FACE À LA CADENCE DES ATTENTATS TERRORISTES QUI AUGMENTENT

La France tremble

François Hollande, président de la République française
François Hollande, président de la République française

Les attaques fusent de toutes parts et sur tous les plans. La liste des griefs à l'encontre de Hollande et du gouvernement Valls s'allonge chaque jour.

En France, ce qui ressemblait à des actions sporadiques passagères, commence à inquiéter sérieusement en plus hauts lieux depuis que la cadence des attentats a augmenté et que la cible des tueurs et leur mode opératoire sont de plus en plus diversifiés. Depuis la tuerie de Mohamed Merah, en 2012, jusqu'à la récente prise d'otages de l'église de Saint-Etienne du Rouveray, juillet 2016, les actes qui terrorisent prennent désormais, en France, les contours d'une guerre qui semble difficile à éviter car il s'agit, en fait, d'une guerre imposée, d'une guerre dont l'issue et la durée dépendent de la capacité de nuisance de ceux qui ont décidé de la mener.
A chaque attentat, Hollande commence par promettre devant la presse et les Français qu'il intensifiera les frappes en Syrie et en Irak contre l'organisation de l'EI alors que c'est, d'abord, en France qu'il doit agir. En optant pour l'intensification des bombardements au Moyen-Orient, Hollande veut frapper le monstre à la tête et oublie de s'interroger à quoi cela peut-il servir s'il ne fait rien pour empêcher que, des oeufs de ce même serpent, naissent d'autres monstres sur le territoire français? Les Français, qui demandent plus de sécurité à l'intérieur de l'Hexagone, ne suivent plus le raisonnement de leur président et la classe politique s'est mise à le harceler.
Les attaques fusent de toutes parts et sur tous les plans. La longue liste des griefs à l'encontre de Hollande et du gouvernement Valls s'allonge chaque jour, alors que, formulées sous le coup de l'émotion ou avec le regard fixé sur l'échéance électorale de 2017, les propositions sont, pour la plupart, sinon irréalistes, farfelues, voire extravagantes et parfois même dangereuses, du moins indignes pour un pays qui se dit résolument démocratique.
La colère et l'émotion empêchent les politiques français de raisonner. Ils ne savent plus quoi faire. Il y a ceux, nombreux, qui demandent à ce que soient incarcérés les fichés «S» et qui semblent oublier que l'espace carcéral est hypersaturé, que les prisons sont surpeuplées et que leur proposition d'emprisonner des citoyens à titre préventif ne répond ni à un besoin du droit ni à une préoccupation de la justice ni encore moins, à l'esprit de la Constitution.
Il y a ceux qui proposent de recourir à la déchéance de la nationalité. Ceux-là semblent ignorer qu'il importe peu, en réalité, au criminel quel passeport il détient au moment de se faire exploser, de tirer sur les autres ou d'appuyer sur l'accélérateur du véhicule bélier qu'il conduit. D'autres exigent à ce que soient renvoyés les criminels qui ont purgé leur peine dans leur pays d'origine feignant d'ignorer que cela ne contribue point à diminuer les crimes, mais tout juste à orienter les criminels vers d'autres endroits et sous d'autres cieux.
D'aucuns, plus extrémistes, ont proposé d'armer les citoyens sans jamais pouvoir dire selon quelle origine, selon quelle religion, en fonction de quel faciès et par rapport à quelle langue maternelle. Il y a même ceux qui demandent l'instauration d'un «Guantanamo» en France. Une autre bêtise à contresens de tout ce qui a été accompli dans et par la France républicaine et démocrate. A en perdre sa boussole!

