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LECTURES POUR LES PALESTINIENS
Un enfant tué...à Gaza
12 Mars 2008 - Page : 21 Lu 506 fois
C’est la guerre disent les uns, c’est à cause de la guerre disent les autres...
Térence, l’immense comique latin, Térence, l’«Afer», le Berbère, né à Carthage vers -190, réduit en esclavage alors qu’il était enfant, a pu écrire à l’âge adulte: «Je suis homme et rien de ce qui touche à l’humanité ne m’est étranger.» Comment expliquer «Un enfant tué à Gaza», ce malheur qui déshonore le genre humain et rend heureux et fiers les bourreaux? L’enfant palestinien de la guerre a pour tout langage un cri: «Aller en guerre pour ne pas être tué!» Et le bébé, du fond de son berceau dans le ghetto de Gaza, que dit-il? - Ma vie est toute tracée vers la mort...Nous avons entendu ce que nous avons entendu, ces derniers jours, plus que dans le passé; nous avons vu ce que nous avons vu, encore hier et aujourd’hui, que les Nations unies n’ont aucun pouvoir contre les nantis armés qui ne cessent de démunir ceux qui n’ont rien, sauf l’ordinaire de la mort. Maintenant, il ne suffit plus de lancer des pierres contre les canons de la spoliation et de l’injustice, - ne faudrait-il pas plutôt n’avoir jamais existé pour ne pas avoir à mourir?...En Palestine, face à la monstruosité armée d’Israël, l’enfant palestinien, comme l’enfant grec de Victor Hugo, dit à l’Ami juste d’Orient et d’Occident «Je veux de la poudre et des balles», sinon laisse-moi dignement m’offrir en holocauste à ma Patrie. Voici ce que rapporte, entre autres grands correspondants de presse, le correspondant de l’AFP, pour éclairer le public sur les horreurs de cette guerre aux enfants palestiniens: «Un bébé a été tué mardi soir lors d’une incursion israélienne dans la bande de Gaza [AFP, 04.03.08].» S’il est bien vrai que le monde, épris de justice et de paix, oeuvre pour que le premier des droits de l’homme soit, sans exclusive, «l’égalité de la valeur des vies», on doit, de toute urgence, s’obliger à répondre à une question depuis longtemps posée et que posent aussi franchement des écrivains israéliens, hommes de paix, - qui n’en peuvent mais - au sujet d’Israël: «Est-ce pour fêter dignement les 60 ans de cet État voyou?» Ajoutons: est-ce pour détruire toute possibilité de relève du peuple palestinien? L’histoire n’oublie pas «la terre brûlée» au temps des conquêtes coloniales ni l’horreur tragique de la Shoah; nul doute que, dans les consciences humaines, elle inscrira avec le sang des martyrs, de tous les martyrs, la folle et incessante entreprise de la colonisation israélienne en terre sainte de Palestine... Voici, sans qu’il s’agisse d’une «anthologie», quelques extraits d’écrits, anciens ou récents, d’auteurs algériens et palestiniens, présentés en échos d’urgence comme le refus spontané de l’ignominieuse brutalité commise par «l’une des meilleures armées du monde dotée de l’arme nucléaire» sur des enfants, «ces petites choses innocentes» sur lesquelles «on tire pour rien». O que le Macbeth de W.Shakespeare n’est-il vivant pour s’écrier encore: «Ô Horror! horror! horror!»
Mémoire d’enfant palestinien (Traduit de l’arabe) Ma plume, écris sur la conspiration du vingtième siècle! Écris avec l’encre de mon coeur: Ô enfant de Palestine, en quelque lieu que tu te trouves, tu es la victime dans tous nos camps de réfugiés connus ou occultés! Écris quel péché ont-ils commis les enfants en bas âge pour que leurs yeux versent des larmes de trop d’infamie? Malheureux enfant toi qui es dans ma situation et que ses pas l’ont conduit à connaître des millions d’endroits: Un peuple, deux, trois, quatre,...onze, douze, vingt! Mille, deux mille, trois mille, un million,...des dizaines de millions! Des centaines de millions, et plus encore!... -Est-il vrai, ô mon père, que ce monde qui est mien, est ainsi nombreux que je sois hébergé dans les riches hôtels de pays qui jamais ne me donneront le sourire de la Douce Mère? Et voilà que je vis constamment pourchassé par la police, où que je sois! (Mohammed Lakhdar Abdelkader Essaihi, Du plus profond de la blessure, Ô Palestine!, 1983)
Personne! (Traduit de l’arabe) Nous dansons autour de la dépouille mortelle Puis nous tombons dans un sommeil profond, et nous rêvons. -Nous aimons notre Patrie...Est-il quelqu’un qui aime la Patrie? -Personne!...Et Fayrouz donc? - Ô mon peuple! quand elle chante la Patrie, les maux cessent et tombent tous les empêchements: Le Liban chante en nous, et c’est Amour et Extase. -Où est celui qui aime la Patrie? -Personne! (El Ouazina Bekhouche, Mon rêve ne supporte pas l’ajournement, 2007)
