaliste vedette de la chaîne française TF1.» Qu’a-t-il dit au juste? «Ce sont uniquement les investissements économiques de 5 milliards d’euros qui l’intéressent», précise-t-il. Yasmina, étudiante en première année de pharmacie, rencontrée à la salle de lecture, estime que «ce qui intéresse la jeunesse algérienne, ce sont les visas et la durée de leur délivrance. Bien entendu, cette affaire n’est pas la priorité de Sarko, initiateur, lui-même, de la politique d’immigration sélective.»
Et d’ajouter qu’«en sus des 350.000 immigrés exclus, après l’intronisation de cet homme à la tête de l’Elysée, d’autres centaines subiront le même sort dans un avenir proche.» 11h. Les Algérois demeurent insensibles à cette visite d’Etat. Dans les cafétérias, les restaurants...et les bureaux de poste, on parle plutôt d’un éventuel retour du mauvais temps, annoncé pour mercredi. C’est l’unique préoccupation des citoyens, semble-t-il. Point de discussion sur les résultats des dernières élections. Rencontrée à sa sortie du lycée Emir Abdelkader, une jeune fille, s’interroge: «Pourquoi on tente de bien accueillir cet homme, et le saluer comme un roi. Sarko en Algérie? Nos aïeux se retourneront dans leurs tombes» renchérit-elle. Qu’en est-il de la libre circulation de nos immigrés? «Sarkozy a fait ses calculs. Il ne garde que les plus érudits, et d’autres personnalités de l’élite à l’instar de Zinedine Zidane, dont la France tire encore profit», précise-t-elle.
Et d’ajouter que «les personnes qualifiées de racaille subiront dans l’immédiat les conséquences du sarkosisme.» Plus loin encore, Mounir, opticien à la rue Hassiba Ben Bouali, estime que «la France ne reconnaîtra jamais ses crimes tant que Sarkozy est président.» Et que connaît Mounir de ce président? «Tout ce que connaissent mes concitoyens de lui: xénophobe, individualiste...». Tandis que Mouloud croit dur comme fer en cette visite. «Il faut tourner la page et non pas la déchirer», a-t-il estimé. «Nous sommes au chevet d’un pays frappé de tous les maux. Peu importe l’origine et la couleur de la peau du médecin traitant.» Sur sa lancée, il précise que défendre les intérêts économiques du pays est une priorité. Entre visas et milliards d’euros, les avis divergent.

Fouad IRNATENE

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