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LES MANDATS D’ARRÊT CONTRE LES RESPONSABLES MAROCAINS SUSPENDUS

«Que cache un tel revirement?»

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Le parquet de Paris a demandé la suspension de la diffusion des quatre mandats d’arrêt lancés contre de hauts militaires marocains.

Un intrigant revirement dans l´affaire Ben Barka. Après les quatre mandats d´arrêt lancés par Interpol contre les généraux marocains, le parquet de Paris a demandé hier l´annulation de cette procédure, et ce, même si le ministère français de la Justice a donné son feu vert à Interpol pour les diffuser. Interpol avait émis le mois dernier, quatre mandats d´arrêt contre de hauts militaires marocains, notifiés, nouveau soubresaut dans l´enquête sur la disparition de l´opposant au régime marocain, à l´époque du roi Hassan II, Mehdi Ben Barka enlevé en 1965 à Paris. Selon l´AFP, cette annulation intervient après que Interpol ait demandé au parquet des compléments de renseignements sur le sujet en question. «Le parquet de Paris demande la suspension de la diffusion de ces mandats, dans l´attente des précisions demandées au juge d´instruction», a rapporté l´agence française. Se référant à des sources citées par la même source, Interpol a jugé que ces mandats d´arrêt sont inexécutables, sans avoir d´autres «précisions». «Interpol a demandé des précisions afin de les rendre exécutables. Sans ces précisions, ces mandats sont inexécutables», a-t-elle précisé. Cette information a été confirmée par Guillaume Didier, porte-parole du ministère français de la Justice. Ce dernier affirme que des insuffisances ont été constatées dans les mandats d´arrêt et c´est ce qui a poussé le parquet à demander leur suspension. «Interpol pointe des insuffisances dans ces mandats d´arrêt et demande que ces insuffisances soient complétées», a-t-il déclaré. Et d´ajouter: «Dans l´attente, le parquet demande la suspension de leur diffusion», a-t-il ajouté.
Contrairement au Royaume alaouite qui serait soulagé d´un tel revirement, la famille de la victime n´a pas caché sa colère contre une telle décision. Bechir Ben Barka, fils de l´ancien opposant, a qualifié ce bouleversement de mascarade. «C´est une mascarade. Un même ministère qui se déjuge en 24 heures, c´est une manifestation flagrante et cynique de la raison d´Etat», a déclaré Bechir à la même agence. Ne s´arrêtant pas là, le même interlocuteur s´est interrogé sur les véritables raisons qui ont poussé la justice française à se déjuger en 24 heures. Allant plus loin, ce dernier a laissé entendre que la ministre de la Justice a été «déjugée» par la présidence française de la République.
Pour lui, il s´agit d´une façon de ne pas dire la vérité. «On ne sait pas ce que cache ce revirement. La ministre de la Justice a-t-elle été déjugée par l´Elysée (la présidence de la République, Ndlr)? Y a-t-il une volonté de ne pas chercher la vérité? Si c´est le cas, cela doit être dit», a ajouté le fils de Ben Barka. Avant-hier, la famille de la victime a salué la diffusion par Interpol de mandats d´arrêt internationaux visant quatre Marocains tout en soulignant la nécessité d´une «volonté politique» pour faire la lumière dans cette affaire. «Enfin! Ces mandats d´arrêt avaient été lancés il y a deux ans. Ce sont deux années perdues, 44 ans après la disparition de mon père», a dit Bechir Ben Barka à l´AFP. Et d´ajouter: «Or, chaque année compte, car les témoins vieillissent et nous n´aimerions pas que la vérité parte au fond d´une tombe. Tout laisse à penser que mon père a été assassiné mais ce qui nous intéresse, c´est de connaître la vérité», a-t-il ajouté. Patrick Ramaël, juge français chargé du dossier, a cité, dans son rapport, les noms de grosses têtes. Le puissant chef de la Gendarmerie royale marocaine, Abdelkader Kadiri, ancien patron de la Direction générale des études et de la documentation (Dged, renseignements militaires), est cité en vedette, aux côtés du général Hosni Benslimane, chef de la Gendarmerie royale marocaine. Les deux autres «wanted» par Interpol sont Miloud Tounsi, alias Larbi Chtouki, un membre présumé du commando marocain auteur de l´enlèvement, et Abdelhak Achaachi, agent du Cab 1, une unité secrète des services marocains.
La disparition du chef de file de l´opposition marocaine n´a jamais été totalement élucidée malgré deux instructions judiciaires: le corps de Ben Barka n´a toujours pas été retrouvé et les conditions de sa disparition n´ont pas été établies.

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