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Un cinéma à la mamelle sèche

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Arsenal juridique adéquat inexistant. Taxes trop élevées. Piratage ravageant...le cinéma est sérieusement pris en sandwich.

Le ratage cuisant accusé par l´Algérie dans sa transition d´une économie dirigée à une économie de marché, a affecté tous les secteurs. Aucun d´entre eux n´est épargné, ni même celui de la culture. C´est la raison principale pour laquelle ce secteur, combien important dans la vie d´une nation, demeure à la traîne.
Les spécialistes du domaine sont catégoriques:on a beau se targuer de produire tant de films, tant de pièces de théâtre et autant de livres, mais quand on constate que cette production n´est que conjoncturelle, tous les efforts risquent d´être réduits à néant. C´est par la racine qu´il faut planter un arbre.
C´est l´entendement humain et la logique de la nature qui le veulent. «Tout doit se faire par la base. La règle s´applique aussi dans le cinéma», indique le réalisateur et producteur, Bachir Derraïs. Ce dernier affirme que l´Algérie n´a pas réussi sa transition économique. L´invité de L´Expression ne cherche pas ses arguments ailleurs que dans son domaine: le cinéma. Est-il possible, aujourd´hui, pour le septième art de survivre sans un appui financier et logistique considérables? La réponse ne se fait pas attendre: «Non!» M.Derraïs explique: «On ne peut faire du cinéma sans le financement aussi bien du privé que des subventions de l´Etat.» Et c´est là l´un des points manifestes de l´échec économique du pays.
En procédant à la fermeture, à l´improviste et sans préavis, des entreprises de production cinématographiques, à l´instar du Caaic (Centre algérien de l´audiovisuel et de l´industrie cinématographique) et de l´Enpa (Entreprise nationale de la production audiovisuelle), l´Etat a signé l´arrêt de mort du cinéma algérien. La procédure est d´autant plus catastrophique qu´aucune mesure n´a été prévue pour y pallier. Pis encore, aucun arsenal juridique susceptible de donner un coup de pouce au septième art n´a été mis en place.
On n´a qu´à voir les taxes appliquées sur l´importation des films, de 23% et la Tva estimée à 19%. Des impôts qui ne font que donner un coup de boutoir au cinéma. Cet état de fait n´est pas sans susciter des questionnements que d´aucuns jugent légitimes. En effet, que gagne l´Etat dans ces taxes, à combien sont estimées les recettes, lorsqu´on sait que l´importation de films se fait de plus en plus rare? Une chose est sûre: le Trésor public n´en gagne que des miettes. Alors «autant exonérer ce secteur pendant une période allant jusqu´à cinq ans», propose Bachir Derraïs qui évoque un autre casse-tête chinois: le piratage. «A quoi bon importer des films à des prix astronomiques, et payer des taxes trop élevées, lorsqu´on sait qu´ils sont déjà piratés et, de surcroît, projetés en DVD dans les salles obscures?», s´interroge l´invité de L´Expression.
Il faut savoir, par ailleurs, que même les décisions prises par le ministère de tutelle, ont du mal a être concrétisées sur le terrain. Nous citerons, en ce sens, la décision prise par le département de la culture, quant à la récupération des salles de cinéma gérées par les APC. Celles qui n´ont pas été fermées, ont été converties en salles de fête ou pour la projection de films en DVD. Le constat dressé est inquiétant.
Le statu quo risque de se prolonger si l´on ne procède pas à la mise en place des fondements nécessaires à la renaissance d´un secteur en plein marasme.

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