L'amalgame, toujours l'amalgame
D'autres, à l'esprit plus échauffé contre les musulmans prônent la fermeture des mosquées. Une autre bêtise bien sûr car, si les actes des criminels étaient imputables à leur lieu de culte, alors pourquoi ne pas avoir demandé à fermer l'église où se rendait Andreas Lubitz, le copilote allemand de la Germanwings qui a foncé sur la montagne avec 150 personnes à bord de l'Airbus A320? Et pourquoi ne pas fermer celle où se recueillait Anders Behring Breivik qui avait fait un carnage en Norvège un certain 2 juillet 2011? Pourquoi, tant que nous y sommes, ne pas détruire celles qui voient déferler les Bush, les John Major, les Colin Powels et tous les criminels qui, sous le prétexte fallacieux d'armes de destruction massive ont détruit l'Irak, et plongé le Moyen-Orient dans un enfer au quotidien? Pourquoi ne pas fermer la synagogue où se rend toujours Netanyahu, celle fréquentée par Bernard-Henri Levy, celle où se rend en cachette Sarkozy et tous les fanatiques qui ont semé la mort à Ghaza en Palestine, à Timisoara en Roumanie, à Benghazi en Libye et ailleurs?
Les incohérences des propositions transforment le débat en une polémique basse, inutile et souvent indécente. Les comportements qui en découlent ne pouvant être que plus indécents encore comme les huées et les sifflets à l'encontre de Valls venu se recueillir sur la promenade des Anglais au lendemain de l'attentat de Nice, ou comme la campagne insidieusement menée par Les Républicains contre le ministre de l'Intérieur français, Bernard Cazeneuve. La France est, plus que jamais, minée par les vils appétits à l'approche des élections. Elle est divisée par les polémiques inutiles et fragilisée par les divisions entretenues par des politiciens opportunistes à outrance, sans morale et sans conscience. On sent, lorsqu'on considère l'état d'esprit français d'aujourd'hui, une panique que certains affichent de façon ostentatoire jusque sur les plateaux de télévision et que la plupart n'arrivent même pas à cacher.

Daesh et les individus «daeshisés»
En réalité, à la base de cette situation, se compte un nombre important d'erreurs des institutions françaises et des médias de l'Hexagone, à commencer par le président français lui-même qui, à chaque attentat commence son allocution par sa «ferme détermination à poursuivre les frappes en Syrie et en Irak», sans même attendre que soit prouvé le lien de l'attentat avec Daesh. La précipitation à désigner automatiquement l'«islam radical» et le «terrorisme islamiste» comme coupables à chaque attentat perpétré est une attitude qui, à force d'avoir fait dans l'amalgame entre terroristes et musulmans et entretenu la confusion entre terrorisme et islam, a fini par monter la partie non musulmane des Français contre le reste de la société.
Sur un autre plan, Hollande donne à chaque fois l'impression de toujours chercher à attribuer automatiquement les actes terroristes perpétrés en France à Daesh et, à bien réfléchir, il semble même souhaiter une revendication de ces actes par l'organisation criminelle comme s'il voulait justifier sa décision d'avoir pris partie aux conflits syrien et irakien. En cela, seuls les médias de l'Hexagone font mieux que le président français. On a vu, dans le cas de l'atroce carnage de Nice, par exemple, que, contrairement aux déclarations répétées du procureur de la République qui insistait sur le difficile établissement d'une relation entre Mohamed Lahouaiej Bouhlel et Daesh, la presse insistait de son côté sur l'implication de l'organisation de l'EI dans l'attentat. Une implication qui, jusqu'à présent n'a pas été réellement prouvée parce que le conducteur du camion, un individu à la limite de l'équilibre mental, fréquentait les bars et les boîtes de nuit, courait les femmes, se promenait en short, terrorisait son épouse et n'a jamais prêté allégeance à la sombre organisation ni n'a été en Syrie ni même songé y aller.
Lorsqu'«un jeune Germano-Iranien de 18 ans, David Ali Sonboly, ouvre le feu dans un restaurant McDonald's d'un centre commercial de Munich, faisant neuf morts et 35 blessés, dont 11 graves, avant de se suicider d'une balle dans la tête» (2), Hollande, en s'adressant à Merkel, condamne automatiquement le «terrorisme islamiste» alors que, jamais à ce jour, la police allemande n'a trouvé de lien entre l'assaillant et les islamistes.
L'homme qui, «armé d'une machette agresse plusieurs passants en pleine rue près de la gare de Reutlingen, à 40 kilomètres de Stuttgart» (3), tuant une femme et blessant deux autres personnes avait commis, selon le rapport de la police allemande, un crime passionnel et non une attaque djihadiste. Mais du côté français, on s'entête malgré tout à vouloir l'inscrire au nom de l'islam, même si, parfois, certains se donnent la peine de prendre la précaution d'ajouter le qualificatif de «radical».
L'entêtement à vouloir voir tous les actes criminels en France et chez les voisins immédiats commis au nom de la religion ou de Dieu est une fausse piste qui, en plus de ne pas aider à résoudre le problème, place la France sur le bord d'un précipice hautement dangereux, celui de la guerre civile, un scénario sérieusement envisagé par Patrick Calvar, le patron de la Dgsi, qui l'a évoqué à deux reprises en mai 2016 (1) et à quoi certains esprits, aveuglés par l'amalgame, n'ont pas tardé à en rajouter en faisant porter aux musulmans la responsabilité de leur malheur. D'aucuns n'ayant pas, en effet, tardé à prendre les mots de Calvar au vol, ont vite fait d'en dénaturer le sens et la portée. «La guerre civile, disent-ils, nous y sommes déjà (...). Quand des Français vont, au nom de leur religion, massacrer des journalistes et des dessinateurs français, on appelle ça comment? Quand d'autres Français, inspirés par la même religion, assassinent des jeunes Français pendant un concert, ça a quel nom? Quand un Français, obéissant à une divinité qu'il se représente comme cruelle, assassine des enfants français à Toulouse, on nomme ça comment? Quand un Français tue deux autres Français parce qu'ils sont policiers, quels mots faut-il choisir pour qualifier cet acte?» (4).

