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FACE À LA CRISE QUE TRAVERSE LE ZIMBABWE

Les quatre scénarios envisageables

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«Lorsque les Blancs sont venus en Afrique, nous avions les terres et ils avaient la Bible. Ils nous ont appris à prier les yeux fermés. Lorsque nous les avions ouverts, les Blancs avaient les terres et nous la Bible». Jomo Kenyatta, président du Kenya.

Le Zimbabwe, capitale Harare, est un pays de l'Afrique australe, sur 390.000 km, une population (70% rurale), avoisinant les 12 millions, composée de deux ethnies, les Shonas (71%) et les Ndébélés (16%). Le Zimbabwe est enclavé entre la Zambie, le Botswana, l'Afrique du Sud et le Mozambique. L'anglais est langue officielle et le shona. La monnaie est le dollar zimbabwe. L'espace religieux est partagé entre le christianisme (43%) et les religions traditionnelles (41%). Le régime est parlementaire. 200.000 blancs cultivent 10 millions d'hectares de bonnes terres et exportent, tabac, coton, maïs et sucre. 2,5 millions de fermiers noirs sont installés sur les mauvaises terres étalées sur 20 millions d'hectares.
Quelques fragments de l'histoire
Vers 1923, le Zimbabwe devient une colonie britannique sous le nom de la Rhodésie du Sud et la Zambie, voisine, la Rhodésie du Nord. Les Noirs sont parqués dans des zones pauvres et toutes les villes sont du côté des Blancs. En 1953, la Grande-Bretagne réunit les deux Rhodésie, le Nyassaland, (le Malawi actuel), les trois pays dans une fédération. En 1964, le Malawi et la Zambie deviennent indépendants. En 1965, le Premier ministre Ian Smith proclame unilatéralement l'indépendance de la Rhodésie du Sud. La Grande-Bretagne rejette la République proclamée. En 1970, la rébellion s'organise. En 1980, le leader Robert Mugabe remporte les élections et proclame l'indépendance. Il entreprend une réforme agraire. Il chasse les Blancs de leurs terres.
Mugabe est né le 21 février 1924 à Kurama. Âgé de 93 ans, il est président depuis le 31 décembre 1987. Il est le plus vieux chef d'Etat de la planète. Le Zimbabwe n'a connu qu'un seul dirigeant depuis l'indépendance.
Depuis le 15 novembre 2017, l'armée prend le contrôle de la capitale. Une confusion règne à Harare. Le président est placé en résidence surveillée. Probablement, la succession du vieillard est à l'origine d'une lutte intestine. Le limogeage du vice-président, une semaine auparavant, peut expliquer la brusque détérioration du climat politique. Par la voix d'un général à la suite d'une allocution diffusée par la télévision nationale, l'armée déclare avoir comme seul but d'éliminer «les criminels de l'entourage présidentiel» et n'a nullement l'intention de renverser le gouvernement, ni de prendre le pouvoir. La situation dans la capitale reste cependant calme. Des blindés ont pris position dans des points stratégiques, notamment les voies menant aux principaux bâtiments gouvernementaux. Les accès aux sièges du Parlement et du Parti au pouvoir et le bureau présidentiel sont bloqués par les militaires. Des personnalités du régime auraient été arrêtées. L'Union africaine, par la voix de son président, le Guinéen Alpha Condé, dénonce ce qui est à ses yeux, «un coup d'Etat militaire». Le président sud-africain, Jacob Zuma, s'est rallié à l'Union africaine pour exiger le retour à l'ordre constitutionnel. Ce dernier a fait remarquer s'être entretenu par téléphone avec Mugabe et a dépêché deux émissaires spéciaux à Harare pour s'entretenir avec Mugabe et les responsables militaires.
L'élément déclencheur, le samedi 4 novembre, Mugabe déclare son intention de désigner une femme à la vice- présidence. Cette nomination implique la modification de la Constitution. Dirigeante de la branche féminine du parti, épouse de Mugabe depuis 1996, le dimanche 5 novembre, Grace 52 ans déclare aspirer à succéder à son mari malgré de nombreuses oppositions au sein du parti et du gouvernement alors que Mugabe a déclaré être candidat à sa propre succession lors de l'élection présidentielle de 2018. La dernière semaine qui suit la déclaration, avec le concours de Génération 40, la faction de Grace, dans une offensive interne, le vice-président, (alias le Crocodile), Emmerson Mnangagwa, considéré comme le dauphin, ancien patron des Services de renseignements, est limogé après avoir été démis de ses fonctions de ministre de la Justice.
