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UNE FEMME SANS TRAITS DE KAMEL BERKAN
Un récit de l’errance
29 Août 2001 Lu 117 fois
Une belle histoire que celle de Kamel Berkani. Diplômé en sciences agronomiques, converti à l’enseignement, ce Skikdi envoie, un jour, un manuscrit aux éditions El Ikhtilaf. Assia et Bachir Mefti nous diront qu’ils ont tout de suite été séduits par l’histoire. Et le voilà qui se fait éditer. Une femme sans traits est le titre de son roman en arabe, le premier.
Le personnage, sans nom, est sur son lit de mort. De sa mémoire jaillit une histoire, celle d’un jeune homme qui ouvre les yeux, au sortir de l’adolescence, sur un monde en mutation. Un monde auquel rien ne le prédisposait. C’était l’Algérie d’Octobre 88, déchirée, méconnaissable, indéfinissable. De son enfance dans un petit village perdu au milieu des montagnes, le souvenir d’une femme, sa grand-mère Fetoum, une créature inquiétante qu’il aimait par-dessus tout, l’aidera à ne pas se perdre. Sur les bancs de l’université, il fait la connaissance de Samir et Mourad. Deux jeunes gens pleins de vie et d’intelligence, mais qui se prennent dans l’enthousiasme d’une démocratie bâclée. Tous deux sont impliqués dans le tumulte d’idées nouvelles qui ont surgi après l’explosion, mais chacun ses convictions et elles sont aux antipodes l’une de l’autre. Samir est emporté par l’idéal islamique qui se dessinait avec force. Mourad, quant à lui, est un bohémien de caractère. Les trois cohabitent. Les discussions de Mourad et Salim, bien que riches, ne mènent qu’à un cul-de-sac. En ces temps-là, Annaba baignait, comme beaucoup d’autres villes, dans l’angoisse. Partout, sur les trottoirs, au marché, dans les cafés et jusque dans les toilettes, des regards anonymes épient. La cité est encerclée. Des balles fusent, des corps tombent et les mots patientent bêtement comme des sardines en boîte. Le narrateur ne fait qu’observer. Son esprit ne prend partie pour rien ni personne, vogue à sa guise entre la mémoire de sa grand-mère, les regards de Haïfa et une Algérie qui ne s’en sortira pas. Haïfa, une femme, une autre, vient s’ajouter au tableau. Dans ses yeux, il voit l’image d’une mère qu’il n’a jamais connue. Sur elle, il bâtira ses espoirs et ses rêves. Peu à peu, le roman s’assombrit. Nous devinons la fin : la vénérable Fetoum meurt, Samir fuit la ville pour la montagne, le djbel; Mourad troque ses jeans contre un treillis, un costume qu’il détestait tant. Même Haïfa le quitte. Il est désormais seul et il n’arrive toujours pas à voir clair. Le roman s’achève sur une note d’inachevé. Plus qu’un roman, ce livre est un recueil de poésie. Kamel Berkani ne cesse tout le long de son livre de faire des va-et-vient entre une réalité historique, celle d’Octobre 88, et un vécu anachronique. Les transitions entre ces deux vies sont savamment menées. Kamel Berkani est une heureuse découverte dans le monde littéraire algérien. Espérons qu’il ne s’arrêtera pas là.
Aziz YEMLOUL

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