Nadine Morano, enfin une parole juste.
Le pas qu'il ne fallait pas faire est malheureusement fait et la limite à respecter est vite franchie si bien que, venue se recueillir sur le lieu du massacre à Nice, une Franco-Algérienne s'est vue prise à partie par la foule qui lui demandait de «rentrer chez elle», au moment même où des slogans, hostiles aux musulmans et à l'islam, commençaient à apparaître sur les murs de mosquées. La promesse d'une «réponse sans aucun état d'âme» promise par le Flnc Corse étant bien entendu «la cerise» sur le gâteau de l'animosité que seule celle rencontrée au Moyen âge pourrait dépasser en intensité.Tout le monde sait pourtant qu'il s'agit soit d'une guerre contre Daesh, cet horrible monstre échappé des labos de l'hypocrisie occidentale et devenu dangereux pour tout le monde, soit d'une guerre contre les individus «daeshisés» soit alors les deux, mais dans aucun cas, il ne peut s'agir d'une guerre aux musulmans et à l'islam. Autrement, cela ajoutera de la poudre aux canons de Daesh et de la puissance à ses affreuses bombes humaines.
Certes, Daesh agite un étendard sur lequel sont écrits des mots arabes volés à la profession de foi des musulmans, mais Daesh n'est pas une organisation islamique. Ses actions n'ont rien à voir avec l'islam et elle n'agit ni pour l'islam ni dans le cadre de l'islam ni au nom de l'islam. Daesh est une organisation terroriste créée par certains pays de l'Occident et le rôle de la France n'y est pas des moindres. Qu'at-elle d'islamique? Les barbes? Quelques mots volés au discours des musulmans? Oui et quoi d'autre? Absolument rien! Nul n'ignore pourtant que les religions, toutes les religions, veulent la paix comme affirmé par le pape en Pologne à l'occasion des JMJ ce jeudi 28 juillet 2016 et que ce sont les hommes qui se font la guerre pour des desseins idiots et futiles.
Les Français doivent donc laisser de côté la religion et comprendre enfin, une fois pour toutes, qu'il s'agit de simples délinquants qui, à défaut d'avoir trouvé une raison de vivre dans une France qui les rejette, les humilie et les maintient à l'écart de ses propres préoccupations, essaient de trouver une raison de mourir dans des illusions dangereuses et des crimes odieux. Nadine Morano, pourtant toujours prompte à nous servir de ses bêtises, a cette fois vu juste, senti juste et dit juste lorsqu'elle a écrit «ils cherchent la guerre des religions. Ne tombons pas dans leur piège. Ce ne sont pas des croyants, mais des barbares». Le pape lui-même, à peine arrivé à Cracovie, a vite fait d'attirer l'attention qu'il y a guerre effectivement, mais que cette guerre n'est nullement une guerre de religion, mais celle du capital, des ressources naturelles, et des forts qui veulent dominer les faibles. Un prêtre vient d'être honteusement égorgé dans son église. Un autre crime odieux que tous les humains normaux condamnent sans retenue et il n'est pas difficile de comprendre la colère des Français et des catholiques de manière générale, mais faire porter cet acte horrible aux musulmans et à l'islam c'est insulter l'histoire des hommes car, bien avant ce prêtre, nombreux sont les imams égorgés ou emportés par des bombes ignobles çà et là, par les mêmes mains, alors qu'ils prêchaient la parole de Dieu dans leurs mosquées respectives. On veut, pour seul exemple, l'assassinat de Mohamed Ramadhan El Bouti lors d'une explosion dans une mosquée à Damas alors qu'il faisait le prêche de la prière du vendredi. S'il ne fait pas de doute que l'émotion empêche de raisonner, il n'en demeure pas moins qu'un minimum de raison doit être de rigueur, surtout dans la classe politique.