Le lundi 13 novembre, ce limogeage est dénoncé par le chef de l'armée et qualifié d'humiliant tout en mettant en garde Mugabe. Pour la première fois, l'armée fait un geste de défiance à l'égard du président depuis l'indépendance en 1980. En outre, les vétérans de la lutte de Libération nationale sont la frange la plus inquiète de l'ascension de Grace car ils savent qu'avec elle, la lutte de libération fera partie du passé. Le parti au pouvoir est divisé sur la personnalité de succession.
Le président lui-même ne s'est jamais prononcé sur la question. Les cinq acteurs principaux, Mugabe, son épouse Grace, l'Armée qui semble se pencher vers le «Crocodile», Mnangagwa, le vice-président et l'opposition incarnée par le Mouvement pour le changement démocratique dirigé par Morgan Tsvangirai, principale force, n'arrivent pas à dialoguer en vue de trouver pacifiquement une solution et éviter au pays de sombrer dans une déstabilisation, une inconnue. Jusqu'à présent, Mugabe a toujours su arbitrer entre les différents antagonistes en les dressant les uns contre les autres. Le débordement est issu d'une part, du limogeage inattendu de Mnangagwa, le vice-président et d'autre part, de l'entrée en scène de l'armée qui s'insurge contre la purge des membres du parti au pouvoir issus de la guerre d'indépendance, entendre par là une opposition claire et nette à l'égard de l'épouse Grace dont l'ambition démesurée de succéder à son mari à la présidence de la République n'est un secret pour personne. Par la voix de ses dirigeants, l'armée précise que s'agissant de la protection de la Révolution, l'armée n'hésitera pas à intervenir, une menace clairement affichée à l'endroit de l'ambitieuse, Grace, épouse du président. Cette position, nette et tranchante de l'armée par son opération nocturne dans la capitale, est de traduire son soutien à Mnangagwa, le vice-président, tout en assurant que Mugabe et sa famille sont intouchables et en sécurité.
Ce qui semble déboucher sur une impasse politique en l'absence d'un dialogue constructif en privilégiant la stabilité et les intérêts supérieurs de l'Etat, c'est une situation logique d'affrontements entre factions rivales, surtout qu'elles s'ignorent respectivement. Pour ce qui est de la haute caste militaire dont le chef d'état-major, Constantino Chiwenga, elle a l'avantage de s'être clairement définie en s'affichant nettement à l'encontre de Grace, l'ambitieuse épouse, en vue de bloquer son ascension irréversible. L'armée a toujours été fidèle à Mugabe. Déjà en 2008, lors de l'élection présidentielle, le chef d'état-major, Constantino Chiwenga a appuyé Mugabe face à Morgan Tsvangirai au motif que ce dernier n'a pas participé à la guerre de libération et donc, il ne jouit pas de la légitimité historique. Jusqu'à présent et depuis l'indépendance, l'armée a toujours assuré Mugabe de sa fidélité parce que faut-il le souligner, les promotions militaires étaient liées à la loyauté politique qu'à la compétence. Enfin, faut-il également le répéter, celui qui peut incarner le mieux les intérêts de faction aux yeux du chef d'état-major, Constantino Chiwenga, c'est bien Mnangagwa, le vice-président. Quant à Grace, elle s'appuie essentiellement sur les jeunes éléments familiaux, politiques ou membres du parti qui n'ont pas participé à la guerre de Libération nationale. Les politologues avertis avancent que Mnangagwa, le vice-président, ne serait pas étranger à l'intervention militaire et le chef d'état-major, Constantino Chiwenga, (soutien qui lui permet de pouvoir convoiter par la suite, le poste sensible de ministre de la Défense), n'aurait jamais pris l'initiative de l'option militaire sans s'être concerté avec Mnangagwa, le vice- président. La normalisation de la situation au Zimbabwe reste largement dépendante de ces deux hommes. Ce qui pourrait pourrir la situation ou compliquer une solution, c'est l'intervention du chef de l'Etat, tout en se déclarant se retirer de la course à la présidence, mais prend position avec un clan.

