La valeur d’un exploit

Le Comité olympique national a été créé au lendemain du recouvrement de l´indépendance nationale. C´était hier seulement, parce que nous avons tendance à oublier que notre pays n´a recouvré sa liberté que depuis 45 ans.
C´est peu! C´est insignifiant dans la vie d´une nation qui doit se construire, qui doit avancer et se faire une place dans le concert des nations.
Pendant cette période, 11 Olympiades se sont déroulées. Notre participation a été souvent symbolique, à défaut de voir nos représentants rivaliser avec les meilleurs de la planète. Cela ne veut nullement dire qu´il n´y avait point de valeurs, de talents. La preuve, c´est que la nation colonisatrice a longtemps engrangé titres et médailles avec les enfants des pays qu´elle occupait.
Les «damnés de la terre» ont souvent brillé. Car, apparaître au plus haut niveau et se permettre de damer le pion aux meilleurs est loin d´être une sinécure, ni une gageure d´ailleurs. C´est l´exploit sportif. Mais c´est aussi l´affirmation, la preuve concrète d´une revendication d´existence pleine et entière. Voir en 1992, un petit bout de chou de bonne femme, une compatriote, une soeur s´en aller couper la ligne d´arrivée d´une course olympique, sur une distance reine, est quelque chose à voir. C´était à vous couper le souffle, à en perdre la voix. Le commentateur que j´étais, qui relatait la course, avait en ces instants-là, frôlé l´infarctus. C´était incroyable.
Ce n´était pas impossible. Hassiba réalisait l´exploit, devant moi, devant des milliers de spectateurs et des millions de téléspectateurs. Et puis il y a eu Qassaman et le drapeau national qui flottait au plus haut des trois mâts olympiques.
C´était sublime d´autant plus qu´il était accompli au moment où le pays vivait les moments les plus horribles de son histoire. Quel pied de nez à nos «frères», à nos «amis» qui avaient devant eux le symbole de l´Algérie seule, mais debout et triomphante!