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Juste après l’aurore...
21 Août 2008 - Page : 2 Lu 643 fois
«Nous en avons marre de mourir, nous voulons vivre», s’écrie un sexagénaire.
Le choc et la panique se lisaient sur tous les visages. Tout le monde est pris par une profonde peur. Deux attentats kamikazes viennent secouer hier, à la première heure de la matinée, la paisible ville de Bouira. Le premier a pris pour cible un minibus d’une société étrangère, SNC-Lavalin et le deuxième perpétré deux minutes plus tard, de l’autre côté de la ville, contre le Secteur militaire. C’est la première fois depuis le début du terrorisme, qu’un attentat de cette taille survient en plein centre-ville de Bouira. Vers 7h45 minutes, précisément 1 heure et 35 minutes après l’attentat kamikaze, nous nous sommes rendus sur les lieux, près de l’hôtel Sofy, où a eu lieu la première explosion qui a secoué, vers les coups de 6h10 du matin, toute la ville de Bouira, et qui a coûté la vie à 11 civils faisant, par ailleurs, une quarantaine de blessés, travaillant, en majorité, comme topographes pour la société canadienne, SNC-Lavalin. «Je pensais à un tremblement de terre, mais quand je suis sorti, je me suis rendu compte du carnage qui vient d’arriver», déclare un citoyen qui habite le quartier, proche de l’hôtel Sofy. A notre arrivée autour du lieu de l’attentat, un périmètre de sécurité avait été établi dès les premiers moments qui ont suivi l’attaque, pour permettre aux éléments de la police scientifique de faire leur travail. Aussi, la scène que nous avons vue donne le goût de l’amertume. L’odeur de la mort est partout. Le minibus qui transportait les travailleurs, et sur lequel a foncé le kamikaze, a été réduit en un amas de ferraille. Près du lieu de l’attentat, dans les locaux situés au-dessous de l’hôtel, les rideaux ont été soufflés sous l’effet de l’explosion. Les traces de sang et les lambeaux de chair humaine sont partout. «C’est horrible. Commettre des actes pareils, cela n’a rien humain», dit une personne que nous avons rencontrée sur les lieux. «C’est horrible, assassiner des civils innocents et dire que c’est au nom de l’Islam, personne ne pourra y croire.Le neveu de Liamine Zeroual succombe à ses blessures
L’un des cinq blessés de l’attentat des Issers, évacués hier vers l’hôpital de Tizi Ouzou, a succombé à ses blessures mardi en début de soirée. La victime, un jeune homme âgé de 21 ans, natif de Batna, n’est autre que le neveu de l’ex-président de la République, Liamine Zeroual. |
Ce sont des sanguinaires ces gens-là», a-t-il ajouté. Le traumatisme semble s’emparer de la foule qui est venue voir ce qu’avait fait l’attentat. «Nous en avons marre de mourir, nous voulons vivre», s’écrie un sexagénaire. «Ce sont nos enfants qui meurent, hier, ils étaient des dizaines à perdre la vie, et aujourd’hui aussi ça continue? Cessez de semer la mort», poursuit ce vieux. Au niveau de l’hôpital Mohamed-Boudiaf, le personnel médical a été mobilisé. Médecins et infirmiers sont là pour prendre en charge les blessés. En outre, les éléments du Croissant-Rouge algérien, eux aussi, étaient au rendez-vous. Au service pédiatrie, sont admis les rescapés de l’attentat qui a ciblé le minibus, et les quelques personnes habitant près du Secteur militaire, au quartier «Haï El Qods». «Je ne sais pas comment c’est arrivé, j’ai pris place à coté du chauffeur, et quand le bus s’est mis à rouler, en une fraction de seconde, je n’ai vu que du feu», raconte Mahdi, de Chlef, qui travaille comme soudeur dans la société SNC-Lavalin. Un autre témoin, près de lui, un jeune résidant le quartier «Haï El Qods», ne fait pas partie des travailleurs, mais habite à quelques mètres du Secteur militaire. «La première explosion m’a réveillé, je suis sorti directement voir ce qui se passe et soudain, une autre et puissante déflagration a eu lieu juste à coté», dit ce jeune. Les blessés se comptent par dizaines. Des femmes, des enfants. Ces derniers habitent près du secteur militaire. Le souffle de l’explosion a touché plusieurs maisons sur un rayon de plus de 100 m. La Chambre de l’agriculture qui se trouve à une dizaine de mètres du lieu de l’explosion, a subi de gros dégâts. Désemparé, les yeux pleins de larmes, un homme âgé d’une soixantaine d’années, a perdu dans cet attentat son fils qui travaille chez les Canadiens de SNC-Lavalin à Djebahia. Il s’en prend à tous, ne sachant quoi dire, il était désemparé. Les collègues des travailleurs, morts et blessés, ont quitté le chantier dès que la nouvelle s’est répandue. «L’un des travailleurs décédés m’a appelé de son portable car j’ai pris du retard. Quand je l’ai rappelé quelques secondes plus tard, l’appel ne passait pas», déclare un travailleur de la même entreprise qui est venu à l’hôpital s’enquérir de l’état de ses amis blessés. «On avait l’habitude de prendre le même minibus, cette fois-ci notre heure n’a pas encore sonné», enchaîne son collègue, surpris d’être parmi les vivants, mais avec le coeur serré d’avoir perdu autant d’amis de travail. Moins de vingt-quatre heures seulement après l’attentat kamikaze qui a fait 43 morts aux Issers, encore des morts innocents à déplorer.
Ali CHERARAK
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