GESTION IMMOBILIÈRE

Entre le vouloir et le pouvoir

Après plus de deux heures de débat avec le ministre de l´Habitat et quand bien même pensait-on avoir une certaine connaissance du dossier avant de commencer l´entretien, on en ressort encore plus préoccupé tant le secteur est d´une complexité insoupçonnée. Quand le citoyen reçoit les clés de son logement, il est loin, très loin d´imaginer toutes les étapes qui ont été nécessaires à sa réalisation.
Des étapes ardues, les unes plus que les autres. De l´assiette foncière aux VRD (canalisations d´évacuation des eaux usées et de distribution d´eau et de gaz) en passant par l´ingénierie et l´industrie du bâtiment (ciment, briques...) en y ajoutant la main-d´oeuvre et sa qualification et on en oublie, les obstacles ne manquent pas.
Et même quand tous ses obstacles sont franchis et le logement livré à son bénéficiaire, la partie n´est pas encore gagnée pour les responsables en charge du secteur. Il leur faut organiser et encadrer ce qui doit assurer la pérennité du logement, c´est-à-dire la gestion immobilière. Plus simplement dit, l´entretien et la maintenance du logement. Ultime étape peut-être mais loin d´être la plus facile.
Pas facile, car elle implique aussi bien les mentalités que plusieurs secteurs ministériels. Donc, l´ensemble du gouvernement. Mieux, il faut que ce gouvernement soit soutenu par une volonté politique sans faille. Pourquoi tant d´intervenants et pourquoi?
Il suffit de voir l´état lamentable dans lequel se trouve le bâti dans la capitale pour comprendre que rien n´a été fait en matière de gestion immobilière depuis l´indépendance. Rien n´a été fait pour convaincre les occupants d´un même immeuble qu´il y va de leur intérêt, voire de leur vie et de celle de leurs enfants de se «mutualiser» pour que le toit ne leur tombe pas sur la tête.
Il est vrai qu´un début de travail a été entrepris avec une ou deux dispositions législatives. Un peu dans notre Code civil et un autre décret propre à la gestion des immeubles. D´une part, ils sont insuffisants et de l´autre, obsolètes pour une bonne partie. Les plus âgés doivent se rappeler des syndics et des concierges. Les deux ont disparu. Un recul qui nous conforte, malheureusement, dans l´idée que tout est à faire dans ce domaine. Le pouvoir politique et le gouvernement auraient tort de sous-estimer la gestion immobilière. C´est par elle que commence et se construit la citoyenneté. C´est par elle que démarre valablement une politique de la ville. C´est avec elle, enfin, que se construit une société moderne et de progrès. Comment veut-on parvenir à la citoyenneté quand une ampoule grillée dans le palier ne trouve pas de solution ou quand une cage d´escaliers croule sous la crasse et que personne parmi les occupants de l´immeuble ne se sent concerné?
A quoi peut bien servir un ministère de la ville quand on sait précisément, que la ville est un ensemble d´immeubles. Peut-on parler d´urbanisme sans urbanité? C´est la charrue avant les boeufs. Ou pour être plus méchant, c´est de la poudre aux yeux.
M.Nourredine Moussa, l´actuel ministre de l´Habitat, est le premier responsable à vouloir se pencher sur ce problème. «La gestion immobilière est en effet un problème majeur qui me préoccupe beaucoup», nous a-t-il confié. Pour poser un diagnostic, il a organisé récemment des ateliers sur ce thème avec plusieurs acteurs de la société civile, des professionnels du bâtiment et des experts d´horizons divers. Visiblement, cela a dû s´avérer insuffisant puisque le ministre envisage carrément d´aller vers «une rencontre nationale sur la gestion immobilière». Il n´a pas tort, sauf qu´il faut faire vite. Les immeubles délabrés n´attendront pas pour s´écrouler.
Dès qu´il s´agit de maintenance, et c´est le cas, il nous faut avouer notre incapacité. C´est un savoir-faire que nous ne possédons pas. Aggravé par une démobilisation chronique. Un savoir-faire que les pays développés maîtrisent. C´est le cas par exemple de la Belgique où une puissante fédération des administrateurs de biens veille au grain. Il n´y a aucune honte à s´inspirer de leurs modèles, voire de copier. L´essentiel est d´agir pour l´intérêt national.
L´Algérien n´est pas plus obtus que les citoyens des autres pays. N´a-t-on pas réussi à le convaincre du port de la ceinture de sécurité en peu de temps? Alors...? Il faut seulement que le gouvernement et le pouvoir politique le veuillent bien. Seul, le ministre de l´Habitat ne pourra pas grand-chose. Hélas...