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ECONOMIE AFFRANCHIE DES HYDROCARBURES

L'Algérie se cherche toujours

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La baisse du cours des hydrocarbures sera de longue durée...La baisse du cours des hydrocarbures sera de longue durée...

Malgré les importantes potentialités de l'Algérie, la rente des hydrocarbures en anesthésiant tout esprit d'initiative, a largement influencé la nature des régimes et les politiques socio-économiques depuis l'indépendance à nos jours sans avoir réalisé le rêve de Novembre 1954 et notamment de la plate-forme de la Soummam, un Etat qui survit aux aléas de l'Histoire et une économie diversifiée.

L'Algérie se cherche toujours. L'Algérie a besoin d'intermédiations efficaces politiques, économiques, sociales entre l'Etat et la société, évitant la léthargie et la stérilité par la mobilisation de tous ses enfants dans leur diversité, afin de ne pas laisser souvent les forces de sécurité confrontées directement aux tensions sociales. Aussi, sans verser dans des règlements de comptes inutiles, devant mobiliser au lieu de diviser, il serait suicidaire pour le pays autant de banaliser la corruption qui constitue une atteinte à la sécurité nationale que de s'attaquer au Secteur privé productif tant national qu'international, inscrit comme acteur majeur dans la nouvelle Constitution, au nom d'une idéologie dépassée, avec le risque de faire fuir les capitaux. Il s'agira de bien cibler les prédateurs qui ne contribuent nullement à la création de la richesse nationale et ne représentent qu'une minorité de rentiers, rejetés par la majorité des décideurs que de la population algérienne.
Il faut recadrer le débat, et par un langage de vérité, s'attaquer à l'essence et non aux apparences. L'optimisme béat par le passé de certains responsables inconscients de la gravité de la situation socio-économique, rêvant du retour d'un cours à 90-100 dollars, (un ex- ministre en 2015 ayant affirmé à l'APS que même avec un cours de pétrole à 10 dollars, l'Algérie s'en sortirait) qui risque de déstabiliser le pays à terme, nous fait penser aux faux pronostics des anciens dirigeants des années 1986, pensant que des solutions monétaires et des schémas périmés de l'industrie mécanique du passé, oubliant que nous sommes à l'aube de la quatrième révolution économique mondiale, peuvent résoudre les problèmes du fonctionnement de la société.
L'Algérie connaîtra dans les années 2018/2020 de vives tensions budgétaires. Et contrairement aux discours complaisants de certains experts algériens, induisant en erreur les autorités du pays, qui annonçaient un cours de 70-80 dollars pour 2015/2017 et plus entre 2017/2020, et comme je l'ai noté dans plusieurs contributions et notes adressées aux autorités du pays depuis plus de trois années, selon l'AIE le cours du pétrole sera bas en 2017/2020 du fait du déséquilibre offre/demande et des nouvelles mutations énergétiques. Je rappelle que les importations de biens, auxquels il faut ajouter les sorties de devises des services (10-11 milliards dollars/an) et de transferts légaux de capitaux (entre 4/5 milliards de dollars/an) se sont chiffrés à quelque 60 milliards de dollars en 2016, alors que les recettes n'ont pas dépassé les 29 milliards de dollars, bien qu'un important effort a été fait car durant l'année 2013, les sorties de devises ayant été supérieures à 75 milliards de dollars. Pour 2017, au vu du bilan des six premiers mois 2017, les importations de biens s'orientent vers 45/46 milliards de dollars et avec les services et les transferts légaux de capitaux presque le même montant de sorties de devises qu'en 2016, avec des recettes en devises variant entre 32/35 milliards de dollars si le cours en moyenne annuelle varie entre 50/55 dollars.

