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LES TARES DE LA POLITIQUE ALGÉRIENNE

Censure, Jules Ferry et bonne conscience

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Jules FerryJules Ferry

La censure n'est pas un sport récent, mais investit toutes les contrées d'une Histoire condamnée à vivre le mutisme comme un moment de vérité.

Jamais l'Algérie ne s'est débarrassée de cette satanée censure qui marque les contrées de l'univers de la politique, des médias et des travées dites intellectuelles. Ainsi, les nouveaux dirigeants de l'Algérie vont, à partir de 1962, se draper des oripeaux de la colonisation et suivre tout simplement la logique des colons en poursuivant cette triste habitude de l'effacement des autres et de la mise à mort de la différence. Des noms sont censurés, journalistes et politiques, certains d'entre eux sont toujours au pouvoir ou mués en opposants de la vingt-cinquième heure. Ben Bella évacue du monde de l'histoire ses adversaires, suivi de Boumediene, Chadli et les autres. Chacun va de sa gomme. Avec comme porte-plumes, des journalistes et des écrivains qui oublient vite le temps où ils annulaient les autres.

Censure, ciseaux et bonne conscience
Des commissions dites de lecture du ministère de la Culture ont fait trop de dégâts, éludant la réflexion, supprimant les écrits peu recommandables, selon eux. Ces gens sévissent toujours, n'ayant nullement la pudeur de se taire et de se transformer, comme ça, en un bruissement de doigts, en opposants de pacotille. Tous les membres de ces commissions d'hier et d'aujourd'hui devraient avoir la conscience triste, comme ces «comités de lecture» des ministères des Moudjahidine et de la Culture qui, ces derniers temps, font la gymnastique de la censure de l'Histoire, d'ailleurs mise en quarantaine, le Cinquantenaire de l'Indépendance, c'est dans cent ans. Des écrivains «illustres» ont participé et participent encore à la cuisine trop peu amène de l'exclusion, mise en scène désormais par une ministre de la Culture qui censure le cinéma et les arts, multipliant des festivals de rente et cassant tragiquement le monde de la culture, certes trop marqué par la présence de beaucoup de gens dont le seul objectif est de bénéficier de la manne financière. Une pétition contre la ministre de la Culture, prise en charge essentiellement par des journalistes, circule dénonçant les multiples atteintes à la culture et à la liberté d'expression. Mais depuis très longtemps, les ministres de la Culture, prisonniers d'une mauvaise gestion du pays, ne peuvent faire quoi que ce soit, sauf redistribuer la rente. Le bilan de la ministre actuelle, certes lamentable, ne peut être isolé de la gestion globale, traversée par les jeux de la rente. La censure n'est pas un sport récent, mais investit toutes les contrées d'une Histoire condamnée à vivre le mutisme comme un moment de vérité. Ces derniers temps, les langues commencent à se délier, à travers une «réhabilitation» paradoxale de Ben Bella, pour évoquer un 19 juin qui ne fut, en fin de compte, qu'un simple putsch pour une question de pouvoir faisant écrire et dire aux uns sans convaincre les autres qu'il s'était agi d'un «sursaut» ou d'un «redressement» révolutionnaire. Mais la censure a toujours été présente, déjà bien avant l'indépendance, avant qu'elle reprenne du service après 62 sous les différents gouvernements.
La présence coloniale incarnait, par sa cruauté, une effroyable censure. Beaucoup pensaient qu'une fois indépendants, les Algériens allaient inventer la liberté. Le désenchantement n'était pas loin. Les différentes chartes restreignaient encore davantage le champ des libertés. Le colloque national de la culture de 1968 allait être le point de départ d'une politique d'embastillement de la parole qui vit l'organe central de l'Ugta, Révolution et travail, suspendu pendant une année en 1968, des intellectuels prendre le chemin de l'exil et les journaux investis d'une mission de neutralisation de toute voix différente.
Combien de journalistes, d'écrivains, d'artistes et de politiques se retrouvent aujourd'hui, dans des espaces oppositionnels, oubliant leur félonie. Mais dans cet univers singulier, les censeurs d'hier se retrouvent, par la suite, eux-mêmes, victimes de ce mal qu'ils vont dénoncer une fois évacués des postes de responsabilité. Kaïd Ahmed, Boumaza, Messaâdia, Taleb, Yahiaoui, Mehri, Chadli et bien d'autres ont revêtu les oripeaux, certes vieillis, de grands démocrates devant l'Eternel.
La télévision est le lieu par excellence où s'opère une censure extrêmement dure. Tout propos considéré comme peu élogieux à l'endroit du gouvernement est supprimé. Ainsi, les mêmes responsables qui faisaient les éloges de Boumediene ont effacé son visage pendant de longues années. Ils le font aujourd'hui pour Chadli, Kafi et Zeroual qui disparaissent du petit écran. Baâziz a surpris tout le monde en chantant en direct une chanson censurée.
Aujourd'hui, ce média lourd, fermé à toute parole différente, vit en vase clos réduisant son journal télévisé aux défilés protocolaires de Bouteflika, aujourd'hui devenu le Seul et l'Unique, alors qu'il avait été lui aussi mis aux oubliettes et aux visites ministérielles, réduisant la société à une suite d'appareils.
Même la presse «privée», souvent piégée par la singularité de sa situation, n'est pas épargnée par la censure. Ses prises de position sont, par endroits, empreintes d'un trop-plein de subjectivité omettant souvent la parole de l'autre. Le journaliste se fait porteur de tract, oubliant l'info, mille fois censurée, préférant la posture du commentateur partial et partiel. Cette manière de faire participe de l'effacement d'une source importante dans la recherche de la «vérité». Ce qui est assimilé à une véritable censure. Omettre un fait, c'est tout simplement mentir, c'est-à-dire orienter sciemment l'information. Il y a même des journaux qui se sont substitués au discours de l'Otan. Certes, les choses ont fondamentalement changé par rapport au passé où il n'était même pas question de parler librement de sujets simples.
Si la presse vivait une situation angoissante, le monde de l'édition et de l'art connaissait les mêmes réalités. Ainsi, de nombreux écrivains ont été obligés de quitter le pays pour fuir la censure. Les livres édités à l'étranger étaient interdits de vente. Le livre de Rachid Mimouni Le Fleuve détourné avait été refusé par la Sned avant de connaître un extraordinaire succès de librairie, une fois édité en France chez Laffont. Ouettar, lui-même, a vécu des misères noires du temps d'une commission où siégeaient des écrivains toujours dans les bonnes grâces de tous les pouvoirs en place. Certains sont décédés, d'autres sont toujours en vie, hantant encore certaines pages de journaux. Un grand écrivain allait même censurer le journal au niveau du marbre. D'autres laissaient faire et se taisaient devant l'immonde.

