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L’ÉMIR IMAGINAIRE
04 Juin 2009 - Page : 2 Lu 1121 fois
«Nous nous réjouissons...,de t’annoncer, cher peuple, la bonne nouvelle de la découverte de pétrole et de gaz, de bonne qualité et en quantités abondantes, dans la région de Talsint dans les provinces de l’Oriental qui nous sont si chères.» 20 août 2000, Mohammed VI vient à peine de boucler sa première année de règne. L’annonce faite dans son discours marquant l’anniversaire de la «révolution du roi et du peuple» a l’effet d’une bombe. Pour le peuple médusé devant son petit écran, c’en est bien fini de la misère qui l’accable: le jeune roi a la «baraka» des émirs du Golfe, et le Royaume s’apprête à se muer en pétromonarchie (...) Talsint. Le nom hier inconnu de cette petite bourgade aux confins de la frontière avec l’Algérie s’étale à la une de la presse. Dans la rue, sur les terrasses des cafés, à l’usine, dans les administrations, dans les salons des maisons bourgeoises comme dans les taudis, on ne parlera que de la «bonne nouvelle» pendant des mois. Le 23 août, le roi, flanqué de ses frères et soeurs et suivi d’un aréopage d’officiels, se déplace en grande pompe à Talsint pour inaugurer officiellement le premier forage. (...) C’est l’euphorie, le délire. Les médias rivaliseront de superlatifs pour décrire ce que sera Casablanca, la capitale économique du pays, dans quelques années: la Dubaï du Maghreb. Devant une forêt de micros, Youssef Tahiri, le ministre de l’Énergie, annonce des chiffres à donner le tournis aux plus sceptiques: pour ce seul gisement, les réserves d’hydrocarbures sont estimées à 100 millions de barils, et plus d’une quinzaine de puits sont envisagés, portant l’estimation à 2 milliards de barils, de quoi offrir trente ans d’autosuffisance énergétique au Maroc. (...) Mais le rêve de voir le Royaume se transformer en monarchie pétrolière va pourtant tourner court. Que s’est-il réellement passé? A-t-on touché une nappe de pétrole inexploitable pour des raisons aussi obscures qu’improbables? Était-ce tout simplement un coup de bluff de quelques aventuriers texans qui ont berné une poignée d’apprentis businessmen gravitant autour du pouvoir? L’histoire pathétique du pétrole de Talsint ressemble en réalité à un mauvais polar politico-financier aux héros interlopes, une histoire qui n’a pu se nouer que dans le contexte particulier de l’accession au trône alaouite d’un jeune monarque porteur de tous les espoirs d’un peuple après près de quarante ans de règne absolu de Hassan II. Mais aussi d’un jeune roi inexpérimenté, entouré d’une nouvelle cour vorace qui a trop vite cru en sa bonne étoile, et surtout très mal conseillé, au point d’annoncer lui-même à la télévision ce qui se révélera le plus gros canular que le Maroc ait connu (...)
R.N

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