Des projets qui créent de l'emploi
Il faut revoir certaines lois et améliorer le climat des affaires par une nouvelle gouvernance, par la lutte contre la bureaucratie, la réforme du système financier, le système socio-éducatif et le foncier et assouplir la règle des 49/51% généralisable à tous les segments, où l'Algérie supporte tous les surcoûts, sans compter le risque de corruption de certains prédateurs, posant la problématique de la balance devises et technologique positive. En plus de certains projets fortement capitalistiques, créant peu d'emplois, se pose le problème de leur rentabilité qui est incertaine face à la restructuration industrielle mondiale, notamment celui de l'acier ou du ciment de ces usines de montage de voilures où tous les inputs sont importés, car nous sommes à l'ère de la mondialisation.
La baisse du cours des hydrocarbures sera de longue durée et des stratégies d'adaptation deviennent urgentes, devant éviter l'illusion d'un modèle de consommation linéaire. L'on doit différencier régime et Etat au sens hégélien du terme. Il n'existe pas d'Etat standard, mais que des équipements anthropologiques qui le façonnent largement influencé par la mondialisation avec de nouvelles fonctions. Il devient dès lors urgent d'avoir des stratégies d'adaptation tenant compte de l'innovation destructrice pour reprendre l'expression du grand économiste Joseph Schumpeter dans son ouvrage universel «réformes et démocratie». Comme il est admis qu'aucun segment politique, seul, ne peut résoudre la crise multidimensionnelle. Un consensus minimal associant toutes les forces politiques, économiques et sociales, sans exclusive, mais excluant tout extrémisme, est indispensable ce qui ne saurait signifier unanimisme qui signe la décadence de toute société. Il serait hasardeux pour l'avenir de l'Algérie d'aller vers un monologue, de combler le vide (culture bureaucratique rentière du passé) par certaines organisations incapables de mobiliser la société du fait de leur non-crédibilité. Le pouvoir doit éviter comme par le passé avec la distribution de la rente de continuer à créer administrativement et à instrumentaliser les partis politiques, à des fins étroites de court terme. En effet, il ne trouvera plus, en cas de crise majeure, de relais politiques et sociaux de médiation entre l'Etat et la société, le risque étant la confrontation directe des citoyens désorganisés avec les forces de sécurité. L'objectif stratégique est de redonner confiance, brisée entre l'Etat et les citoyens au moyen d'un dialogue fécond et productif afin de favoriser une mutation systémique fondée sur le développement de plus d'espaces de liberté. Pour dépasser cette situation anomique, toute action implique une vision stratégique d'adaptation à ce monde du XXIème siècle interdépendant turbulent et instable. Il existe un théorème en sciences politiques: 80% d'actions mal ciblées et désordonnées que l'on voile par de l'activisme, ont un impact de 20% sur les objectifs et 20% d'actions bien ciblées ont un impact sur 80%. L'Algérie a besoin d'une vision stratégique collant avec la transformation du nouveau monde, évitant l'illusion du juridisme. L'on peut avoir les meilleures lois du monde, mais rarement appliquées. L'action concrète implique de cerner les causes fondamentales du blocage qui sont d'ordre systémique, reflétées par le divorce de l'importance de la dépense publique, plus de 800 milliards de dollars entre 2000/2015 (équipement et fonctionnement) et les impacts économiques et sociaux, avec un taux de croissance moyen de 3%, alors qu'il aurait dû dépasser 10/15%. Les données officielles de la Banque mondiale comme celles de la Banque d'Algérie permettent d'indiquer que pour la période 2000-2017, environ 97/98% des exportations sont le fait des hydrocarbures.
L'enjeu majeur pour l'Algérie et sa survie implique donc de mettre en place des instruments opérationnels capables, d'identification, d'anticiper les modifications de comportement des acteurs économiques, politiques, sociaux et militaires, au moment où notre région connaît et devrait connaître entre 2017/2020/2030 d'importants bouleversements géostratégiques, notamment au niveau du Bassin euro-méditerranéen et africain.Tout projet est forcément porté par des forces politiques, sociales et économiques sinon tout modèle économique est voué à l'échec. Dans ce cadre, il s'agira par la voie du dialogue, loin des mesures autoritaires, d'entrevoir la restructuration tant du système partisan que de la société civile avec ces milliers d'associations vivant en majorité de la rente des hydrocarbure étant incapables avec les micro-partis de mobiliser la société¸ nécessitant des réseaux intermédiaires évitant la confrontation forces de sécurité-citoyens. Dans le même ordre d'idées, il devient urgent d'avoir deux à trois grandes organisations économiques au maximum en unifiant le patronat privé afin qu'il devienne une force économique crédible, évitant son instrumentalisation par le politique, (contre l'octroi de marchés publics, en fait la distribution de la rente), assistant à une multitude d'organisations avec des conflits de leadership, cause de la division. Il s'agit d'intégrer également, d'une manière intelligente, la sphère informelle dominante recelant bon nombre d'entrepreneurs dynamiques. Tout pouvoir a besoin d'une opposition forte organisée avec des propositions productives pour se corriger, devant l'associer dans les grandes décisions qui engagent l'avenir du pays, le monologue étant suicidaire. Par ailleurs, nous devons savoir nous respecter par la tolérance des idées d'autrui et savoir se regrouper sur un même objectif, à savoir le développement économique et social tenant compte de la dure réalité mondiale où toute Nation qui n'avance pas recule forcément.

