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EXERCICE DU POUVOIR

Une question de limites!

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Castro s'est retiré en 2008 sous la pression de la maladie et de l'âge, mais c'est au nom de la légitimité révolutionnaire qu'il aura gouverné Cuba durant trente-deux ansCastro s'est retiré en 2008 sous la pression de la maladie et de l'âge, mais c'est au nom de la légitimité révolutionnaire qu'il aura gouverné Cuba durant trente-deux ans

Comment expliquer que c'est dans les pays gouvernés par d'anciens révolutionnaires que généralement les opposants sont réprimés, enfermés, torturés et bannis?

En 1979, et alors que nous dînions, un ami et moi, au restaurant Unirea de Bucarest, quelqu'un s'approcha de nous et nous demanda la permission de s'asseoir à notre table. De la longue discussion que nous eûmes avec celui qui s'avéra être un haut cadre camerounais, en passage dans la capitale roumaine pour la participation à un congrès mondial qui s'ouvrait le jour même, quelque chose m'est restée à l'esprit jusqu'à aujourd'hui. A un moment de notre discussion, il me dit: «Les révolutionnaires finissent toujours en dictateurs.»
Il y a deux jours, en «tchatchant» avec un ami professeur d'université à Nice, ce sont, à peu près, les mêmes paroles qu'il me répète. «Un dictateur, me dit-il, est souvent remplacé par un révolutionnaire qui devient lui-même le pire des dictateurs.» C'est là un des messages que George Orwell délivra, dans les années quarante, dans son célèbre La ferme des animaux. Malheureusement, et à bien regarder autour de nous, force est de constater que, dans la réalité, le passage de la révolution à la dictature est une opération courante et même un peu trop. A quoi est-ce dû? D'où vient donc à l'homme cette aptitude si particulière à se soulever et à combattre ce qu'il va, quelque temps après, instituer et défendre, lui-même?

De Max Weber...
En menant des recherches sur l'origine de l'autorité, le sociologue allemand, Max Weber, conclut que celle-ci peut être charismatique, traditionnelle ou rationnelle. Ceci donne à comprendre que la légitimité peut avoir pour origine le charisme de la personne, les traditions du milieu ou alors la raison et la rationalité. Jamais Weber n'a parlé de légitimité révolutionnaire et pourtant, dans le monde qui nous entoure, c'est une forme bien connue de légitimité qui permet de diriger les peuples et de manager les pays.
La légitimité révolutionnaire c'est, pour ainsi dire, ce qui rend capable un révolutionnaire (ou un groupe de révolutionnaires) de commander un peuple. On peut citer beaucoup d'exemples dans ce cadre. De Mao en Chine, à Lénine en ex-Urss, en passant par Fidel Castro à Cuba, Nasser en Egypte, El Kadhafi en Libye, Ben Bella et Boumediene en Algérie, et la liste est longue. Même très longue. Autrement dit, la légitimité révolutionnaire, c'est ce qui transforme le révolutionnaire en dirigeant. C'est ce pont qui permet de sauter d'un trottoir de la vie à l'autre. Mais est-ce que tous ceux qui ont fait valoir leur «légitimité révolutionnaire» pour présider aux destins des nations ont tous pu devenir de bons dirigeants? En d'autres mots, est-ce la légitimité révolutionnaire arrive réellement à transformer les compétences révolutionnaires en compétences managériales? La question mérite d'être sérieusement considérée surtout de nos jours où les révolutions se font à profusion. Sur un coup de tête, suite à un coup de fil ou autrement et bénéficient, toutes sans exception, d'une couverture médiatique douteuse, aussi bien de la part de la non moins douteuse El Jazeera que d'une certaine presse dont les desseins ne sont plus à démontrer. Max Weber aurait donc raté sa recherche du moment que beaucoup de pays, beaucoup de peuples, faudrait-il dire, sont gouvernés au nom de la sacro-sainte légitimité révolutionnaire.

