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PROBLÉMATIQUE DE LA SÉCURITÉ AU SAHEL ET EN MÉDITERRANÉE

L'Afrique au coeur de la géostratégie mondiale

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Au vu de ce qui se passe au Sahel, il y a urgence pour l'Algérie et le Maghreb à une stratégie d'adaptationAu vu de ce qui se passe au Sahel, il y a urgence pour l'Algérie et le Maghreb à une stratégie d'adaptation

Interpellés, les pays du Maghreb s'interrogent légitimement sur le rôle, la place ou l'attitude à adopter face au défi du terrorisme.

L'Algérie abrite durant ce mois de juin, à Oran, depuis hier, une conférence internationale sur le Sahel devant aborder «les réalités du terrorisme transnational, du narcotrafic et de la criminalité organisée, afin de proposer les voies et moyens de nature à assainir la région de ces fléaux criminels dévastateurs et de garantir à ses populations la paix, la stabilité et la sécurité». C'est que les enjeux au Sahel qui préfigure d'importantes reconfigurations géo-politiques et géo-économiques dans une zone sensible, rentrent dans le cadre de la nouvelle stratégie mondiale à laquelle l'Algérie ne saurait échapper et d'une manière générale toute l'Afrique du Nord. Ces enjeux qui sont intimement liés à la crise mondiale actuelle devraient conduire à de profondes reconfigurations socio-économiques, technologiques, mais également sécuritaires, objet de cette présente contribution qui sera développée prochainement au niveau international.
Devant privilégier en premier lieu ses intérêts stratégiques, partie prenante du dialogue méditerranéen (DM), le Maghreb se doit d'agir en fonction d'un certain nombre de principes et à partir d'une volonté avérée de contribuer à la promotion de la sécurité et de stabilité dans la région, que ce soit dans le cadre d'une coopération avec l'Otan, en fait avec les USA, ou avec les structures de défense que l'Union européenne entend mettre en place, également avec la Russie et la Chine pour ne citer que les principaux acteurs mondiaux. Les derniers événements au Sahel, faute d'une coordination, montrent son incapacité à agir sur des événements majeurs. La fin de la Guerre froide marquée par l'effondrement du bloc soviétique et les attentats survenus aux Etats-Unis le 11 septembre 2001 représente un tournant capital dans l'histoire contemporaine. Le premier événement marque la fin d'un monde né un demi-siècle plutôt et la dislocation d'une architecture internationale qui s'est traduite des décennies durant par les divisions, les déchirements et les guerres que nous savons. Aujourd'hui, les menaces sur la sécurité ont pour nom terrorisme, prolifération des armes de destruction massive, crises régionales et délitement de certains Etats. Or, les défis collectifs, anciens ou nouveaux, sont une autre source de menace: ils concernent les ressources hydriques, la pauvreté, les épidémies, l'environnement. Ils sont d'ordre local, régional et global. Entre la lointaine et très présente Amérique et la proche et bien lointaine Europe, entre une stratégie globale et hégémonique, qui possède tous les moyens de sa mise en oeuvre et de sa projection, et une stratégie à vocation globale qui se construit laborieusement et qui peine à s'autonomiser et à se projeter dans son environnement géopolitique immédiat, quelle attitude adopter et quels choix faire pour le Maghreb? Interpellé et sollicité, le Maghreb s'interroge légitimement sur le rôle, la place ou l'intérêt que telle option ou tel cadre lui réserve ou lui offre, qu'il s'agisse du dialogue méditerranéen de l'Otan ou du partenariat euro-méditerranéen, dans sa dimension tant économique que sécuritaire.

