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EUROPE-IRAN

Première victoire diplomatique de l’Iran?

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«L’Iran a droit au nucléaire civil, mais un climat de confiance est nécessaire», selon Mme Ferrero-Waldner.

Que s´est-il passé dans les arcanes de la diplomatie internationale entre la fin du mois de décembre dernier et la fin de ce mois de janvier pour que l´Union européenne adoucisse le ton envers l´Iran sur la question de son programme nucléaire? En l´espace d´un mois, l´UE est passée d´une attitude à la limite de la menace envers l´Iran, à un discours conciliant, plus pragmatique et réaliste?
«L´Iran est un géant du Moyen-Orient, important sur le plan stratégique» a déclaré, mercredi dernier, M.Javier Solana, le Haut représentant pour la politique extérieure et de sécurité commune (Pesc) de l´UE, devant les députés du Parlement européen (PE) réunis en plénière à Bruxelles. Si M.Solana a rappelé que «le développement du nucléaire dans cette région serait un facteur d´instabilité dans la région et serait contraire au principe de non-prolifération», il a reconnu qu´une confrontation avec l´Iran n´est pas la bonne voie.
«Nous avons beaucoup d´intérêts communs, de projets communs, notamment dans le secteur énergétique...l´UE souhaiterait normaliser ses relations avec l´Iran, car nous avons tout à gagner» a-t-il déclaré. Et c´est avec la même prudence que la Commissaire européenne aux relations extérieures, Mme Benita Ferrero-Waldner, a abordé la question et a estimé que «l´Iran a le droit au nucléaire civil, mais un climat de confiance est nécessaire». Plus optimiste que certains députés, elle s´est déclarée satisfaite et confiante sur les résultats issus des pourparlers de la délégation du PE. qui s´est rendue dernièrement en Iran.
Elle a ajouté: «Les contacts personnels permettent de surmonter les préjugés et les stéréotypes entre deux anciennes civilisations qui ont beaucoup à s´apporter.» Cette nouvelle attitude de l´UE vis-à-vis de l´Iran contraste fortement, du moins dans le discours, avec les conclusions du dernier Conseil européen du 14 décembre 2007.
Les chefs d´Etat et de gouvernement avaient adopté des positions plus fermes, s´alignant ainsi sur celles des USA. «Le Conseil déplore que l´Iran ne se soit toujours pas acquitté des obligations internationales qui lui incombent de suspendre toutes ses activités liées à l´enrichissement et toutes ses activités de retraitement, afin de rétablir la confiance dans le caractère exclusivement pacifique de son programme nucléaire» avait-il conclu, avant d´ajouter dans sa résolution finale que: «La réflexion s´est engagée sur les mesures complémentaires -les sanctions- qui pourraient être prises». Ainsi, en l´espace d´un mois, le «ton» a changé avec l´Iran.
En revanche, l´UE met en avant un autre angle d´approche de ses relations avec l´Iran: les droits de l´homme. «La société iranienne est pleine de talents, le nombre de femmes universitaires diplômées est élevé», a affirmé M.Javier Solana, et d´ajouter: «Il existe des éléments de démocratie, mais le processus électoral laisse à désirer.» C´est le même discours chez Mme Benita Ferrero-Waldner: «L´amélioration de la situation en matière de droits de l´homme est nécessaire pour le bon développement de la coopération avec l´Iran», a-t-elle déclaré, tout en dénonçant «l´augmentation du nombre d´exécutions capitales l´an dernier».
On l´aura compris, l´UE souhaite appuyer la société civile iranienne pour contrer le régime politique fermé des mollahs iraniens. Dans la salle du PE, si les députés n´ont pas ménagé le régime iranien sur ses atteintes aux droits de l´homme, il y avait ceux qui persistent pour des sanctions plus dures, comme le nationaliste polonais, Konrad Szymanski qui a déclaré qu´il «faut continuer à faire pression sur l´Iran et ne pas exclure l´option militaire», et ceux, plus réalistes, qui ont dénoncé le double langage envers l´Iran, voire les positions «hypocrites» de certains Etats européens.
C´est le cas de la Française, Mme Marie- Anne Isler, députée du groupe des Verts qui s´est dite «contre le nucléaire, tout court» et de dénoncer les contrats de la France avec la Libye, la Chine et la Géorgie. Et de s´interroger: «La France ne joue-t-elle pas avec l´instabilité?» Devant ce changement de discours de l´UE, d´aucuns des journalistes et observateurs, présents dans la salle, ont conclu à une «victoire diplomatique de l´Iran».
Peut-être que c´est aller vite en besogne, mais les jours à venir, et notamment la réunion prochaine du Conseil de sécurité de l´ONU sur la question, nous édifieront sur cette nouvelle donne de la stratégie européenne dans cette région de l´Asie mineure.

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