L'impératif stratégique
Une loi n'est qu'une loi fusset-elle la Constitution, devant être sous tendue par une nette volonté politique de changement. Il s'agira à l'avenir de consolider le front intérieur: le pouvoir a besoin de dialoguer sérieusement, et l'opposition a besoin d'être réorganisée autour de grands pôles, de programmes précis; ils doivent travailler ensemble pour les intérêts supérieurs du pays tout en gardant leurs différentes sensibilité. Facteur essentiel du développement économique et social, il s'agira ensemble de favoriser le développement des LIBERTES, politiques, économiques, sociales et culturelles (dont la liberté des médias), l'implication de la jeunesse et la promotion réelle de la femme à la gestion de la cité.
La corruption qui est une atteinte à la Sécurité nationale implique pour son atténuation une totale transparence de l'utilisation des deniers publics, l'unification des institutions de contrôle indépendants de l'Exécutif, et donner de larges prérogatives à la Cour des comptes, parallèlement au contrôle parlementaire à la société civile. Mais l'on devra différencier l'acte de gestion, de la corruption afin d'éviter de paralyser l'initiative des managers.
Autres mesures: favoriser le développement local par la régionalisation économique autour de grands pôles régionaux à ne pas confondre avec régionalisme qui impliquera d'importantes réformes institutionnelles (ministères, secteur économique public - wilayas- APC), la réforme de l'entreprise publique, qui doit se conformer aux normes de rentabilité et promouvoir le véritable secteur privé créateur de richesses et non des prédateurs au coeur du développement. Le système d'information s'étant effrité, il s'agit de créer un organe indépendant de l'Exécutif chargé de la collecte d'informations et de la planification stratégique. L'impératif stratégique sera entre 2017-2030 la mise en place d'une transition énergétique après avis du Conseil de sécurité, pilotée par le Conseil national de l'énergie et s'engager dans un large débat national concernant le futur énergétique qui implique la sécurité nationale. Face aux enjeux géostratégiques, l'Algérie recèle d'importantes potentialités de sortie de crise contrairement aux discours de sinistrose posant la problématique des réformes indispensables pour éviter un retour au FMI horizon 2019-2020. La nouvelle vision stratégique pour éviter le retour au FMI sera de privilégier l'économie de la connaissance et une autre gouvernance loin des intérêts personnels et partisans étroits... Il semble bien qu'existe une unanimité de la majorité silencieuse de la population algérienne consciente du devenir de l'Algérie, qu'il y a urgence d'actions concrètes loin des discours et des querelles d'une autre époque entre le pouvoir et l'opposition, des débats stériles portant sur le partage de la rente. L'objectif stratégique doit concilier la modernité et notre authenticité, l'efficacité économique et une profonde justice sociale si l'on veut à terme éviter la marginalisation de l'Algérie au sein de la société mondiale avec d'importances incidences géostratégiques.. Pouvoir et opposition doivent s'entendre pour un renouveau national de l'Algérie. L'Algérie sera ce que les Algériens voudront qu'elle soit. Le mal est en nous et la guérison dépend avant tout des Algériennes et Algériens, impliquant un large Front national sans exclusive, tolérant nos divergences d'idées, source d'enrichissement mutuel.

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