SALIM BACHI, ÉCRIVAIN
«Mon prochain roman parle du Prophète Mohammed»
Je me suis, bien entendu, basé sur la Sîra et sur les nombreux travaux qui ont été consacrés à ce grand homme et à cette période unique de l’histoire musulmane.
Salim Bachi est né en 1971 à Annaba. En 2001, il publie son premier roman: Le chien d´Ulysse chez la très prestigieuse maison d´édition parisienne Gallimard. Un roman qui obtient, dès sa sortie, plusieurs prix littéraires. Le livre est salué à l´unanimité par la critique. A trente ans, Salim Bachi est un écrivain consacré. Deux ans plus tard, il publie chez le même éditeur, son deuxième roman La Kahena, puis un récit Autoportrait de Grenade et enfin Tuez-les tous. Il vient de finir un roman qui paraîtra en septembre. Un livre qui ne passera sans doute pas inaperçu. Car, en plus du talent de cet auteur, le roman parle du Prophète Mohammed. Aux lecteurs de L´Expression, il parle pour la première fois de ce livre.
Salim Bachi: Il s´agit bien d´un roman sur le Prophète, mais fortement documenté. C´est un roman vrai sur la vie de Mohammad et plus encore sur son entourage proche, ses femmes, Khadija et Aïcha, son ami et premier calife, Abou Bakr, et son général, Khaled ibn al-Walid, qui conquit l´Iraq. Je me suis, bien entendu, basé sur la Sîra et sur les nombreux travaux qui ont été consacrés à ce grand homme et à cette période unique de l´histoire musulmane. Mais je tiens à ajouter qu´il s´agit bien d´un roman, aussi étrange et paradoxal que cela puisse paraître.
Oui, vous avez raison: écrire sur le Prophète c´est, bien entendu, parler de son temps et de l´Islam actuel. J´ai tenté aussi de partir à la recherche de l´homme de son temps, aux alentours des VIe et VIIe siècles après J.C., de comprendre son époque et son action d´alors, pour saisir l´image que nous nous en faisons aujourd´hui.
C´est un double défi que de vouloir dire le passé et expliquer le présent dans un seul roman. Comme nous le savons tous, Mohammed est lié à la fois au passé et au présent de notre monde. Sa figure déterminera probablement l´avenir de toute la sphère musulmane.
J´ai du mal à parler de moi. Et je ne suis pas bon juge concernant mon talent. Disons que j´essaye d´écrire des livres avec la plus grande sincérité et de la meilleure manière qui soit. Est-ce que je le fais mieux ou moins bien que d´autres, et pourquoi? Je ne saurais vous répondre.
Ulysse m´a montré que l´on pouvait parler de soi et du monde. Que l´on pouvait partir de son petit lopin de terre et s´adresser à tous, enfin à tous ceux qui veulent bien vous lire, bien entendu. J´ai appris à travers ce roman immense, dont la force est incomparable, et que mes livres sont bien loin d´égaler, que chaque homme portait en lui l´histoire de l´humanité.
Que chaque homme était à la fois lui-même, singulier, et tous les hommes qui l´avaient précédé dans la marche des siècles. Un homme qui parcourt Dublin en 1904, c´est un homme dans Alger ou Annaba en 2008. La forme d´une ville change plus vite que le coeur d´un homme!
Il y a une logique à cela. Ce ne sont pas les événements en tant que tels qui m´intéressent, ni le temps dans lequel ils se produisent.
Ce qui m´importe, c´est l´effet qu´ils ont sur les hommes. Au début, dans Le chien d´Ulysse et La Kahéna, j´ai évoqué l´Algérie présente et aussi l´Algérie passée, mais j´ai surtout retracé les destins d´hommes et de femmes en prise avec la guerre, le colonialisme, l´histoire réelle ou mythique, ou encore le terrorisme pour Tuez-les tous, et maintenant le fait religieux pour Le silence de Mahomet. Que fait un homme face à une violence insoutenable? Comment survit-il? Comment meurt-il? Comment analyse-t-il ce qui lui arrive? Et qui plus est, s´il en est, l´agent principal comme dans Tuez-les tous? Peut-on être à la fois victime et bourreau comme le personnage de Seyf el Islam dans Tuez-les tous? Peut-on être un colonialiste comme Bergagna dans La Kahéna et se sentir profondément algérien et en plus, avoir mauvaise conscience?