Jules Ferry, l'histoire et Hollande
L'histoire semble jouer de mauvais tours à François Hollande qui ne savait peut-être pas qu'en convoquant le raciste Jules Ferry, certes, à l'origine de la loi sur l'Ecole publique, il allait provoquer une grande polémique, mettant en doute ses propres convictions. Mais il a finalement choisi la partie plus ou moins lumineuse de l'ancien ministre de l'Instruction publique, celle de la loi rendant l'école publique gratuite et obligatoire. Pour beaucoup, c'était un choix encombrant. Mais il faut savoir qu'il existe trop peu d'hommes politiques et d'écrivains français qui avaient pris position contre le système colonial et l'esclavage.
Ainsi, aujourd'hui, la lecture de beaucoup de textes donnent à voir une image positive de la colonisation et un regard négatif, à gauche et à droite de l'échiquier politique français, notamment chez les intellectuels, qui justifient des décisions et des mesures trop restrictives contre les immigrés, participant indirectement de la montée de l'extrême droite et de l'émergence de son discours xénophobe. Même en Algérie, la réaction à l'article 5 de la loi de 2005 célébrant la colonisation a été tardive.
Comme d'ailleurs, l'absence de célébration sérieuse du Cinquantenaire de l'Indépen-dance. La question de la colonisation et de la mémoire traverse les contrées de l'imaginaire dans une France qui n'a pas encore réussi à faire le deuil tout en reconnaissant les crimes commis contre des populations et une identité. Jules Ferry n'est pas le seul à avoir méprisé les colonisés. D'ailleurs, sa fameuse loi, il ne voulait pas qu'elle soit réellement appliquée dans les colonies, craignant que les autochtones s'emparent de la culture française pour contester la colonisation à laquelle il était viscéralement attaché. Son discours sur la supériorité des races européennes et la colonisation traverse actuellement les paysages intellectuels et politiques français.
Le colonisé (du Maghreb et de l'Afrique subsaharienne) qui n'est nullement singulier, mais pluriel contrairement à l'imagerie médiatique et littéraire véhiculée par de nombreux auteurs français, fabriquant leur Maghrébin ou Africain (cruel, lâche, fou, peureux, hostile à la démocratie et misogyne). Il est souvent présenté, comme dénué d'Histoire. C'est ainsi qu'étaient décrits les Algériens dans la littérature coloniale et les discours des politiques. Meursault dans L'étranger, dans le prolongement de la littérature algérianiste (Randau et Bertrand) tue l'Arabe, d'ailleurs sans identité, indigne d'exister. Gérard de Nerval, qui n'est pas le seul (on peut citer entre autres auteurs, Lamartine, Chateaubriand, Renan, Flaubert, Delacroix...), reprend à son compte la théorie de Montesquieu sur le despotisme oriental: «J'avais peut-être un peu cédé au désir de faire de l'effet sur ces gens tour à tour insolents ou serviles, toujours à la merci d'impressions vives et passagères, et qu'il faut connaître pour comprendre à quel point le despotisme est le gouvernement normal de l'Orient.» Jules Ferry ne disait-il pas à propos de l'Algérie qu'il fallait réduire ce peuple à néant: «Si nous avons le droit d'aller chez ces barbares, c'est parce que nous avons le devoir de les civiliser(...) Il faut non plus les traiter en égaux, mais se placer au point de vue d'une race supérieure qui conquiert»(à la Chambre, en 1884). Son discours est d'actualité. Il faudrait tout simplement substituer au mot «civiliser» le verbe un peu récent, démocratiser.

