L'EMPRUNT OBLIGATAIRE

mirages d'une opération

sans des objectifs stratégiques précis et sans de profondes réformes structurelles, microéconomiques et institutionnelles l'emprunt obligataire aura une portée limitée.

Après les résultats mitigés (aucun bilan contrairement aux promesses), pour ne pas dire échec de l'opération d'attirer le capital- argent de la sphère formelle au sein de la sphère réelle moyennant le paiement d'un impact forfaitaire de 7%, jouant sur le sentiment alors qu'il n'existe pas de nationalisme dans la pratique des affaires, le problème de l'emprunt national qui au départ avait le même but moyennant un placement entre 3 et 5 ans pour un intérêt variant entre 5 et 5,75%, semble se transformer en une opération du même vase communicant.
Aussi, le ministre des Finances semble naviguer à vue ne tenant pas compte tant du dualisme de l'économie algérienne, que de la morphologie sociale culturelle de la société algérienne, appliquant des recettes à une économie de marché structurée, et selon les expériences historiques de pays similaires pouvant avoir des impacts mitigés
L'emprunt obligataire lancé par l'Etat algérien en avril 2016, concerne surtout la partie dinar et non l'équilibre de la balance des paiements où les importations de biens et services, y compris les transferts légaux de capitaux se font en devises sous forme de bons anonymes (comment distinguer l'argent bien acquis et l'argent de la drogue ou de tout autre trafic), avec un taux d'intérêt variable de 5 à 5,75%.
Aucune somme limite n'est fixée pour cet emprunt obligataire étatique, le gouvernement espérant drainer une fraction du capital argent de la sphère informelle qui représente 40% de la masse monétaire en circulation et occupe 50% de la superficie économique selon les rapports internationaux. J'avais rappelé dans maintes contributions récentes, afin que l'emprunt obligataire puisse avoir un succès, avec trois facteurs impliquant un changement culturel de certains responsables: l'illusion monétaire et l'illusion de l'ère mécanique des années 1970, devant prendre en compte les nouvelles mutations mondiales à l'approche de la quatrième révolution industrielle.
Premièrement, le taux d'intérêt doit être supérieur au taux d'inflation. Sinon, les ménages se réfugieront dans l'achat de devises fortes, de l'or ou de l'immobilier afin de préserver le pouvoir d'achat de leur épargne.
Deuxièmement, il y a lieu d'éviter le dérapage accéléré du dinar qui a indirectement un impact à la fois sur les coûts de production des entreprises publiques et privées dont le taux d'intégration ne dépasse pas 15% et sur le pouvoir d'achat des ménages dont les besoins dépendent à 70% de l'extérieur, un dinar dévalué de 30% du fait des taxes fiscales arrivant aux consommateurs avec une augmentation de plus de 50%.
Troisièmement, de véritables réformes microéconomiques et institutionnelles où l'on doit éviter toute illusion monétaire. Dans une économie productive, toute dévaluation du dinar aurait dû entraîner une dynamisation des exportations hors hydrocarbures et l'Algérie est toujours mono-exportatrice à 97% d'hydrocarbures avec les dérivés, et le secteur privé représente moins de 1% des exportations totales montrant que le blocage est d'ordre systémique. Or, jamais, le dinar algérien officiel n'a connu un tel dérapage étant coté 5 dinars un dollar en 1970, 45 dinars un dollar selon les accords avec le FMI en 1974 et le 3 mai 2016 à 126,0827 dinars un euro et à 108,6200 dinars un euro expliquant également le cours croissant au niveau du marché parallèle et comblant artificiellement le déficit budgétaire par l'accroissement de la fiscalité des hydrocarbures (en dollars) et la fiscalité ordinaire (importations de biens) en majorité en euros. La dernière trouvaille est la mobilisation des sociétés d'assurances. Je rappelle au ministre des Finances que les sociétés d'assurances transforment les risques par le biais des taux d'intérêts, mais comme les banques, pratiquent une politique de provisions et de fonds propres appropriés, de manière à compenser la perte éventuelle.
Les sociétés d'assurances transforment les risques, en les sélectionnant, valorisant les informations et les exploitant dans le cadre de la fourniture de leurs services et sont parfaitement au courant des caractéristiques de l'offre et de la demande d'argent. N'oublions pas qu'en se portant acquéreur d'emprunts obligataires rémunérateurs, elles mettent à profit ces soldes excédentaires, afin de dégager des profits maximum.
Or, la majorité du capital argent des assurances résulte de la collecte de l'épargne réelle des entreprises et des ménages; certaines d'entre elles contractant avec des sociétés prospères comme Sonatrach, Sonelgaz. Pour d'autres, plus fragiles, iront également vers les emprunts obligataires afin de soutenir leur trésorerie, surtout avec la crise des assurances automobiles. Par ailleurs, bon nombre d'entreprises et ménages à excédents financiers au sein de la sphère réelle, qui déposaient leur argent dans les banques pour un intérêt de 2,3% vont retirer cette épargne pour la placer à un intérêt variant entre 5 et 5,75%.
Le risque est l'assèchement des liquidités et le recours à la Banque d'Algérie pour avoir des liquidités accroissant la masse monétaire en circulation, pouvant avoir à terme, en cas de non-accroissement de la production et de la productivité proportionnelle à un processus inflationniste. Devant distinguer la personne de la société, à des fins de spéculations, certains entrepreneurs privés, nous ne parlons pas des entreprises publiques dont l'assainissement a coûté au Trésor public plus de 60 milliards de dollars entre 1971/2015, peuvent utiliser, malgré leurs découverts bancaires vis-à-vis des banques, notamment publiques, à titre personnel, une fraction du capital argent emprunté pour avoir la rémunération de 5 à 5,75% et ce au détriment du Trésor public.
Enfin, cet emprunt étant canalisé par le Trésor public, bon nombre d'observateurs impartiaux jugent que cet emprunt a pour but essentiel de combler le déficit budgétaire afin d'éviter que le fonds de régulation des recettes soit de zéro courant 2017. Pour plus de transparence, j'avais préconisé au gouvernement la création d'un fonds dinvestissement où serait canalisé cet emprunt pour plus de transparence et éviter des polémiques avec certains experts qui prohibent ce genre de pratiques financières, la finance islamique étant fondée sur le partage des risques.
En résumé, sans des objectifs stratégiques précis, le retour à la confiance et la moralité supposant une autre gouvernance reposant sur des institutions réalisant la symbiose Etat-citoyens, et sans de profondes réformes structurelles, microéconomiques et institutionnelles, certes difficiles, car déplaçant d'importants segments de pouvoir assis sur la rente, l'emprunt obligataire aura une portée limitée et ne sera que du replâtrage conjoncturel, sans avoir atteint son objectif.