Ou être comme Hocine pendant la guerre, au début des années 90, dans Le chien d´Ulysse, qui n´aspire qu´à vivre sa vie de jeune homme alors que tout concourt à lui nuire? Comment être prophète en son pays, comme Mohammed face aux Qourachites, dans Le silence de Mahomet?
Je connaissais Sofiane Hadjadj depuis la parution du Chien d´Ulysse. Nous avions sympathisé et je dirais que par la suite, les choses se sont faites simplement.
Une relation d´auteur à éditeur est avant tout une question de confiance. Sofiane et Selma Hadjadj désiraient que mes livres soient disponibles en Algérie, je le désirais aussi, je leur faisais confiance, voilà. J´ai demandé à mon éditeur de céder les droits à Barzakh, il l´a fait sans aucun problème. J´espère que l´aventure continuera.
Je l´ai déjà dit et je le redis ici, sans Yasmina Khadra, je n´aurais pas été invité au Centre culturel algérien de Paris avant longtemps. Je l´en remercie donc. Yasmina Khadra est un homme généreux et ouvert qui fera tout ce qu´il peut pour la culture algérienne. Je suis heureux qu´un écrivain, un artiste, soit à la tête d´une institution aussi prestigieuse. Il était temps que l´Algérie honore ses écrivains qui, depuis Kateb Yacine, Mohammed Dib et Assia Djebar, ont fait sa renommée dans le monde.
Vous savez, ce n´est sûrement pas le succès qui étouffe un écrivain ou un artiste véritable. Ce sont le mépris et l´anonymat. Et la bêtise! Je me suis toujours senti poussé par la reconnaissance critique qui a accueilli mes premiers romans en France. Sans cette impulsion, j´aurais probablement abandonné, faute de moyens et de désir. C´est pourquoi, quitte à me répéter, l´Algérie a tout à gagner à aider ses artistes et à les mettre en valeur. Ainsi, par un juste et naturel retour des choses, c´est elle-même qu´elle met en lumière.
Oui, je le ferai sans doute un jour. Mais je sais que beaucoup de jeunes auteurs algériens parlent de l´Algérie et la racontent, ou brûlent de le faire. Il suffit juste de les lire et de les aider à continuer.
Vous savez, un écrivain c´est quelqu´un qui, chaque matin se met à son bureau et tente de donner vie à sa feuille de papier. C´est à peu près mon quotidien depuis dix ans.
Je ne vis pas dans le luxe, loin de là. Mais je ne me plains pas trop non plus parce que je fais ce que j´aime le plus au monde: écrire. Alors en France ou ailleurs, que m´importe! Mais je vous avouerais que j´ai essayé de le faire en Italie, par exemple, et je n´ai pas pu.
Je crève de nostalgie comme Ulysse sur son rocher. C´est la vie, non?
Il n´y a pas de gloire qui tienne. Tout passe.
- L'EUROPE DE L'EST TERRASSÉE PAR LA NEIGE
Plus de 220 personnes tuées par le froid - FRONTIÈRES ORIENTALES DE L'ALGÉRIE
La Tunisie et la Libye tirent la sonnette d'alarme - LA NEIGE COUVRE TOUT LE NORD DU PAYS
L'Algérie grelotte - UN MATCH DE FOOTBALL TOURNE AU DRAME
égypte: Le chaos organisé? - QUARTS DE FINALE DE LA CAN-2012
Un explosif Ghana-Tunisie







Réagir à cet article