Quatre scénarios envisageables
Le premier, Mugabe soutient Mnangagwa, le vice-président, le chef d'état-major, Constantino Chiwenga appuiera la décision qui incarne le respect constitutionnel du système politique mis en place tout en garantissant probablement l'immunité dans un premier stade à la famille Mugabe, mais c'est peu probable.
Le second, si le soutien va à l'avantage de l'épouse du chef de l'Etat, le chef d'état- major, Constantino Chiwenga pourrait prendre la tête d'une junte militaire en se substituant au pouvoir civil mais pour un laps de temps, à très court terme, en organisant une élection présidentielle anticipée pour ne pas subir la colère de la communauté internationale particulièrement de la part de son puissant voisin, l'Afrique du Sud et l'Union africaine qui refuse de cautionner l'arrivée des militaires au pouvoir dans les pays africains. Enfin, Mnangagwa, le vice- président jouit du soutien des vétérans de la guerre d''indépendance qui ont lâché Mugabe à la suite de l'éviction du président de l'association des vétérans de la guerre d'indépendance, dans une déclaration faite à partir de l'Afrique du Sud par Margaret Dongo, à l'origine de la création de l'association. Ce scénario est dangereux pour la stabilité du pays.
Le troisième, c'est de ménager Mugabe qui restera à son poste jusqu'au congrès du parti prévu en décembre ou jusqu'à l'élection présidentielle de 2018, solution qui plaira au puissant voisin, l'Afrique du Sud. D'ici là, des négociations seront entamées le temps de trouver une solution.
Le quatrième: les médiations actuelles si elles aboutissent à convaincre Mugabe de démissionner, un gouvernement de transition pourrait être mis en place avec. Mnangagwa, le vice-président qu'il présidera en s'associant avec l'opposant Morgan Tsvangirai qui vient de regagner le pays.

Moment idéal
Emmerson Mnangagwa semble être la seule personnalité à garantir les intérêts essentiels de l'élite au pouvoir et à même de pouvoir assurer la stabilité du pays en
-1) lâchant du lest à l'égard de l'opposition,
-2) étant respectueux des droits de l'homme et,
-3) en permettant aux bailleurs de fonds internationaux d'investir pour soutenir une conjoncture économique en crise latente.
Ce programme en trois points essentiels est capable d'éviter une descente aux enfers par une confrontation sanglante entre les antagonistes. En tout cas, quelle que soit l'issue, c'est un moment idéal pour crever l'abcès de la succession et de permettre une fin douce de règne de Mugabe après trois décennies à la tête du Zimbabwe. A 93 ans, avec plusieurs ennuis de santé, il est temps pour Mugabe de songer à quitter avec honneur et dignité et laisser intacte son image de grand leader africain et d'un grand combattant pour la liberté. La nationalisation des fermes des blancs, la déchéance de la nationalité prononcée à leur égard et leur expulsion du pays, cette page douloureuse pour les colons n'est pas prête d'être oubliée. Il est le seul et unique leader africain à avoir inversé la citation de Jomo Kenyatta, président du Kenya, ci-dessus citée. (Références: les articles du journal Le Monde sur le Zimbabwe et le dictionnaire Hachette).

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