LE PÉTROLE À PLUS DE 100 DOLLARS
Le temps des vaches grasses
Cette hausse est accompagnée d’une dévaluation importante du dollar, monnaie d’échange pour les ventes de pétrole.
Le monde de l´économie en général, et celui de l´énergie et du pétrole en particulier, vit ces jours-ci un événement majeur. Ce qui était pendant longtemps une lointaine vue de l´esprit, très crainte par les consommateurs et désirée par les producteurs, est désormais une chose atteinte sans grand tapage.
Le prix du baril de pétrole a passé pour la première fois dans l´histoire de l´or noir, la barre fatidique des 100 dollars dans différentes places pétrolières internationales. Autrefois, des sauts pareils à la hausse ou à la baisse secouaient le monde, en entraînant des conséquences dramatiques pour les noyaux faibles.
Le pétrole brut étant à la fois une roche et une matière précieuse très demandée qui constitue la pierre angulaire sur laquelle repose l´économie mondiale. Les prix obéissent aux règles des grands cycles de rareté et d´abondance, réelles ou fabriquées. A la chute libre, entraînant une dilapidation sans nom de cette matière première non renouvelable sur une longue période, doit se substituer nécessairement une hausse pareille en cas de début de pénurie et de rareté. Ce qui était prévisible et qui devait arriver un jour, arriva.
Si pour les profanes, ce nouveau seuil peut choquer ou surprendre, pour les spécialistes, il s´agit d´un retour de manivelle, vingt-trois années après la chute drastique des prix de 1986. A cette époque, et suite aux pressions des spéculateurs et à un désaccord entre les pays de l´Opep, les prix avaient chuté brutalement de 28 dollars le baril à moins de 7 dollars. Les prix furent difficilement stabilisés aux environs de 18 dollars le baril et stagnèrent ensuite dans la fourchette des 20-30 dollars sur plus d´une dizaine d´années.
Les pertes pour les pays producteurs sont énormes. Nombre d´entre eux ont connu des fractures sociales pénibles. On avait attribué ces failles à la myopie politique, aux mauvaises prévisions à moyen et long termes de l´évolution du marché énergétique et à la faiblesse de nos analyses stratégiques. Malgré tout, il fallait rendre hommage à nos hommes chargés de la gestion du pétrole pour les efforts insoutenables faits, soit pour contenir la chute, soit pour sortir de la crise. Réellement, l´enjeu était ailleurs et les marges de manoeuvre étaient limitées. Toutefois, il fallait se repositionner dans l´espoir de se maintenir d´abord, et de mieux se placer ensuite.
L´Algérie, hier décriée et presque désertée, du fait de cette longue crise, est redevenue aujourd´hui, ce qu´elle devait toujours être: un pays pétrolier par excellence. Elle est dans une position confortable très enviée, pour peu qu´elle arrive à mettre à profit cette embellie pour rattraper le long retard.
D´abord, il faut relativiser: la hausse à 100 dollars le baril est accompagnée d´une dévaluation importante du dollar, monnaie d´échange pour les ventes de pétrole. De plus, les prix de nos achats n´ont pas attendu pour grimper en flèche. Ce qui est obtenu d´une main, est perdu de l´autre. N´empêche qu´il nous faudra saisir cette chance d´embellie financière pour relancer l´économie, assurer une meilleure répartition de la rente pétrolière au bénéfice des couches sociales et des régions.
Il nous faudra plus de stimulants à l´investissement, moins de pressions fiscales et douanières et moins de bureaucratie administrative et autres. Plusieurs raisons ont poussé à la hausse les prix du brut: on cite, notamment les troubles au Nigeria qui ont insufflé l´impulsion nécessaire au baril. Mardi dernier, des hommes armés ont envahi Port Harcourt, centre névralgique de l´industrie pétrolière du pays.
Cette fébrilité des prix a été aussi nourrie par des rumeurs faisant état de plusieurs terminaux d´exportation mexicains fermés en raison du mauvais temps. De surcroît, l´Opep, qui assure 40% de l´offre mondiale de pétrole, a annoncé qu´elle ne pourrait pas faire face à la demande d´ici à 2024.
Par ailleurs, des inquiétudes sur l´approvisionnement ont pour origine les attaques turques contre des combattants kurdes, au nord de l´Irak. Autre source de souci: les investisseurs ont estimé que les inventaires de brut ont décliné de 1,7 million de barils la semaine dernière, ce qui constituerait une septième semaine de baisse consécutive et inquiétante.
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