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FINANCEMENT NON CONVENTIONNEL, MODIFICATION DE LA LOI SUR LA MONNAIE ET LE CRÉDIT

Le doute des experts

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Modifier le régime de croissance pour atteindre une croissance durable hors hydrocarburesModifier le régime de croissance pour atteindre une croissance durable hors hydrocarbures

le Venezuela est un pays riche, mais avec une population de plus en plus pauvre, le pays étant en 2017 au bord de la faillite.

Excessivement dépendante des fluctuations du prix du pétrole, l'économie vénézuélienne a été très touchée par la crise économique mondiale, et subit maintenant de plein fouet la baisse des cours pétroliers. C'est le paradoxe d'une économie rentière n'ayant pas profité de cette manne financière pour asseoir une économie productive concurrentielle, le Venezuela est un pays riche mais avec une population de plus en plus pauvre, le pays étant en 2017 au bord de la faillite. L'Algérie, pour ne pas renouveler cette expérience malheureuse, doit éviter des discours euphoriques et méditer la leçon vénézuélienne.

Quelques indicateurs socio-économiques du Venezuela
D'une superficie de 912 050 km² avec comme capitale Caracas et des principales villes, Maracaibo, Valencia, Barquisimeto, Maracay, Merida, Ciudad Bolivar avec environ 40 langues autochtones (wayuu, piaroa, pemón, guahibo, etc.), le Venezuela fait partie de l'OMC, de la Banque mondiale, de la Cepalc (Commission économique pour l'Amérique latine) de l'Aladi (Association latino-américaine d'intégration et de la Mcca (Marché commun d'Amérique centrale). Il est partenaire du Mercosur, s'étant retiré de la Communauté andine, qui regroupe plusieurs pays du cône sud, en 2006. Le Venezuela a une population de 31 518 000 habitants en 2016 dont 93, 4% urbaine et 6,6% rurale avec une densité de 28,5 habitants par km2, une espérance de vie de plus de 72 ans, et un taux d'alphabétisation de 95,5%. Pour l'indice de développement humain le pays a eu une note en 2015 de 0,762 et a été classé 71ème sur 187 pays. Avec la crise pétrolière le produit intérieur brut PIB, en milliards de dollars courants US (courants) a été de 298,38 en 2012, 218,43 en 2013, 206,25 en 2014, 131,86 en 2015 et les prévisions donnent 133,53 milliards de dollars en 2016 avec une décroissance en volume du PIB, de 3,9% en 2014 et de 8% en 2015. Les principaux secteurs d'activités dans le PIB. Secteur agricole: 3,8%; secteur industriel: 45,8% avec dominance des hydrocarbures (96% des exportations en devises) et le secteur des services: 50,4%. Les exportations de produits non pétroliers ne sont que marginales (4 à 5% du total) et sont en diminution constante en valeur et en volume en raison des difficultés croissantes rencontrées par l'appareil productif national. Elles sont dominées par les produits chimiques et minéraux (60% du total en 2014). Le taux de chômage officiel a évolué ainsi selon le Wordl Economic Outlook Database: 7,8% en 2012, 7,5% en 2013, 8,8% en 2014, 14,0% en 2015 et les prévisions 2016 donnent 18,1%, mais en réalité beaucoup plus avec une dominance des emplois-rentes.
Malgré la crise financière aiguë, le Venezuela a payé scrupuleusement les échéances de sa dette externe des quatre premiers mois de 2016 (environ 3,5 Mds USD) et continue d'affirmer qu'il ne fera pas défaut. Le modèle économique vénézuélien, basé sur une redistribution de la rente pétrolière, repose sur deux postulats: la consommation interne et une forte dépense publique. La croissance, nourrie par les cours élevés du pétrole, a été, jusqu'en 2012, l'une des meilleures croissances d'Amérique latine, mais une croissance artificielle dopée par la dépense publique. Depuis cette date, l'aggravation des déséquilibres macroéconomiques et la chute des cours du pétrole (les exportations pétrolières représentent plus de 96% des ressources en devises du pays et plus de 60% de la fiscalité) ont totalement inversé cette tendance. Pourtant, le Venezuela dispose de vastes ressources hydrauliques, ainsi que d'un potentiel agricole important. Les principales productions agricoles du pays sont le maïs, le soja, la canne à sucre, le riz, le coton, les bananes, les légumes, le café, la viande de boeuf et de porc, le lait, les oeufs et le poisson. Comme mis en relief précédemment, doté de la première réserve mondiale de pétrole (299,95 Mds de barils en 2015), avant l'Arabie saoudite, malgré un pétrole lourd, de la quatrième réserve mondiale de gaz naturel, le Venezuela est la 5ème puissance économique d'Amérique latine derrière le Brésil, le Mexique, l'Argentine et la Colombie. Membre fondateur de l'Opep, il est le douzième producteur mondial de pétrole et le dixième exportateur de brut. Mais des réserves de change tendant vers zéro, un endettement de plus en plus lourd, réduisent les marges de manoeuvre du gouvernement et rendent la menace d'un défaut de paiement de la dette externe vénézuélienne probable en cas d'un cours inférieur à 70 dollars. Le Venezuela a évité de justesse le défaut en 2015 grâce aux prêts accordés par la Chine et a réussi à honorer l'échéance de février 2016 (1,5 milliard USD), mais les deux échéances les plus importantes sont à venir (autour de 4,8 milliards USD), prévues en octobre et novembre 2016. Malgré les augmentations de salaire, le pouvoir d'achat est en baisse, la pauvreté augmente et le système de santé se dégrade. Le taux de chômage explose. Le pays fait également face à une montée de l'insécurité, avec le taux d'homicide le plus élevé du continent latino-américain.