Le CPA de Annaba, le système bancaire et l'écrit
On n'arrête pas de gloser depuis très longtemps sur la pauvreté des espaces bancaires algériens, trop marqués par le jeu de l'informel et d'une logique cohérente. Nos «banques» sont les seuls établissements au monde qui refusent d'ouvrir des comptes-devises avançant un argument absurdement ridicule: c'est saturé. Même l'allocation «touristique», on l'attribue quand on veut. Les lois, ça s'applique en fonction du faciès ou de l'instant. Benachenhou, Mourad et Abdellatif, Benissad et bien d'autres économistes et anciens ministres des Finances et de l'Economie ont toujours dénoncé le fonctionnement de ces «banques». Le directeur d'une agence CPA à Annaba se permet même l'absurdité et l'outrecuidance jusqu'à vouloir arrêter un travail de recherche tout en traitant les enseignants universitaires de «voleurs» et d'escrocs. Confusion des genres et des prérogatives.
Un chef d'agence est-il un agent de contrôle universitaire, censeur des actions universitaires et ministérielles, bloquant sciemment un travail de recherche? Les pouvoirs publics ont, à travers un arrêté interministériel, jugé que les allocations des enseignants universitaires étaient ridiculement insuffisantes, doublant sérieusement ce type d'indemnités pour les prochaines promotions, leur permettant de plus ou moins éviter la précarité à l'étranger.
Aujourd'hui, se pose la question de savoir si derrière cette triste attitude se profile une propension à freiner tout travail de recherche sérieux et une tentative de pousser les professeurs qui ont pignon sur cercles universitaires internationaux à quitter le pays. A-t-on le droit d'insulter ainsi les enseignants universitaires? Si les banques ne s'éparpillaient pas, faisant uniquement leur travail, ce serait quelque chose de gagné. Ainsi, les vaches, s'il y en a encore, seraient bien gardées. Nous pourrions, dans ces conditions, parler de professionnalisme dans une institution qui en manque gravement, trop allergique à l'écrit, n'osant même pas répondre au courrier... C'est trop dérangeant. La banque CPA, c'est le lieu d'une ruralité trop mal assumée, c'est aussi l'expression d'une Algérie qui tarde à avancer, prisonnière d'une gestion régie par la dictature de la parole.

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