24 FÉVRIER 1971: NATIONALISATION DES HYDROCARBURES

Ah, quel dynamisme chez les jeunes d'hier!

L'Algérie voulait renforcer son indépendance dans tous les domaines
L'Algérie voulait renforcer son indépendance dans tous les domaines

Rien n'était plus pressant pour notre pays que de s'assurer le contrôle véritable des richesses de son sol et de son sous-sol.

En effet, quelle volonté et quel dynamisme animaient nos jeunes d'hier qui se sentaient concernés, au plus haut point, par le lourd héritage que leur a légué la guerre de Libération nationale! Ils donnaient le meilleur d'eux-mêmes pour se débarrasser des séquelles du colonialisme et conquérir le progrès; et ainsi, ils étaient obligés de manifester leur profonde conviction pour sensibiliser ceux de leur génération sur la nécessité d'une mobilisation générale afin de prendre sérieusement en charge la construction du pays. Ils s'imposaient cette mission en travaillant inlassablement pour faire oublier l'image affreuse des bombardements sauvages, des arrestations arbitraires, des exécutions sommaires et des lynchages continus en rappel aux jeunesses du monde, l'imposant sacrifice des leurs pour que vive l'Algérie. Ils racontaient ainsi la résistance farouche de leur peuple face aux multiples événements. N'était-ce pas là les prémices d'une relève engagée dans la voie des aînés, et qui prenait ses orientations dans le patrimoine révolutionnaire de son pays?
C'était cette ambiance d'alors qui les faisait plus aguerris et leur commandait de renouer avec leurs traditions, leur Histoire et leur Culture pour les développer davantage, car longtemps proscrites par le colonialisme. Ils vivaient ce fougueux enthousiasme à tous les niveaux et saisissaient la nécessité de contenir ces élans et les mettre à profit sur le terrain de la réalité. Et à propos de ce terrain, nos jeunes étaient à l'écoute de tous les événements, internes et externes, qui intéressaient notre pays. Ainsi, et pour rentrer dans le vif du sujet, le devoir de mémoire nous oblige à nous remémorer ce combat au quotidien d'une jeunesse qui prenait l'initiative, à chaque occasion, en se lançant dans des «aventures», aussi courageuses que déterminantes, pour conforter les décisions justes de l'Algérie, qui venaient consolider notre souveraineté nationale.
«La nationalisation des hydrocarbures le 24 Février 1971 a sonné le 'tocsin'' pour les derniers restes de la colonisation française en Algérie. Ainsi, notre pays a ouvert la voie au recouvrement définitif de sa souveraineté sur l'ensemble des richesses de son sous-sol.» C'est le communiqué de l'APS, exprimant la position du pouvoir d'alors qui ne lésinait sur aucun moyen pour reprendre ses droits sur ses propres richesses, longtemps exploitées par le colonialisme. Quelques jours après cet événement historique, la Jeunesse du Front de libération nationale (Jfln), consciente de son rôle agissant au sein de la société algérienne, décide de la tenue d'une rencontre planétaire, qui devait réunir à Alger les jeunesses des pays producteurs d'hydrocarbures, afin de les sensibiliser sur les fondements des révolutions, dont l'un des objectifs était, et sera constamment, la maîtrise des leviers économiques. En effet, cet objectif fondamental a été retenu par notre pays qui a souverainement décidé, au lendemain de son indépendance - surmontant ainsi les amertumes et les vicissitudes du passé -, d'entretenir des relations de coopération privilégiées avec la France. Cette politique était basée sur un échange d'intérêts entre partenaires égaux et également souverains...
