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BOLIVIE
Un vote d’autonomie ravive le spectre de la violence
04 Mai 2008 - Page : 12 Lu 387 fois
Le spectre de la violence resurgit en Bolivie, où la région la plus riche organise, aujourd’hui, un référendum sur son autonomie, un vote jugé illégal par le président socialiste Evo Morales, qui a répliqué par une vague de nationalisations et un mouvement de troupes. Poumon économique du pays sud-américain, dotée des principaux gisements de gaz, la province orientale de Santa Cruz, qui revendique le droit de gérer ses propres ressources, a engagé un bras de fer tendu avec les autorités. Le gouvernement de M.Morales, premier dirigeant d’origine indienne, qui prône la redistribution de la manne gazière aux populations pauvres des Andes, l’écrasante majorité de la population, dénonce une fronde «séparatiste». Deux ans après un plan de nationalisation des hydrocarbures, le président a annoncé, cette semaine, la prise de contrôle par l’Etat de filiales de compagnies pétrolières, envoyant notamment son armée à Santa Cruz surveiller les sites. «La richesse n’appartient pas à Evo Morales, ni au gouvernement, ni aux gouverneurs (des régions), elle est celle de tout le peuple», a-t-il proclamé. Plusieurs milliers de partisans du chef de l’Etat, certains armés de bâtons, ont manifesté contre le vote, vendredi, à Santa Cruz, faisant craindre l’intervention de groupes radicaux le jour du scrutin. «Nous ne voulons pas de la division de la Bolivie. Nous ne le permettrons pas, même s’il faut aller jusqu’aux ultimes conséquences», a affirmé à l’AFP Benito Romero, un paysan de 45 ans, dénonçant une «manoeuvre des riches». L’enjeu est de taille pour le pouvoir car Santa Cruz fait tâche d’huile dans trois régions voisines, qui ont prévu un vote similaire en juin, renforçant les craintes d’une partition de ce pays de 9 millions d’habitants, le plus pauvre d’Amérique du sud, habitué aux émeutes et aux coups d’Etat. La crise attise la fracture ethnique entre les habitants des riches plaines agricoles de l’est, d’origine européenne, et les communautés indiennes des hauts-plateaux andins à l’ouest, qui soutiennent le chef de l’Etat, élu en 2005. Le gouverneur de Santa Cruz, Ruben Costas, a mis le feu aux poudres, en prédisant l’avènement d’une «seconde république» après le référendum. Selon les sondages, la région, qui détient le quart de la population nationale et le tiers de son PIB, s’apprête à plébisciter le «oui» à 70%. «Le défi de Santa Cruz est de prouver que le pays peut changer sans révolution violente», souligne le politologue bolivien Carlos Cordero, estimant que le vote est un «moyen de faire pression». Cela fait plusieurs mois que les régions autonomistes réclament au président de renoncer à sa nouvelle Constitution qui lui permettrait de gérer les recettes gazières et de lancer une réforme agraire, hantise des grands propriétaires. Admirateur du leader cubain Fidel Castro et allié du dirigeant vénézuélien Hugo Chavez, bête noire des Etats-Unis, M.Morales y voit une «conspiration» des élites, orchestrée par «l’empire américain». L’Organisation des Etats américains (OEA) a envoyé, en vain, une mission de la dernière chance pour appeler au «dialogue» A Santa Cruz, la capitale régionale, une ville champignon aux allures modernes, située aux portes de la forêt amazonienne, à 900km de La Paz, la mobilisation n’a pas faibli. «Que la pays et le monde entier sachent que nous prônons l’autonomie dans la paix», a clamé Branko Markovich, président du comité civique de la région, une puissante organisation patronale.
R.I

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