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INTERNATIONALE

L’OPPOSITION GAGNE LES LEGISLATIVES AU PAKISTAN
Que va faire le président Musharraf?
20 Février 2008 - Page : 12
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Les électeurs pakistanais se sont prononcés

En perdant hier les législatives, les partisans du président Musharraf mettent ce dernier dans une position délicate.

Le camp du président du Pakistan Pervez Musharraf a essuyé une défaite cuisante aux législatives de lundi, ce qui pourrait le conduire à remettre les clefs du pouvoir de la seule puissance militaire nucléaire du monde musulman à une coalition d’opposants. Les deux principaux mouvements de l’opposition, celui de l’ex-Premier ministre Benazir Bhutto, assassinée le 27 décembre dans un attentat suicide, et celui de son rival des années 1990, Nawaz Sharif, étaient hier largement en tête dans les résultats provisoires de ces élections législatives et provinciales. «Nous acceptons le verdict de la Nation», a déclaré à l’AFP Tariq Azeem, porte-parole de la Ligue musulmane du Pakistan - Qaïd-e-Azam (PML-Q), le parti au pouvoir depuis 2002 et principal soutien de M.Musharraf, qui s’était emparé du pouvoir par un putsch, il y a plus de huit ans. Mathématiquement, ce mouvement et ses alliés ne pouvaient plus atteindre la majorité absolue des sièges à l’Assemblée nationale, selon les résultats encore partiels, hier, mais délivrés par la télévision d’Etat. Autre surprise de ce scrutin: les partis islamistes ont essuyé un revers majeur par rapport à leur percée aux législatives de 2002. La Muttahida Majlis-e-Amal (MMA), une alliance hétéroclite de partis fondamentalistes, n’avait remporté hier que trois sièges, loin des 50 dont elle disposait depuis 2002. De fait, les élections semblent refléter l’aversion d’une population, minée par la peur, pour les groupes armés proches d’Al Qaîda et des talibans qui mènent depuis près d’un an une campagne d’attentats suicides extrêmement meurtrière dans tout le pays. Ces résultats ne doivent, cependant, pas masquer le désintérêt des Pakistanais pour ces élections marquées par un faible taux de participation, d’environ 40%, similaire toutefois à ceux des précédentes consultations. Les partisans du Parti du peuple pakistanais (PPP) de Benazir Bhutto, et la Ligue musulmane du Pakistan - aile Nawaz (PML-N) de l’ex-Premier ministre Nawaz Sharif, évincé en 1999 par le coup d’Etat militaire du général Musharraf, ont pris d’assaut dès lundi soir les rues des grandes villes en criant victoire. Les chiffres de la télévision d’Etat plaçaient, en fin de journée, le PPP, la formation emmenée par le veuf de Mme Bhutto, Asif Ali Zardari, en tête, avec 86 sièges, suivi par la PML-N (65), loin devant la PML-Q (37) et son traditionnel allié le MQM (19). Ces décomptes sont scrutés avec anxiété dans les capitales occidentales, en particulier par Washington, qui a exercé depuis des mois des pressions intenses et inhabituelles sur M.Musharraf, son allié-clé dans la «guerre contre le terrorisme», pour éviter que cette république islamique de 160 millions d’habitants ne sombre dans le chaos. Il faut dire que l’enjeu est de taille: les Etats-Unis ont distillé ces derniers mois l’idée que l’armement nucléaire pakistanais pouvait tomber entre de mauvaises mains et répété à l’envi qu’Al Qaîda et les talibans avaient reconstitué leurs forces dans les zones tribales du nord-ouest frontalières avec l’Afghanistan. Oussama Ben Laden avait décrété personnellement, le 20 septembre, le jihad à M.Musharraf et son régime et le nord-ouest du pays est en proie à une talibanisation rampante. Les kamikazes proches d’Al Qaîda ont fait de 2007 l’année la plus meurtrière de l’histoire du Pakistan, avec plus de 800 morts dans des attentats. Depuis début 2008, près de 150 personnes ont déjà été tuées dans une campagne de terreur qui s’était intensifiée à l’approche des élections, avec pour paroxysme l’attentat suicide qui a coûté la vie à Mme Bhutto. Nawaz Sharif ayant appelé, dès hier, l’opposition à s’unir pour «débarrasser le Pakistan de la dictature», un changement majeur se dessine: M.Musharraf, réélu président le 6 octobre, n’a que le choix, restreint, entre une coalition improbable avec le PPP, la démission ou une présidence à inaugurer les chrysanthèmes. C’est déjà en soi une révolution dans ce pays qui a vécu plus de la moitié de ses 60 ans d’histoire sous la férule des généraux putschistes et le reste sous des gouvernements «cornaqués» par les militaires. «La démocratie se venge!», titrait hier le quotidien The News.

R.I

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