Les accords de 1965 portaient une promesse, celle précisément d'une coopération assainie de toutes les séquelles coloniales. Mais, autant l'Algérie pouvait, elle, s'enorgueillir d'avoir respecté, à la fois, et l'esprit et la lettre des accords, autant le partenaire français semblait avoir mis un point d'honneur à faillir à ses obligations essentielles. Une telle attitude, au bout de cinq années d'expérience, ne pouvait entraîner, naturellement, que déception et frustration. Rien n'était plus pressant pour notre pays que de s'assurer le contrôle véritable des richesses de son sol et de son sous-sol. En tout état de cause, l'Algérie, pour sa part, et contre vents et marées de la contestation néocoloniale, affirmait sans ambages que tout pouvait être négociable de façon sérieuse, hormis la souveraineté du peuple, l'indépendance de la patrie et les options politiques et économiques fondamentales. C'est ainsi que le contrôle de nos richesses devenait un processus inéluctable. Il répondait à des impératifs politico-économiques sur lesquels l'Algérie n'admettait aucune discussion. Elle voulait renforcer son indépendance dans tous les domaines et, par voie de conséquence, plusieurs aspects de la coopération, étaient rendus caducs. C'était pour elle une constante décolonisation qu'elle menait afin de se libérer de tous les liens néo-colonialistes. N'était-ce pas, en quelque sorte, dans l'esprit des recommandations de l'ONU, la plus haute instance du monde qui, dans une importante résolution, réaffirmait «le droit inaliénable de tous les pays d'exercer leur souveraineté sur les ressources naturelles dans l'intérêt de leur développement national»?

La préparation du Séminaire international des jeunes des pays producteurs de pétrole
Partant de cette logique, et après avoir étudié les conditions de réussite d'une telle «aventure», celle qui se présentait sous l'aspect concret d'un Séminaire international, regroupant les jeunes des pays producteurs de pétrole, la Jfln, comme à son habitude, prend l'initiative courageuse d'aller au-devant d'une mission difficile, jamais osée par d'autres organisations ou institutions politiques de masse. Oui, cette organisation nationale a osé dresser contre les monopoles du cartel, un front uni de jeunes et de travailleurs, particulièrement ceux de l'industrie pétrolière et, en même temps, les a engagés à soutenir les décisions énergiques prises par l'Algérie le 24 Février 1971, à l'occasion du 15e anniversaire de la création de l'Ugta.
Ainsi, l'enjeu saisi, il fallait se démener pour réussir cette rencontre internationale. Les jeunes comprenaient que l'Algérie décidait d'entrer dans la phase de réalisation des conditions objectives et nécessaires à la création d'une industrie pétrolière nationale aux différents niveaux: recherche, production, transport, raffinage, distribution, pétrochimie et commercialisation. C'est alors que les tenants et aboutissants de cette manifestation internationale avaient été discutés sérieusement. Les possibilités ainsi que les moyens, pour lui permettre une bonne réussite, avaient été étudiés, recensés et décidés. Madani Souahi, secrétaire général de la Jfln, et Abdelkader Saâdna, responsable des Relex (Relations extérieures), avaient eu la main lourde et... heureuse puisque, aussitôt le projet porté à la connaissance de nos responsables, aussitôt il sera accepté. Kaïd Ahmed devait charger Messaâdia et Bélaïd Abdesselam de faire le reste avec le président de la République, qui avait été briefé par ses soins sur le sujet. Cette tâche dévolue à la jeunesse n'était pas aisée et sans l'appui et l'assurance des autorités d'alors, la Jfln, quand bien même partait-elle d'une logique militante, ne pouvait prendre, à elle seule, ce pari audacieux. Car, cette aventure courageuse - et c'en était une - venait dresser contre les monopoles du cartel un front uni de jeunes et de travailleurs de pays producteurs et, en même temps, soutenir les décisions énergiques prises par notre pays dans le domaine de la nationalisation de ses ressources naturelles. Voilà ce qu'était la Jfln en son temps, non pas une «certaine organisation» où foisonnaient des «chemises d'une certaine couleur», comme présentée par quelques détracteurs, mais une école, une communauté d'idées, qui savait réaliser l'unité d'action dans la diversité, en dégageant, à l'occasion d'une conférence comme celle-ci, une même conception de lutte antimonopoliste à l'échelle