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Simulacre d’élection pour un président de droit divin
28 Juin 2008 - Page : 11
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Si la participation semblait très faible dans les bureaux de la capitale, Harare, les électeurs étaient amenés ailleurs par bus entiers, affrétés par la Zanu-PF.

Les Zimbabwéens votaient hier au Zimbabwe pour un simulacre de présidentielle à laquelle seul se présente le chef de l’Etat Robert Mugabe, qui à 84 ans s’estime investi d’un pouvoir de droit divin. «Tous les bureaux de vote ont ouvert à l’heure», à 07h00 (05h00 GMT), a déclaré le porte-parole de la Commission électorale du Zimbabwe (ZEC), Utloile Silaigwana.
«Il n’y a aucun problème», a-t-il ajouté, qualifiant l’atmosphère de «paisible». Dès les premières heures, toutefois, des exemples des pressions exercées sur les électeurs étaient rapportés. «Les gens doivent montrer leur bulletin à un représentant de la Zanu-PF (parti au pouvoir) avant de le glisser dans l’urne», a affirmé, à l’AFP, un délégué de l’opposition à Mapanda (est), près de la frontière du Mozambique. «J’ai voté et je n’avais pas le choix», a-t-il ajouté sous couvert de l’anonymat. «J’ai dû voter pour Mugabe». Si la participation semblait très faible dans les bureaux de la capitale, Harare, où seules quelques personnes faisaient la queue, les électeurs étaient amenés ailleurs par bus entiers, affrétés par la Zanu-PF, selon des témoins. En théorie, 5,9 millions d’électeurs figurent sur les registres, mais bon nombre ne seront pas en mesure de voter. Selon le leader de l’opposition, Morgan Tsvangirai, qui a annoncé dimanche son retrait face à l’ampleur de la répression, 200.000 personnes ont été déplacées, près de 90 de ses partisans tués et plus de 10.000 personnes blessées depuis les élections générales du 29 mars.
Vendredi (hier) est «un jour d’humiliation et de honte», a-t-il déclaré dans sa lettre ouverte quotidienne, appelant les Zimbabwéens à boycotter l’élection s’ils le peuvent mais à «ne pas risquer leur vie» pour autant. Le régime, au pouvoir depuis l’indépendance de la Rhodésie, en 1980, a ignoré son retrait et les bulletins de vote portent toujours son nom.
Le pouvoir avait essuyé une défaite historique aux élections générales du 29 mars, perdant le contrôle de la Chambre des députés, tandis que Tsvangirai remportait le premier tour de la présidentielle, avec 47,9% des suffrages contre 43,2% à Mugabe. La ZEC, étroitement contrôlée par le pouvoir, n’avait guère pu s’écarter de la réalité des urnes. Pour la première fois, le décompte des voix avait été affiché le jour de l’élection à l’extérieur des bureaux de vote, une concession du régime au médiateur de l’Afrique australe, Thabo Mbeki, chef de l’Etat sud-africain. Sous le choc de sa déroute, le régime a lancé une offensive en règle contre les partisans de l’opposition ou supposés tels, brûlant les maisons, frappant, torturant parfois, selon des organisations indépendantes comme l’Association des médecins zimbabwéens pour les droits de l’homme. Alors que les condamnations fusaient de toutes parts, l’Afrique est restée longtemps muette. La Communauté de développement d’Afrique australe (Sadc, 14 pays), empêtrée dans ses divisions, n’a réussi à produire que «des communiqués tardifs et faibles», relève Karin Alexander, (Institut pour la démocratie en Afrique du Sud - Idasa), auxquels Mugabe n’a pas prêté la moindre attention.
Mercredi encore, seuls la Tanzanie et le Swaziland étaient présents à un supposé Sommet de l’organe de sécurité de la Sadc, une troïka présidée par l’Angola. Le communiqué final appelait tout de même Mugabe à reporter une élection qui ne serait ni «libre ni équitable».
«L’amitié ne veut pas dire que vous êtes aux commandes du pays!», a réagi le dirigeant zimbabwéen, pour qui «seul Dieu» peut lui retirer le pouvoir. Seul signe d’une potentielle ouverture, le plus vieux chef d’Etat du continent s’est dit, jeudi, prêt à «discuter» avec le Mouvement pour le changement démocratique (MDC) de Tsvangirai, mais après le scrutin.
Ce dernier presse l’Afrique à favoriser la mise en place d’un «mécanisme de transition» et appelle au déploiement de «forces armées de maintien de la paix».
L’Afrique du Sud, qui rejette toute intervention armée, poursuit sans relâche ses efforts de médiation, dans lesquels la communauté internationale place ses ultimes espoirs.
Selon des fuites dans la presse sud-africaine, Mbeki tente d’ouvrir la voie à un gouvernement d’union. Certains pays, dont les membres du G8, ont, d’ores et déjà, annoncé qu’ils ne reconnaîtraient pas le gouvernement formé après une élection qui ne «reflèterait pas la volonté du peuple zimbabwéen».

R.I

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