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L'OPEP N'EST PLUS MAÎTRESSE DE L'ÉQUATION PÉTROLIÈRE

Les pays exportateurs ont perdu 1000 milliards de dollars

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Timide relance du barilTimide relance du baril

A un cours de 55 dollars la réduction occasionne une perte de 3780 millions de barils/an et environ 219 milliards de dollars pour les pays de l'Opep.

La cotation du Brent avant la réunion de Vienne prévue pour aujourd'hui est, dans la matinée, à 62,91 dollars et 57,92 dollars pour le WIT et pour le gaz naturel de 2,93 dollars le Mbtu en net recul alors qu'il représente un tiers des recettes de Sonatrach. Evitons l'euphorie, comme je viens de le démontrer dans une contribution internationale (1), la cotation à plus de 60 dollars pour le pétrole, s'explique par le fait que le monde entre dans l'hiver, les tensions en Irak, la baisse relative du cours du dollar par rapport à l'euro, une timide relance de la croissance de l'économie mondiale, les tensions en Irak où la zone kurde produit environ 500.000 barils jour, les tensions politiques internes en Arabie saoudite, la déclaration du président américain vis-à-vis de l'Accord avec l'Iran, des tensions géopolitiques Iran-Arabie saoudite, des déclarations rassurantes du respect de l'accord de Vienne par deux grands producteurs, la Russie et l'Arabie saoudite, et enfin un fait oublié, la cession de 5% du géant pétrolier l'Aramco courant 2018 par l'Arabie saoudite espérant faire grimper l'action.

Les déterminants du cours du pétrole
Je recense huit facteurs déterminants du cours du pétrole devant se méfier des conjonctures et fait toujours raisonner à moyen et long terme afin d'éviter des surprises surtout pour des pays rentiers.
Premièrement, l'élément central de la détermination du prix du pétrole est la croissance de l'économie mondiale et notamment de la Chine et particulièrement sa structure énergétique 2020-2030 et les facteurs géostratégiques.
Deuxièmement, du côté de l'offre, nous assistons à une hausse plus rapide que prévue de la production de pétrole (non conventionnel) des USA qui bouleverse toute la carte énergique mondiale. Durant le premier semestre 2017 la production de brut a nettement augmenté de 79.000 barils par jour, et dépasserait globalement 9,5 millions de barils par jour.
Troisièmement, les rivalités au niveau de l'Opep dont certains ne respectent pas les quotas. L'Arabie saoudite est le seul pays producteur au monde actuellement qui est en mesure de peser sur l'offre mondiale, et donc sur les prix, tout dépendant d'une entente entre les USA, (ces derniers n'étant pas concernés par les accords Opep-non-Opep), et l'Arabie saoudite pour déterminer le prix plancher. Quatrièmement, tout concourt ainsi à un soutien mesuré de la Russie à un accord de régulation des prix. Récemment, la Russie a accru sa production, et ouvert de nouveaux gisements en Sibérie ou dans l'Arctique, témoignant d'une stratégie agressive. L'Algérie doit être attentive à la stratégie gazière mondiale. En effet, les recettes de Sonatrach sont représentées pour un tiers du gaz naturel et du GNL.
Cinquièmement, du retour sur le marché de la Libye pouvant aller facilement vers 2 millions de barils/jour, de l'Irak avec 3,7 millions de barils jour (réservoir mondial à un coût de production inférieur à 20% par rapport à ses concurrents) pouvant aller vers plus de 6/7 millions/jour. Et surtout l'Iran après les accords sur le nucléaire ayant des réserves de 160 milliards de barils de pétrole lui permettant facilement d'exporter entre 5/6 millions de barils jour et le deuxième réservoir de gaz traditionnel avec plus de 34.000 milliards de mètres cubes gazeux.
Sixièmement, les nouvelles découvertes dans le monde, notamment en offshore surtout en Méditerranée orientale (20.000 milliards de mètres cubes gazeux expliquant en partie les tensions au niveau de cette région) et en Afrique dont le Mozambique qui pourrait être le troisième réservoir d'or noir en Afrique et les nouvelles technologies permettent l'exploitation et la réduction des coûts des gisements marginaux de gaz et pétrole de schiste.
Septièmement, les USA/Europe qui représentent actuellement plus de 40% du PIB mondial pour une population inférieure à un milliard d'habitants poussent à l'efficacité énergétique avec une prévision de réduction de 30% et l'urgence d'aller vers la transition énergétique afin de luter contre le réchauffement climatique car si les Chinois, les Indiens et les Africains avaient le même modèle de consommation énergétique que les USA et l'Europe il faudrait cinq fois la planète actuelle. La Chine, selon l'agence Reuters de septembre 2017, vient de faire savoir qu'elle réduira de 50% son parc de voitures fonctionnant au gasoil et à l'essence horizon 2020. La stratégie mondiale devrait reposer sur des efforts de limitation du recours aux énergies fossiles, charbon et pétrole horizon en tête, le monde s'orientant vers un Mix énergétique, l'énergie de l'avenir horizon 2030-2040 étant l'hydrogène où la recherche développement connaît un réel essor. Huitièmement, l'évolution des cotations du dollar et l'euro, toute hausse du dollar, bien que n'existant pas de corrélation linéaire, pouvant entraîner une baisse du prix du baril, ainsi que les stocks américains et souvent oubliés les stocks chinois.