internationale, qui formait la ligne de conduite qui allait présider aux travaux de ce séminaire international. De là, commence sérieusement la préparation politique et matérielle de cette importante rencontre, en étroite collaboration avec les concernés, ministère et Fédération nationale des pétroliers. C'est ainsi que ce séminaire international, dirigé par la Jfln, et préparé en parfait accord avec le Mouvement panafricain de la jeunesse (MPJ) et la Fédération mondiale de la jeunesse démocratique (Fmjd) - pour plus d'audience au niveau planétaire -, s'est déroulé à Alger du 10 au 17 janvier 1972. Son thème central a été: «La jeunesse et son rôle dans la lutte contre les monopoles impérialistes pour la récupération des ressources en hydrocarbures et de toutes les richesses naturelles.» Bien avant sa tenue, une délégation composée de jeunes responsables, Abdelkader Saâdna, secrétaire national, chargé des relations extérieures et Kamel Bouchama, membre du Conseil national de la jeunesse et commissaire national adjoint du parti du FLN, s'est déplacée à Budapest, en novembre 1971, pour négocier avec la Fmjd tous les aspects de ce séminaire international. Cette démarche pragmatique s'inscrivait dans la concertation et, disons-le clairement, dans l'appui de cette dernière, dont la mission favorisait les liens entre les organisations de jeunes du monde pour promouvoir la paix. Cela pouvait ajouter un plus à la crédibilité de l'entreprise et aider la Jfln à mobiliser, en cette période de «Guerre froide», toutes les organisations anti-impérialistes pour renforcer sa position concernant l'unité dans la bataille du pétrole et la lutte de la jeunesse pour le progrès économique et social des peuples.
C'est dire la nécessité de cette rencontre et le travail important qu'a livré l'organisation de la jeunesse pour sa préparation, sa tenue dans les conditions les meilleures et pour ses résultats qui allaient refléter cette suite logique de conclusions, dont l'affirmation de la création du front anti-impérialiste et de son unité dans la bataille contre la dictature des trusts et cartels pétroliers. Cette orientation apparaît dans les différentes interventions, dont celle de Cissoko, SG du MPJ. Il déclarait en ouverture: «C'est en tenant compte de notre volonté de dépassement, exprimée il y a de cela dix ans par la jeunesse consciente d'Afrique, celle qui entend faire l'Histoire et non la subir, que nous considérons la tenue du présent Séminaire à Alger, significative à tous les égards...» Quant à Angélo Oliva, président de la Fmjd, il affirmait: «Le Séminaire qui va s'ouvrir témoigne de l'engagement internationaliste et de la volonté de combat de la jeunesse progressiste, de sa volonté de porter jusqu'au bout la bataille contre l'impérialisme et les monopoles pétroliers...» Cette rencontre a démontré, à l'ensemble des délégations du monde, la profondeur stratégique de la Jeunesse algérienne, celle d'être claire et d'affirmer hautement son refus de situations contraires aux objectifs nationaux, dans les pays d'Afrique et ailleurs. Et la résolution finale en dit long sur ce chapitre: «Dans ce contexte, les mesures de récupération des richesses nationales, qu'il s'agisse du domaine des hydrocarbures, de celui des mines, ou de toutes autres richesses nationales, tant en Algérie, au Chili, en Tanzanie, en République démocratique du Yémen, en Zambie et en Guinée, révèlent un caractère particulièrement important... Toutes ces décisions ouvrent une étape nouvelle dans la juste lutte des pays sous-développés, pour leur totale émancipation et indiquent la voie à suivre vers le plein recouvrement de leurs propres ressources naturelles, au bénéfice des masses laborieuses.» La réussite de ce séminaire international est due également à l'engagement du ministre de l'époque, Bélaïd Abdesselam, qui a donné des directives impératives à l'ensemble de ses cadres pour contribuer positivement à cet événement. Ainsi, les regrettés Abdelmadjid Benalycherif et Aboubakr Mellouk, des cadres d'une compétence reconnue mondialement, ont su donner, de par leur humilité et leur aisance dans l'explication des sujets proposés, un impact sérieux à ce séminaire. La Fédération nationale des pétroliers, avec à sa tête les Badr-Eddine et Lounis, n'était pas en reste de cette importante entreprise. Elle avait fait le maximum tant à l'intérieur du séminaire qu'à l'extérieur, au cours des activités culturelles et des programmes de visites.
