INVESTISSEMENTS

Les théories et les non-dits de Benbitour

«Il ne suffit pas d’avoir des réglementations et des lois, mais il est impératif que ces mêmes lois fonctionnent.»

«Il ne faut pas coller nos défaillances sur le dos des autres.» Allusion faite au pourquoi des hésitations françaises à investir en Algérie. C´est donc clair pour l´ex-chef de gouvernement: «Nous n´avons pas un climat d´affaires favorable à l´investissement en Algérie.» Les IDE sont habituellement tablés sur deux piliers essentiels, à savoir les ressources naturelles d´un pays et une main-d´oeuvre bon-marché ainsi que les marchés et l´efficacité technologique. A entendre l´ex-chef de l´Exécutif, si un pays ne dispose pas de ces éléments, les investissements directs étrangers ne se bousculeront guère. «En Algérie, les hydrocarbures et les télécommunications sont les seuls secteurs dans lesquels baignent les IDE», fera savoir Ahmed Benbitour. Le pays est donc sommé de faire un pas en avant aux fins d´améliorer le climat des affaires, mais aussi de négocier avec ses partenaires en position de force car, il est, après tout, un client des plus importants. Autrement dit, l´Algérie «a tous les droits d´imposer des conditions sur ses marchés».
Mais, en second lieu, le pays est sommé aussi de faire un autre effort sur le plan législatif car, «il ne suffit pas d´avoir des réglementations et des lois, mais il est impératif que ces mêmes lois fonctionnent», a précisé encore l´invité de L´Expression. Il n´y a qu´à voir la balance des paiements pour découvrir le gros fossé qui sépare les rentrées des capitaux et le rapatriement des bénéfices. Prenons une calculette: l´année écoulée, la balance des paiements avait chiffré un peu plus d´un milliard de dollars en termes de rentrées de capitaux, tandis que la cagnotte de rapatriement des bénéfices a dépassé les quatre milliards de dollars.
Les prévisions pour l´année 2010 montrent que la flèche des bénéfices à rapatrier touchera le plafond des 10 milliards de dollars. Le différentiel est donc de taille et reflète une politique des IDE à risque gros, puisque les dividendes à rapatrier sont plus importants que les capitaux investis. Un risque peu visible pour le moment pour un gouvernement qui mise gros sur les investissements directs étrangers.
La nouvelle stratégie industrielle, telle qu´elle est confectionnée, n´en est qu´un exemple. En un mot, Ahmed Benbitour croit que les investissements directs étrangers ne peuvent être drainés par un simple coup de baguette magique. Il n´est pas seul à développer cette thèse. La politique gouvernementale actuelle ne convainc pas les experts et les économistes.
Relever le «bon climat d´affaires en Algérie» revient comme une antienne dans la bouche des ministres en charge de l´économie nationale, en l´occurrence, Hamid Temmar, Chakib Khelil, Benbada et El Hachemi Djaâboub. Mais le verbe ne suffit pas, voire même les 120 milliards de dollars destinés à l´investissement et que l´on ne cesse de ressasser. Même si l´ex-chef de gouvernement refuse de «s´en prendre aux ministres en poste», la réalité ne souffre aucune ambiguïté.
Avec les 120 milliards de dollars, la productivité demeure à l´état de stagnation, le taux d´utilisation des capacités est des plus bas, la croissance est très faible en comparaison avec les ressources injectées. Elle (la croissance) flirte à peine avec la moyenne africaine qui est de 5 à 6%, tandis que d´autres pays développent une meilleure croissance sans pour autant avoir une paillasse de 120 milliards de dollars. Pour ce qui est de l´investissement, le taux de création d´entreprises en Algérie est des plus faibles, soit 70 pour 100.000 habitants, alors que des pays voisins touchent la barre des 300 entreprises pour la même proportion d´habitants.
Economiquement, il est impossible qu´un pays puisse se redresser, se basant uniquement sur les IDE. Si le pays n´oeuvre pas pour l´émergence d´un capital privé national, cela veut dire que d´ici quelques années, 80% des secteurs industriels et bancaires seront entre les mains des étrangers.
Et par conséquent, cela représente un risque maximum pour l´économie nationale, surtout lorsqu´on commence à rapatrier les dividendes. Nos ministres le savent et Ahmed Benbitour aurait pu dire la vérité sans pour autant s´en prendre à nos ministres.