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ACTUALITÉ

CRISE ALIMENTAIRE MONDIALE
Wade veut la peau de la FAO
06 Mai 2008 - Page : 24
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Abdoulaye Wade, président du Sénégal

Il l’accuse de prélever en toute impunité 20% des aides destinées à l’Afrique.

Le président sénégalais Abdoulaye Wade, veut rayer de la carte l’Organisation de l’ONU pour l’agriculture et l’alimentation, la FAO. Il lui impute ni plus ni moins la crise alimentaire actuelle qui frappe de plein fouet pratiquement l’ensemble des pays de la planète avec des fortunes diverses. Les mieux armés résistent. Les plus pauvres sont tout simplement guettés par la famine. Le président sénégalais a affirmé qu’en son pays, il n’y avait «ni disette ni famine au Sénégal». Alors pourquoi cette violente diatribe contre la FAO? «La situation actuelle est largement son échec et les cris d’orfraie n’y feront rien. Cette institution aux activités dupliquées par d’autres, apparemment plus efficaces..., est un gouffre d’argent largement dépensé en fonctionnement pour très peu d’opérations efficaces sur le terrain», a déclaré dimanche depuis Dakar, le président Wade. L’accusation est grave. La FAO ne servirait à rien. Pire, «la FAO prélèverait en toute impunité 20% de façon tout à fait illégale», dénonce le chef d’Etat sénégalais en faisant allusion aux fonds d’aide distribués par l’institution onusienne.
Abdoulaye Wade épargne cependant son compatriote Jacques Diouf, directeur général de la FAO.
«En dépit de tous les mérites de son directeur général...c’est l’institution FAO, qui doit être mise en cause», a estimé le chef de l’Etat sénégalais.
L’organisation de l’ONU pour l’agriculture et l’alimentation (la FAO) basée à Rome, s’est refusée à tout commentaire. L’institution onusienne a été qualifiée de «gouffre d’argent». La crise alimentaire mondiale actuelle est «largement son échec», a accusé A. Wade.
«Nous n’avons aucun commentaire à faire en tant qu’organisation», a déclaré, hier, Nick Parsons, responsable du service presse de la FAO, à l’AFP. «Je ne peux cependant pas dire si le directeur général réagira ou non», a-t-il ajouté en substance, laissant planer le suspense quant à une éventuelle réplique de Jacques Diouf. Une affaire sénégalo-sénégalaise? La réponse est déjà parvenue, peut-être, à travers les déclarations du secrétaire général des Nations unies. Ban Ki-moon a estimé que, paradoxalement, la crise alimentaire à laquelle fait face le monde peut constituer une «chance immense» pour le continent africain. «Si nous les aidons, si nous leur fournissons à la fois de l’aide et un mélange équilibré de politiques locale et internationale, la solution est à notre portée», a estimé M.Ban Ki-moon dans une tribune publiée hier par le quotidien français Le Monde. Le secrétaire général de l’ONU a cité l’Organisation pour l’agriculture et l’alimentation (FAO) qui réclame 1,7 milliard de dollars pour renforcer la production agricole des pays touchés par la crise.
73 millions de personnes sont concernées par le Programme alimentaire mondial, le PAM. L’Afrique est en danger.
2,6 millions de Somaliens attendent une aide pour uniquement se nourrir. 7000 habitants de Mogadiscio sont descendus hier dans la rue pour manifester contre «l’hyper-inflation». Quel sens donner à la sortie médiatique du chef de l’Etat sénégalais devant une telle situation d’urgence? Abdoulaye Wade est apparemment friand de ce type d’intervention.
Au mois de juillet 2007, il s’était déjà fait remarquer. Il avait sévèrement critiqué le Nepad. «Pas un kilomètre de route n’a été construit par le Nepad. Je suis d’accord pour que nous nous retrouvions le plus rapidement possible pour repenser le Nepad et le faire repartir sur des bases simples», avait déclaré Abdoulaye Wade lors du 17e Sommet des pays chargés (dont l’Algérie) de la mise en oeuvre de ce programme, qui s’est tenu à Accra au Ghana. La sortie fracassante du président sénégalais devrait entraîner quelques dégâts collatéraux, et en particulier faire vivement réagir son compatriote Jacques Diouf, directeur général de la FAO. A moins que ces déclarations récentes et fracassantes ne fassent déjà partie du passé.

Mohamed TOUATI

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