Alors, ne pouvons-nous pas dire que l'organisation de cette rencontre internationale, en ces moments difficiles, n'était plus un coup d'essai, mais bien plus..., un coup de maître? Oui, un coup de maître car, dans cet événement grandiose, la jeunesse algérienne n'était pas dans ses petits souliers, mais bel et bien aux commandes d'une «sacrée entreprise» aux nombreuses répercussions et aux grandes promesses. La présence d'illustres personnages et de notables représentants d'organisations et de mouvements à travers le monde, le prouve. Ainsi, ont assisté à ces importantes assises, outre les organisations membres et les organisateurs (le MPJ et la Fmjd), tous les mouvements de libération d'Afrique, d'Asie et d'Amérique latine et les organisations amies. Ont été invités, également, en qualité d'observateurs, le Comité afro-asiatique, le Mouvement mondial de la Paix, l'UIE, le Cenyc (Conseil européen national youth club, affilié à la WAY), ainsi que de nombreuses personnalités, dont Yasser Arafat, premier responsable palestinien, Nicolas Sarkis, spécialiste dans les questions pétrolières et énergétiques, et fervent patriote pour la nationalisation de l'industrie pétrolière et gazière dans les pays arabes. Il y avait d'autres invités de marque qu'il nous est impossible d'énumérer dans ce présent écrit, au risque de commettre l'indélicatesse d'en oublier certains.

Une grande réussite chez les jeunes pétroliers...
Effectivement, le pari avait été tenu. Et pourquoi n'aurait-il pas réussi, quand on évalue les moyens qui lui avaient été réservés et l'attention particulière qu'avait accordée l'Algérie à la manifestation? Pourquoi ne réussirait-elle pas - la manifestation - lorsqu'on vivait alors, «une époque qui rejetait le combat solitaire et partant, stérile, pour laisser place à une seule action fructueuse, celle de la lutte solidaire et organisée de l'ensemble des peuples opprimés et exploités contre un ennemi dont la forme première s'était toujours accrue de l'effet de notre dispersion et de notre division...». Extrait du discours de Kaïd Ahmed.
En guise de conclusion, que pouvons-nous dire aujourd'hui? Vivons-nous cette ambiance où les jeunes s'évertuent à faire mieux qu'hier, surtout avec les moyens forts éloquents qui sont à leur disposition, selon les responsables du pays? Ou, tout simplement, nous ne voyons rien de cela, parce que nous, leurs aînés, n'avons rien fait, hélas, pour les mobiliser concrètement et leur apprendre à vivre en démocrates - encore faut-il que nous le soyons nous-mêmes -, sauf pour servir de «comparses» dans des campagnes pour assouvir nos égocentrismes, et soutenir nos ambitions machiavéliques qui tournent autour de notre longévité au pouvoir? Cette différence est visible au fil des ans. Elle s'accentue pour nous laisser perplexes, sans réaction, devant des inepties qui se multiplient et nous donnent cette impression qu'entre nous et la civilisation, la vraie, il y a cette distance qui s'amplifie, et ce temps qui s'éloigne et cède sous le poids d'échéances improbables.
Enfin, notre Organisation d'hier, au «passé glorieux et dont l'avenir a été interrompu», malheureusement, vivait dans l'initiative et le dynamisme. Voici, dans ce passé qui surgit avec un bon souvenir, ce dont elle était capable. Aujourd'hui, évidemment, elle n'aurait jamais adhéré aux débats hypocrites et stériles où l'esbroufe tient le haut du pavé et la flagornerie, comme «ce poème flatteur, déshonore à la fois le héros et l'auteur», comme le soutenait Boileau.