| |
OTAGES MILITAIRES MALIENS
La rébellion touarègue nigérienne mise en cause
26 Mars 2008 - Page : 24 Lu 556 fois
Une vingtaine de militaires maliens, blessés et enlevés le 21 mars 2008 dans le nord du Mali, ont pris la direction du Niger.
Selon une source militaire occidentale qui s’est exprimée hier à Bamako, les otages militaires maliens seraient actuellement détenus par les rebelles touareg nigériens du Mouvement des nigériens pour la justice (MNJ). «Les militaires maliens, dont certains sont blessés, ont été emmenés pour être gardés chez les rebelles nigériens du MNJ par les gens d’Ibrahim Ag Bahanga», a confié cette source rapportée par l’AFP. Le groupe, composé d’«une vingtaine d’otages», a été acheminé vers le Niger par les hommes du chef rebelle touareg malien, Bahanga. Quel a été alors leur itinéraire? Les «militaires maliens retenus par les rebelles ont traversé la plaine de Tamesna (nord-est) pour regagner le Niger», nous apprend la même source. L’information, de toutes les façons, tend à se confirmer. «Des militaires maliens ont été transférés au Niger chez les rebelles du MNJ», selon une source diplomatique à Bamako, cette fois-ci. Démenti "catégorique" du MNJ
Le chef du mouvement rebelle touareg nigérien du Mouvement des Nigériens pour la justice (MNJ) a démenti "catégoriquement" hier par téléphone à l´AFP avoir reçu des militaires maliens faits récemment prisonniers par des rebelles touareg maliens. "Nous n´avons aucun prisonnier militaire malien, c´est totalement faux", a déclaré Agaly Alambo, joint par téléphone satellitaire. Plus tôt dans la journée, une source militaire occidentale à Bamako avait affirmé que des militaires maliens pris en otages le 21 mars au Mali par des rebelles touareg maliens avaient été transférés au Niger dans une base du MNJ. |
Pour rappel, des affrontements extrêmement violents avaient opposé, le 20 février dernier, des éléments de l’Armée régulière malienne aux rebelles touareg d’Ibrahim Ag Bahanda, dans l’extrême nord du Mali. Ces otages, qui ont pris la direction du Niger, font partie des 29 militaires blessés et enlevés le 21 mars 2008. «Les 19 et 20 mars 2008, la bande à Ibrahim Ag Bahanga, appuyée par d’autres bandes touarègues venues de pays voisins du Mali, a attaqué des convois militaires de ravitaillement et posé des mines», a déclaré le chef de la diplomatie malienne, Moctar Ouane. Le ministre des Affaires étrangères du Mali a livré ces informations à des diplomates en poste dans la capitale malienne alors qu’il se trouvait en réunion avec eux. La diplomatie serait donc en état d’alerte, à moins qu’elle n’ait été actionnée pour dire qu’il y a péril en la demeure. Retour donc à la case départ: le conflit qui oppose la rébellion touarègue du Mali au pouvoir central de Bamako a trouvé son prolongement au Niger. Bye, bye, les accords de paix signés à Alger en 2006. On pensait avoir mis fin à un conflit à la lisière de la frontière algérienne de façon durable et officielle. La diplomatie algérienne, très sollicitée par les deux parties, avait déployé tout son savoir-faire pour aplanir les différends qui ont opposé les protagonistes de ce conflit. La nouvelle donne, qui y a surgi, a surpris plus d’un spécialiste de cette question et livre un autre éclairage pour sa compréhension. La connexion entre la rébellion touarègue malienne et sa «soeur» nigérienne semble clairement établie. Le ministre malien de la Défense appuie sans sourciller cette thèse. «Les informations que nous avons font état de ce que les hommes de Ibrahim Ag Bahanga ont effectivement participé aux événements du Niger, et vice versa», a déclaré Mamadou Clazié Cissouma. C’est en août 2007 qu’Ibrahim Ag Bahanga a repris le chemin de la rébellion, faisant ainsi écho à ses frères du Niger qui se sont soulevés contre les autorités de Niamey en février 2007. Ce regain de tension au nord du Mali, qui est monté d’un cran, risque de compliquer davantage la libération des deux Autrichiens, otages d’Al Qaîda au Maghreb. Les négociateurs sont à la recherche d’un contact «sécurisé» avec leurs ravisseurs. «Il faut ce contact physique, prolongé et sécurisé avec les ravisseurs pour faire rapidement avancer les choses, c’est très important. Mais pour le moment, il n’existe pas», a reconnu une source qui a préféré garder l’anonymat. Les ravisseurs et leurs otages ont été localisés dans le nord du Mali. Bamako préfère le silence. A moins que ce nouveau rebondissement dans l’affaire des otages militaires maliens ne nous réserve une autre surprise.
Mohamed TOUATI

|
|