La consigne (Traduit de l’arabe) Autour d’une chimère, les loups se sont rassemblés Dans la forêt, persuadés que ses habitants l’ont quittée ... Ils ont conspiré contre nous: l’un est charlatan, l’autre fricoteur, L’autre vantard a convié son oncle et ses beaux-parents ... Tel porte un hachoir, tel autre une hache, des bûcherons Creusent des foyers fumant sous terre ... Édicter une consigne est notre bon droit, la parole étant juste. De la vraie justice, jamais ne s’écartent ses partisans: Jérusalem est notre héritage, nous en sommes les dépositaires, Le Lieu saint et la Qibla sont notre Premier Mihrâb. (Omar Boudjarda, poésie populaire, 24 octobre 2007)
El Quods, Ya Falestine! La tête tournée vers le soleil Je rêvais de naissances et de raisons Mais, la mitraille sioniste M’éclabousse d’un sang innocent Voici qu’errent en plaies béantes Les cendres encore fumantes Mes maîtresses désespérées Enchaînées aux murs, aux fers Aux portes d’Elquods, ma souffrance J’ai osé chanter ses notes incendiaires El Quods, Ya Falestine! (Nassira Belloula, mars 2008)
Un enfant de mon peuple Défiant l’obscurité, à la recherche d’un prisonnier, Derrière les barreaux des yeux rayonnent, Des yeux d’enfant n’ayant pas encore dix ans. Il grimpe à la fenêtre de la prison Et se penche à ma recherche. À mon calme horizon se répandent alors espoir et tendresse. ... Un enfant? Plutôt la génération de l’aube, Les promesses de la liberté Un printemps qui sent les fleurs Défie les plantes du mal. (Hanna Abou Hanna, palestinienne, Un enfant de mon peuple)
Pour une Palestine viable Ah! Soldats d’Israël qu’il fait nuit dans votre âme Ainsi que sur votre front où s’inscrit un drame Vous tenez de l’Enfer un horrible pouvoir A détruire un peuple que vous ne daignez voir Vos généraux noircis par d’horribles haleines Paradent dans leur boucherie, ivres de haine Chacun de leurs gestes aura un tribunal Comme Joad, ils répondront tous de leur mal Vous qui parlez de paix avec un faible bien Vous brisez les promesses, vous rompez les liens Gardez-vous d’ignorer les plaies palestiniennes Le sang phénicien coule encore dans leurs veines ... Dans la ville sacrée où s’aiment les semblables Cessez le feu pour une Palestine viable! (Abderrahmane Zakad, 5 mars 2008)
Martyr de la chanson Pour avoir à dire: Pleure! Ma croix est peut-être une monture Les épines sur mon front sculpté de sang et de rosée Une couronne de lauriers Je suis peut-être le dernier à dire: Moi, j’ai souhaité mourir. (Mahmoud Darwiche, palestinien, Feuilles d’Oliviers, 1964)
Toi, l’enfant palestinien Toi l’abandonné de tous Toi qui as pour seul compagnon l’exil Toi l’apatride à qui on a volé la patrie pour la changer en camp de l’humilié Toi qui supportes tout seul «la Croix» Toi le supplicié qu’on refuse de voir Toi Abel des temps actuels et que tous les Caïn du monde assassinent tous les jours Toi qui occupes le temps qui passe et celui à venir Tu seras la nouvelle conscience de tous ceux qui te laissent mourir Toi l’enfant Palestinien. (Amar Belkhodja, 8 mars 2008)
Parole au sujet de l’agression Qu’avez-vous gardé pour demain? Vous qui avez fait couler mon sang Puis la lumière de mes yeux Brisé ma plume Spolié les droits d’un peuple paisible Qui n’a pas commis de crime... Qu’avez-vous gardé pour demain Vous qui avez humilié mon drapeau Avez fait dans ma blessure d’autres blessures Avez tué mon rêve Qu’avez-vous gardé pour demain Demain n’est pas vaincu! ... Enterrez vos morts et dressez-vous Car eût-il des ailes Demain ne saurait nous échapper. (Tawfiq Ziad, palestinien)
Les coursiers Ah! si les miens mettaient au monde un véritable enfant Dont ils n’aveuglent pas les yeux de boue Il se pourrait qu’alors fleurisse sur la terre de mon pays Une nouvelle génération de cavaliers Qui mette au monde des petits enfants Lesquels deviendront grands...et rempliront la nuit de feu Il se pourrait que je voie alors autour de moi des aigles Et non des oiseaux imitant des aigles! (Rachid Housseyne, palestinien)
Palestine exilée (Semaine de solidarité avec la Palestine, Alger, 17 février 1964) J’entends toujours un cri de tourmente Quand le soleil secoue sa lumière sur la Terre Une voix lointaine et fière J’écoute toujours un bruit de chaînes Quand la nuit engendre des terreurs Un mouvement épuisé et volontaire Je vois toujours un visage trempé de larmes Quand ma mémoire éprouvée fait encore un effort suprême Un enfant une veuve aux portes de l’exil Et j’entends toujours la voix d’un peuple Que notre peuple reprend Palestine Palestine Profanée ... Palestine Palestine Frappée d’un exil conspiré L’Algérie embrasse tes exigences!
(Kaddour M’Hamsadji, Oui, Algérie, 1965)
Kaddour M´HAMSADJI

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