ABDEREZZAK BOUHARA,VICE-PRÉSIDENT DU SÉNAT

«Le FLN est devenu un appareil de sous-traitance»

«L’assiette électorale du parti est passée à 7,5% à l’issue des dernières élections, alors qu’elle était de 17% en 1991.»

Une crise multiforme secoue le FLN: crise d´identité, de représentation, de fonctionnement, d´organisation, de confiance et de stratégie. Tel est le résultat du diagnostic établi par Abderezzak Bouhara, membre dirigeant de l´Instance exécutive du parti. Point par point, l´invité de L´Expression défend son analyse. Crise d´identité d´abord: «L´identité de notre parti est dénaturée. Les militants sont déroutés. Le discours du parti comporte une orientation nationaliste mal assumée, un contenu populaire étouffé, un penchant conservateur dissimulé», a-t-il souligné, lors de son passage à la rédaction de L´Expression. La crise de représentation est liée, selon notre invité, à la marginalisation de la jeunesse: «Il y a une jeune génération ignorée. Des femmes reléguées au second plan. Les anciens cadres et dirigeants souffrent d´un ostracisme notable.» M.Bouhara indique en outre que le FLN souffre de l´absence d´une action politique soutenue vis-à-vis des organisations syndicales et sociales. Pour la crise de fonctionnement, le vice-président du Sénat souligne «l´absence de débat et la confiscation des prérogatives des instances du parti, par la banalisation des statuts et règlements du parti et dans l´encouragement du clanisme...». L´invité de la rédaction a, d´autre part, mis l´accent sur la crise organisationnelle. Il évoque la non-installation, trois ans après le congrès, de structures, jugées, de base. «Les activités des instances sont gelées. La périodicité des réunions n´est pas respectée. Les commissions statutaires ne sont pas fonctionnelles», constate-t-il. Il a observé que l´Instance exécutive ne se réunit pas, même lorsque le pays traverse des événements nationaux ou internationaux importants. «Pourquoi ne s´est-on pas réunis au lendemain des élections législatives? Pourquoi ne s´est-on pas réunis lors des attentats terroristes de Batna, de Dellys et d´Alger? Le fait que le secrétaire général soit en mission gouvernementale, est-ce une raison pour annuler toute réunion de l´Instance exécutive?» M.Bouhara rappelle, par ailleurs, que l´opération d´installation des kasmas reste inachevée. Idem, dit-il, pour les mouhafadhas qui ne sont pas encore élues. Le point évoqué avec insistance par l´ex-ministre de la Santé, concerne l´instance de coordination du parti. Il affirme que «cette instance, chargée d´établir un état des lieux du parti et de présenter son rapport au secrétaire général, à l´instance exécutive et au conseil national a été complètement ignorée». Enumérant d´autres points, M.Bouhara évoque la crise de confiance. Celle-ci est le résultat, estime-t-il, «d´un climat de suspicion entre dirigeants» et militants du parti. Il s´explique: «Il y a absence de débat au sein du parti. La prise de décision est unilatérale. Le choix des candidatures est toujours contesté.» M.Bouhara termine son diagnostic par «la crise de stratégie». Il explique cette situation par «la confusion délibérée entre les liens politiques et les biens organiques». Continuant son analyse, M.Bouhara revient sur les résultats enregistrés par le parti depuis 1990. S´appuyant sur des chiffres officiels, l´invité de L´Expression a fait remarquer que les résultats du parti se dégradent d´une échéance électorale à une autre. «Le taux enregistré par le parti est en-dessous de la barre des 20% depuis les élections de 1990. L´assiette électorale du parti est de 7.5% à l´issue des dernières élections, alors qu´elle était de 17% en 1991». M.Bouhara reconnaît que le président de la République a contribué, en 2004, à la «renaissance» du FLN. Il estime que les électeurs adhèrent plus au FLN lorsque le président Bouteflika, également président d´honneur du parti, se lance dans une course électorale. Car, enchaîne-t-il, on remarque toujours une faible adhésion des candidats du parti dans d´autres échéances.
M.Bouhara refuse que le Front de libération nationale soit réduit à «un simple appareil destiné à préserver des positions personnelles et les intérêts des groupes restreints».