Fondement du financement non conventionnel
Le financement non conventionnel a été retenu en Conseil des ministres du 14 juin 2017, qui constitue une application de la théorie keynésienne à une économie de marché concurrentielle structurée, par l'injection monétaire, disposant de facteurs de production oisifs (équipement-main d'oeuvre qualifiée) et en sous-emploi alors que l'Algérie souffre de rigidités structurelles avec un dépérissement du tissu productif et une dépendance vis-à-vis du cours volatil des hydrocarbures, d'où le risque avec la planche à billets, d'un processus inflationniste.
Le Conseil des ministres a retenu ce mode de financement, étant utile de préciser sa nature. Le financement non conventionnel qui est une recette néo-keynésienne anticipant sur l'accroissement de la demande à terme (investissement et consommation) mais car en cas de rigidités structurelles et de non-dynamisation du tissu productif, il accélère le processus inflationniste. Le financement non-conventionnel a été utilisé mais dans une économie de marché structurée ayant un potentiel de création de valeur ajoutée envisageable dans le cas d'entreprises en croissance ou d'entreprises en restructuration, utilisé lorsque le financement traditionnel ne permet pas à l'entreprise de pleinement se développer, ou lorsque le financement n'est simplement pas disponible.

Risque inflationniste à la vénézuélienne
En fait, lorsqu'une entreprise a des actifs et/ou génère un flux monétaire (cash-flow), des options de financement non-conventionnel s'ouvrent à elle, en complément au financement traditionnel. Les banques centrales occidentales ont utilisé ces mesures non conventionnelles qui peuvent prendre la forme de mesures d'assouplissement de certaines normes de la politique monétaire conventionnelle ou d'injections massives de liquidités dans le système financier dans des circonstances qui les justifient, notamment lors d' apparition d'un risque de déflation, un krach boursier ou obligataire, faillite d'un établissement de crédit de taille importante et crise de confiance du secteur financier. Ainsi, la Banque d'Angleterre a ainsi lancé en juillet 2012 le Funding for Lending Scheme (FLS) afin d'encourager les banques et les sociétés d'épargne logement à prêter davantage aux ménages et aux sociétés privées non financières britanniques. Ce dispositif a permis aux établissements de crédit de refinancer des prêts à long terme en apportant en contrepartie une gamme élargie de collatéraux. Ce programme a également inspiré l'opération de refinancement à long terme ciblé (Tltro) de la BCE. Plus précisément, les mesures non-conventionnelles sont des mesures de politique monétaire temporaires dont l'objectif est le rétablissement des canaux de transmission de la politique monétaire et in fine un soutien au crédit bancaire et à la liquidité sur le marché monétaire. Les mesures non-conventionnelles se regroupent en trois catégories. -Premièrement, les mesures d'assouplissement quantitatif (ou quantitative easing, QE) sont des mesures par laquelle la banque centrale propose une quantité illimitée de monnaie aux banques commerciales. La saturation de la demande de monnaie de celles-ci doit conduire à ce qu'elles dépensent les encaisses excédentaires, c'est-à-dire qu'elles octroient à nouveau des prêts bancaires aux ménages et aux entreprises. Enfin, des mesures d'assouplissement du crédit (ou credit easing). Celles-ci tendent de contourner le blocage du canal du crédit provoqué soit par le phénomène de «trappe à liquidité», soit de tensions sur certains segments-clefs des marchés financiers.
D'une manière générale, la dépense publique a ses propres limites comme le montre la crise mondiale récente, et le problème fondamental stratégique qui se pose à l'Algérie réside en l'urgence d'une bonne gouvernance renouvelée se fondant sur un Etat de droit et la démocratisation des décisions, l'épanouissement de l'entreprise concurrentielle nationale ou internationale et son fondement la valorisation du savoir, richesse bien plus importante que toutes les ressources d'hydrocarbures. Comment ne pas rappeler que lors de la Conférence nationale sur le développement économique et sociale le 4 novembre 2014 en présence du Premier ministre de l'époque et des membres du gouvernement, reproduite octobre-novembre 2014 dans la presse nationale et internationale (www.google.com), j'avais proposé d'approfondir les réformes structurelles et mettre en place un large front social face à la chute du cours des hydrocarbures sous le titre «le Pr Mebtoul préconise la création d'un comité indépendant de sauvegarde contre les effets de la crise». Avons-nous été écoutés depuis? Je ne puis oublier ce jour où la majorité des ministres - pas tous - et des experts, affirmant que le cours allait remonter, rejetant cette proposition et que le Pr Mebtoul était un oiseau de mauvais augure - Même les experts du Conseil économique et social ont induit en erreur les autorités du pays par des rapports de complaisance entre 2013-2014. La dépense monétaire encourageant les infrastructures qui ne sont qu'un moyen a un impact limité pour un développement durable. Aussi, attention pour l'Algérie à une application irréfléchie du financement non conventionnel en donnant la préférence à la planche à billets qui entraînerait l'Algérie dans un processus inflationniste incontrôlé à l'image de l'expérience vénézuélienne au bord de la faillite et ce bien que ce pays possède la plus grande réserve mondiale de pétrole. Il y a urgence de poser les véritables problèmes, à savoir l'approfondissement de la réforme globale pour un véritable développement hors hydrocarbures du passage d'une économie de rente à une économie hors hydrocarbures. Et seules des réformes internes permettront de modifier le régime de croissance pour atteindre une croissance durable hors hydrocarbures condition de la création d'emplois à valeur ajoutée, mettant fin progressivement à cette croissance volatile et soumise aux chocs externes, les dépenses monétaires sans se préoccuper des impacts et l'importance des réserves de changes, n'étant pas synonyme de développement car fonction du cours des hydrocarbures.

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