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12 MORTS ET 42 BLESSÉS DANS UN DOUBLE ATTENTAT TERRORISTE À BOUIRA
l’horreur continue
21 Août 2008 - Page : 2 Lu 2594 fois
Il était 6 heures du matin, lorsqu’une voiture de marque Renault Clio immatriculée 09 (wilaya de Blida) suivait le bus transportant des travailleurs matinaux.
A quatre minutes d’intervalle, la ville de Bouira a été réveillée, hier matin, par deux explosions assourdissantes. Il s’agit de deux attentats kamikazes perpétrés en plein centre-ville. Le premier visait un bus transportant les travailleurs, tous algériens, de l’entreprise canadienne SNC-Lavalin. Celle-ci est chargée de construire la station de transfert d’eau sise dans la commune de Djebahia. La seconde explosion avait pour cible le siège du secteur militaire. Le bilan officiel fait état de 12 morts et 42 blessés, dont 7 militaires et 1 policier. Les personnes décédées sont toutes des civils. Ce sont des travailleurs de l’entreprise évoquée. Hormis Rebahi Azzedine qui occupait les fonctions d’opérateur de machine, le reste des victimes sont des topographes et aide-topographes. Il était 6 heures lorsque une voiture de marque Renault Clio immatriculée 09 (wilaya de Blida) suivait le bus de couleur vert et blanc, de marque Toyota. Le chauffeur fait son habituelle tournée pour récupérer le personnel de l’entreprise. Quittant son parking, le bus marque son arrêt habituel à proximité de l’hôtel Sofy afin de ramasser le reste du personnel. 6h05, tout le monde est embarqué. Les travailleurs occupent leurs sièges. La porte du bus se ferme. Avant que le chauffeur ne fasse redémarrer son véhicule de transport, une forte explosion, entendue dans les quatre coins de la ville, secoue le bus. C’est un kamikaze qui avait fonçé sur le bus des malheureux travailleurs, par l’arrière. Les dégâts sont énormes: toute la rue était jonchée de décombres et le bus complètement déchiqueté. Liste des personnes décédées
-Goulmane Khaled, topographe, Boutrigue Kamel, topographe (origine: Bouira). -Lakrout Farid, aide-topographe (origine: Tizi Ouzou). -Rebahi Azzedine, opérateur machine à béton (origine: Médéa). -Kanoun Mohamed, topographe (origine: Bouira). -Megraoui Kamel, aide-topographe (orgine: Tizi Ouzou). -Benyamina Karim, topographe (origine: Bouira). -Djouadi Abdesselem, topographe (origine: Bouira). -Dermouche Abdennour, topographe (origine: Bouira). -Hamouni Sofiane, topographe (origine: Bouira). La 12e personne n’a pas été identifiée à la mi-journée d’hier. |
La façade de l’hôtel s’est effondrée. Son côté latéral gauche éventré. Les boutiques des parages de l’hôtel sont saccagées. Une parfumerie en ruines. Une pharmacie dévastée. Le trottoir défoncé. Les piliers tachés de sang. Les murs changent de couleur. Ils prennent la couleur du sang et celle de l’huile des voitures éventrées. L’odeur du gas-oil se fait sentir près de l’endroit. Quelques minutes plus tard, les services de sécurité ferment les quelques axes routiers menant vers les lieux du drame. Les cordons de sécurité sont tout de suite formés. Personne ne peut y accéder. Les cadavres sont évacués. La police éloigne la foule compacte des citoyens, curieux de se rendre sur les lieux du drame. Les agents de la police scientifique entament leurs investigations. Les agents de la Protection civile ont déjà apporté les premiers soins aux victimes avant de les évacuer. Les décombres ont été déblayées. Les lieux sont, un peu, nettoyés. Les blessés n’arrivent pas à décrire la scène qu’ils ont vécue. Il est difficile de se souvenir d’un fait aussi sanglant. «J’étais sur le trottoir attendant le deuxième bus pour rejoindre mon boulot. J’ai vu mes collègues monter la première marche du bus. Je les ai juste salués. Soudain, je me suis retrouvé allongé le corps taché de sang», raconte Hanini Mohamed, 32 ans, de Médéa. Cet opérateur, que nous avons rencontré à l’hôpital Mohamed Boudiaf au chef-lieu de la wilaya, se rappelle encore: «Avant l’explosion, j’ai aperçu une voiture qui prenait la même direction que le bus. Elle circulait à pas de tortue. Mais, à aucun moment, je n’ai pensé à un attentat kamikaze. Car on n’était pas les seuls à circuler sur cette chaussée. Ce qui s’est passé ensuite ne m’a jamais traversé l’esprit. Ce n’est que quelques heures plus tard que j’ai fait le lien avec ce qui s’est produit. Car, le chauffeur de la Clio (le kamikaze) avait largement l’espace pour dépasser le bus. Il avait même tout l’espace qu’il lui fallait», relate-il, vêtements déchirés, visage taché de sang, sa jambe et sa main gauches enveloppées de pansements. Son collègue Sofiane, 29 ans, qui était à l’intérieur du bus explosé, un miraculé, nous déclare: «Honnêtement je ne me souviens pas de ce qui s’est passé. Je n’ai pas beaucoup de choses à vous dire. J’étais assis dans les premiers sièges. J’étais près du chauffeur du bus. La seule chose qui me reste dans l’esprit est que j’ai été éjecté à une dizaine de mètres. Par la suite, je n’ai rien vu, jusqu’ au moment où je me suis retrouvé à l’hôpital.» A l’hôpital, les citoyens s’interrogent sur les conséquences du second attentat. Saïd A. 54 ans, retraité militaire, habitant la Cité château d’eau, à quelques mètres du secteur militaire, relate le moment des deux explosions: «J’étais allongé dans mon lit, quand la première bombe a explosé. Je me suis levé et à travers la fenêtre de ma maison, j’aperçus de la fumée qui montait de l’autre côté de la ville ainsi que des nuages de poussière. 4 minutes à peine, je fus repoussé par la puissance de la seconde explosion qui s’est produite à quelques mètres de chez moi. Je me suis retrouvé, soudainement, allongé par terre sous des morceaux de vitres qui ont volé en éclats. Moi et ma femme fûmes conduits à l’hôpital». A Bouira, la scène est horrible. C’est un décor apocalyptique. La population a exhumé les mauvais souvenirs vécus durant les jours noirs du terrorisme aveugle.
De notre envoyé spécial Tahar FATTANI
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