Renforcer le dialogue avec l'Otan
L'adaptation étant la clé de la survie et le pragmatisme un outil éminemment moderne de gestion des relations avec autrui, le Maghreb devant se faire car c'est ce que commandent la raison et ses intérêts. C'est dans ce cadre que doit être placée la stratégie du Maghreb dans le dialogue méditerranéen de l'Otan. Le cadre défini au sommet de l'Otan de promouvoir le dialogue méditerranéen de l'Otan au rang de «véritable partenariat», (le même sommet d'Istanbul faisant une offre de coopération à la région du Moyen-Orient élargi qui est adressée aux pays qui le souhaitent, ceux qui sont membres du Conseil de coopération du Golfe étant cités explicitement) ambitionne de contribuer à la sécurité et à la stabilité de la région méditerranéenne par le truchement d'un certain nombre d'actions au nombre de cinq qui se veulent complémentaires avec d'autres actions internationales:
a.- le renforcement de la dimension politique du dialogue méditerranéen avec l'Otan;
b.- l'appui au processus de réformes de la défense;
c.- la coopération dans le domaine de la sécurité des frontières;
d.- la réalisation de l'interopérabilité;
e- la contribution à la lutte contre le terrorisme. Face à ces propositions quelle est l'attitude des pays du Maghreb devant consolider l'intégration maghrébine pour devenir une entité économique fiable au moment de la consolidation des grands ensembles?
Les menaces qui pèsent sur les peuples et leurs Etats et les défis collectifs qui leur sont lancés doivent amener les pays du Maghreb à se doter d'une politique extérieure globale des enjeux, des problèmes et des crises que connaît le monde et à déployer ses capacités, ses moyens et son savoir-faire dans une logique de juste et fécond équilibre. Le dialogue et la concertation entre les peuples et entre les acteurs sont la clé et en même temps la meilleure des garanties pour instaurer la paix et la stabilité de manière juste et durable. C'est sur cette base me semble-t-il que les pays du Maghreb doivent s'engager dans le dialogue méditerranéen de l'Otan et dans d'autres initiatives régionales ou sous-régionales, notamment européennes. Car face à l'Otan, existe une volonté politique de l'Union européenne d'avoir une stratégie de défense et de sécurité qui concerne le Maghreb. Sur le plan militaire et géostratégique, c'est à travers les activités du groupe dit des «5+5» que peut être appréciée aujourd'hui la réalité d'une telle évolution. C'est que la lecture que font les Européens des menaces et défis auxquels le monde et notre région sont confrontés repose essentiellement sur la nécessité de développer ensemble une stratégie de riposte collective et efficace concernant, notamment le terrorisme international, le trafic des êtres humains et la criminalité organisée à travers la drogue et le blanchiment d'argent. Pour le cas du Maroc, de la Tunisie et de l'Algérie qui ont signé l'Accord de libre-échange avec l'Europe, en matière de défense et de sécurité, des consultations relatives à la mise en place d'un dialogue entre le Maghreb et l'Union européenne ont lieu sous forme de consultations informelles et de réunions formelles. Mais il serait souhaitable des clarifications portant sur deux questions jugées fondamentales: la valeur ajoutée de cette offre de dialogue par rapport au dialogue méditerranéen de l'Otan et la coopération de lutte contre le terrorisme avec l'UE dans le cadre de la Pesd. D'une manière générale et au vu de ce qui se passe au Sahel, il y a urgence pour l'Algérie et le Maghreb à une stratégie d'adaptation. Pour ma part, lors d'un déplacement aux USA lors d'une rencontre avec un grand responsable au département du Trésor US à Washington, j'avais émis naïvement cette hypothèse que l'Algérie et le Maghreb devaient tirer profit des divergences entre la France et les Etats-Unis d'Amérique.

L'écueil de l'intégration du Maghreb
Il m'avait été répondu clairement: «Il n'y a parfois que des divergences tactiques de court terme, mais aucune divergence stratégique entre les Etats-Unis d'Amérique et la France et plus globalement avec l'Europe.» J'en ai tiré la leçon afin de comprendre les enjeux géostratégiques et j'ai été étonné que certains veuillent encore opposer les USA à la France sur le dossier du Sahel et, notamment du Mali se croyant encore aux années 1960/1970 de la confrontation des blocs. Il est entendu qu'à la fin de toute guerre ce sera la diplomatie qui prendra la relève. Pour nous en tenir à l'Algérie, les puissances occidentales reconnaissent que rien ne peut se faire durablement sans l'Algérie par sa position géographique, étant par ailleurs une grande puissance militaire régionale. D'autant plus que ce conflit peut avoir des répercussions sur toute la région Europe/Afrique via le Maghreb, que sur la sécurité intérieure de l'Algérie, notamment toute la zone Sud où sont concentrés les principaux gisements pétroliers et gaziers sans compter que bon nombre de familles notamment touarègues du Sud ont des liens étroits souvent familiaux avec les familles au niveau du Sahel et au Mali.
La situation actuelle au Sahel pose la problématique de la sécurité de l'Algérie et fondamentalement l'urgence d'une coordination régionale, notamment l'intégration de la sphère informelle.
Le terrorisme menace planétaire, se nourrit comme rappelé précédemment, fondamentalement de la misère en se livrant au trafic de tous genres, rançons, drogue, armes etc. Le Maghreb, pour peu que les dirigeants dépassent leurs visions étroites d'une autre époque, a toutes les potentialités pour devenir une grande puissance régionale avec une influence, tant économique, que militaire, dans la mesure où en ce XXIème siècle l'ère des micro-Etats étant révolue et que la puissance militaire est déterminée par la puissance économique. Pour cela, des stratégies d'adaptation au nouveau monde sont nécessaires pour le Maghreb, étant multiples, nationales, régionales ou globales mettant en compétition/confrontation des acteurs de dimensions et de puissances différentes et inégales. Face aux menaces communes et aux défis lancés à la société des nations et à celles des hommes, les stratégies de riposte doivent être collectives. Cependant, dès lors qu'elles émanent d'acteurs majeurs et de premier plan, elles s'inscrivent dans une perspective globale et cachent mal des velléités car évoluant dans un environnement géopolitique régional que des acteurs majeurs façonnent aujourd'hui à partir de leurs intérêts et des préoccupations stratégiques qui leurs sont propres. Cette région est l'objet de toutes les convoitises (notamment USA via Europe/Chine) car incluse dans une sous-région qui n'en finit pas de vouloir se construire. Le continent Afrique est un enjeu géostratégique majeur au XXIe siècle avec plus de 25% de la population mondiale avec d'importantes ressources non exploitées, sous réserve d'une meilleure gouvernance et d'intégration sous-régionales à l'horizon 2030 l'axe de la dynamisation de la croissance de l'économie mondiale devant se déplacer de l'Asie vers l'Afrique expliquant en partie les tensions actuelles. Le Maghreb sous-segment de ce continent est appelé, à se déterminer par rapport à des questions cruciales et de relever des défis dont le moins qu'on puisse dire est qu'ils dépassent en importance et en ampleur les défis qu'il a eus à relever jusqu'à présent.

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