«Pourquoi?» Quelqu'un s'est demandé pourquoi est-ce qu'un prêtre a été égorgé dans une paroisse. Si, en absolu, cette question vaut d'être posée, dans le contexte actuel, le «pourquoi» est une question déplacée parce que, autrement, il fallait se demander, des années plus tôt, pourquoi des imams on été égorgés dans des mosquées? Pourquoi des fidèles ont sauté, par milliers, lors de prières du vendredi, en Syrie et en Irak et ailleurs alors qu'ils se trouvaient dans la maison de Dieu.
S'émouvoir devant les victimes? Bien sûr, mais sans insulter les milliers de victimes innocentes tombées sous d'autres cieux ainsi que les millions de déplacés sans avoir jamais commis aucun tort autre que celui d'être là où les appétits des puissants ont trouvé quelque os à ronger. S'indigner aujourd'hui que soit profanée la République. Voilà qui choque! Que faisait donc Hollande lorsqu'ont été profanés, à Baghdad, à Damas, à Beyrouth et ailleurs, les lieux de culte avec des bombes et des attentats? Où était-il lorsqu'ont été profanées la vie et les âmes? Où était-il lorsqu'ont été agressées les religions, toutes les religions, par les crimes odieux et ignobles commis çà et là, un peu partout dans le monde? Où était-il lorsque des fous, les mêmes fous, se sont mis à trahir Dieu et à détruire les hommes, un cigare aux lèvres, des euros et des dollars dans la poche et des armes gracieusement fournies par la France et par les Etats-Unis, à la main?
La France est entrée dans une longue guerre car durant une longue période, une quarantaine d'années, elle a ignoré et souvent rejeté une partie de ses citoyens. C'est donc et d'abord contre ses propres démons que la France mène sa guerre.
Des milliers de Français sont partis grossir les rangs du monstre. Est-ce possible que ce fut sans l'accord ou plutôt l'encouragement et la manipulation des services français? Soyons sérieux! Qui peut aujourd'hui empêcher ce genre dattaques où, chaque fois, on invente une nouvelle manière d'assassiner les innocents et de terroriser le monde? De quel effectif les services de sécurité doivent-ils disposer pour limiter les dégâts? La France compte 11.000 personnes fichées «S». Or, pour surveiller un fiché «S» pendant 24 heures, il faut au moins 10 agents. Avec un besoin de 110 000 agents, la France se trouve devant ses incapacités et découvre, impuissante, ses limites et la grandeur de son désarroi.
Toutefois, si une stratégie doit être élaborée pour la «déradicalisation», ce n'est pas celle des jeunes délinquants de banlieues, mais celle d'une classe politique en perte de repères et d'une société en déficit de bon sens parce qu'il faut bien que les Français comprennent définitivement que les musulmans sont la première victime de Daesh et de ses concepteurs.

Références
(1)http://www.lexpress.fr/actualite/societe/le-patron-de-la-dgsi-evoque-un-pays-au-bord-d-une-guerre-civile_1804877.html
(2)(3) http://www.lefigaro.fr/international/2016/07/25/01003-20160725ARTFIG00066-attaquee-quatre-fois-en-une-semaine-l-allemagne-plonge-dans-la-terreur.php
(4)http://www.atlantico.fr/decryptage/patron-dgsi-sommes-au-bord-guerre-civile-au-bord-non-sommes-deja-benoit-rayski-2743189.html#bspfCMH4Eb4205y8.99