... et de la légitimité révolutionnaire
Mieux, cette légitimité révolutionnaire est la seule qui permet de gouverner à vie, c'est-à- dire jusqu'à la mort, jusqu'à un coup d'Etat ou jusqu'au crépuscule de la vie. Bourguiba a conduit la Tunisie de 1957 à 1987, soit trente ans, et il aurait continué si Ben Ali ne l'avait pas dépossédé.
Certes, Castro s'est retiré en 2008 sous la pression de la maladie et de l'âge, mais c'est au nom de la légitimité révolutionnaire qu'il aura gouverné Cuba de 1976 à 2008, c'est-à-dire durant trente-deux ans tout de même. C'est aussi au nom de cette même légitimité que Mao aurait gouverné jusqu'à sa mort, pendant plus de 22 ans, que Staline gouverna l'ex-Urss durant une trentaine d'années et qu'il aurait continué n'eut été la mort qui l'en empêcha. C'est aussi jusqu'à la mort que Nasser dirigea l'Egypte pendant 14 ans, que jusqu'à son lâche assassinat, qu'El Kadhafi présida aux destinées de la Libye de 1969 à 2011, c'est-à-dire durant 42 ans. rien que cela! Décédé, Boumediene n'eut le temps de diriger l'Algérie que durant... 13 ans, Chadli, parce que contraint à la démission ne put gouverner que... 12 ans. etc...
A voir sa longévité, on peut affirmer sans risque de se tromper que la légitimité révolutionnaire est le plus sûr moyen de durer aux commande des pays. Une garantie à vie, en quelque sorte!
Mais pourquoi alors ceux qui la chevauchent deviennent-ils, pour la majorité, des dictateurs? Ne leur suffit-il pas de laisser couler le temps dans les palais qu'ils occupent et de laisser les gens vivre tranquillement? Il appartient aux psychologues de nous tracer les profils des révolutionnaires et de nous en faire une typologie.
Le processus par lequel certains révolutionnaires opèrent la mutation qui en fait des espèces de monstres s'inscrit généralement dans la durée. Les courtisans dont la raison d'être est la flatterie et le mensonge ont donc tout le temps pour jouer leur rôle qui est primordial dans cette transformation. En réalité, ces parasites qui collent, tels des morpions aux moindres poils du pouvoir, n'ont que deux soucis: isoler le dirigeant et lui rendre incertaines, voire inexistantes, les frontières et les repères. Ils trompent le commandement, falsifient l'information, manipulent, complotent et courent dans tous les sens avec des miroirs déformants.
Beaucoup de ces révolutionnaires se laissent aller et nombreux sont ceux qui se laissent convaincre Une fois leurs repères perdus et une fois leurs limites oubliées, les ex-révolutionnaires ne se rappellent plus les idéaux pour lesquels ils avaient mené leur lutte et de leurs souvenirs s'effacent alors les rêves qui motivaient leurs combats. Ils ne gardent en mémoire que le fait d'avoir été révolutionnaires et ceci suffit, à leurs yeux, à leur donner la légitimité, toutes les légitimités. Ils ne tolèrent plus qu'on parle avant eux, ni qu'on parle différemment. Ils refusent la contradiction et rejettent le débat. Ceci se voit généralement tant à la liberté d'expression que ces dirigeants ex-révolutionnaires finissent très souvent par bannir qu'au nombre de détenus politiques qui moisissent dans leurs geôles. Le temps et les conseillers aidant, ils s'éloignent de plus en plus du peuple qu'ils défendaient.
Il n'y a pas pire ennemi pour l'homme que lui-même, ainsi dit la sagesse.
Et il n'y a pas pire ennemi pour les révolutionnaires que celui qui l'a déjà été. Autrement, comment expliquer que c'est dans les pays gouvernés par d'anciens révolutionnaires que généralement les opposants sont réprimés, enfermés, torturés et bannis?
Tout révolutionnaire porterait donc en lui un dictateur potentiel. Et à l'inverse, le dictateur n'est généralement rien d'autre qu'un révolutionnaire qui aurait perdu ses marques.
Dans un pays démocratique, certaines institutions ont justement pour rôle de rappeler à chacun où il doit s'arrêter, c'est-à-dire lui rappeler ses limites et ses prérogatives. Autrement dit, tant que les institutions d'un pays sont faibles, ses chances de voir ses dirigeants se transformer en monstres sont grandes. Mais comment donc faire pour, comme disait Boumediene, avoir des institutions qui survivent aux hommes au lieu de s'échiner à avoir des institutions qui suivent les hommes? Telle est la question!

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