L'Opep face aux accords de Vienne
L'Arabe saoudite représente plus de 33% de la part de la production de l'Opep. Les pays du Golfe représentent à eux seuls 60% de cette production. Pour les pays hors Opep, le producteur traditionnel le plus important reste la Russie. L'engagement correspondant à l'effort envisagé lors de la réunion d'Alger de septembre 2016 a permis la remontée des cours du pétrole entre une fourchette fluctuant entre 55/60 dollars le baril. Suite aux travaux du comité de haut niveau, qui a permis d'aplanir les tensions, notamment entre l'Arabie saoudite et l'Iran, la dernière réunion à Vienne de décembre 2016, a permis aux pays membres de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole et certains pays non-Opep de parvenir à un accord de réduction et ce pour la première fois depuis 2008, et qui devrait réduire l'offre de pétrole de 1,8 millions de barils/jour. L'accord des pays non-Opep s'applique, comme celui de l'Opep, à partir du 1er janvier 2017 pour 6 mois, avec des prolongations possibles à chaque fois de 6 mois supplémentaires selon l'état du marché. Les limites de production prévues par l'accord touchent 11 des 14 pays membres de l'Opep. L'essentiel de l'accord du 30 novembre est porté par les plus gros producteurs du cartel: Arabie saoudite, l'Irak, Émirats arabes unis, Koweït, tandis qu'Iran, Nigeria et Libye en ont été exemptés. Le Nigeria avait annoncé fin février 2017 un accroissement de sa production de plus de 300 000 barils jour entre 2017-2018 sans compter le retour de la Libye qui peut exporter entre 1,5 et 2 millions de barils jour. Or, à la dernière réunion de l'Opep la Russie qui produit plus de 10 millions barils/jour a demandé que ces pays participent à l'effort de réduction pour stabiliser le marché. Rappelons que l'Iran a bénéficié de la référence la plus favorable avec un volume de 3,97 Mb/j retenu (contre un niveau de 3,69 Mb/j), bien que l'Iran souhaite que sa production remonte à 4,2 Mb/j. L'Iran et l'Irak pourraient être tentés de dépasser leurs quotas s'ils disposent d'excédents. L'Arabie saoudite premier exportateur mondial de pétrole, a accepté de ramener sa production à 10,06 millions de barils par jour (bpj) et donc de réduire sa production de 500.000 barils. Les pays non-OPEP ont convenu d'une réduction de 558.000 barils/j qui s'ajoute à la réduction de 1,2 million de bpj des pays Opep soit près de 1,8 million de b/j. Pour les non-Opep, la Russie est le plus important de ces contributeurs avec une réduction de 300.000 bpj. Les autres pays devant participer à l'effort seront le Mexique, le Kazakhstan, la Malaisie, Oman, l'Azerbaïdjan, Bahreïn, la Guinée équatoriale, le Soudan du Sud, le Soudan et Bruneï.

Quelles perspectives?
Selon l'Opep la différence entre 102 dollars et 45 dollars depuis juin 2014 a occasionné une perte de 1000 milliards de dollars en termes de revenus et 1000 milliards de dollars en termes de pertes d'investissement. A un cours de 55 dollars la réduction occasionne une perte de 3780 millions de barils/an et environ 219 milliards de dollars pour les pays de l'Opep. Une étude de l'Opep montre en moyenne que la rentabilité pour bon nombre de pays Opep pour équilibrer leur budget, le prix qui couvre les frais et une marge de profit raisonnable, doit se situer à 60 dollars. Pour l'Algérie la rentabilité des gisements marginaux se situe à un prix supérieur à 60 dollars, les gisements moyens entre 40/50 dollars et les grands gisements entre 30/40 dollars le baril. Mais bon nombre d'experts s'interrogent sur la tentation pour les producteurs de «maquiller» des déclins naturels, liés à l'épuisement de certains gisements et déjà intégrés aux prévisions, afin de les faire passer pour des réductions volontaires. L'Opep bien que représentant les plus grandes réserves mondiales, n'a plus le même impact sur le marché que dans les années 70. Avant de décider d'une réduction de la production de 1,2 million barils/ jour, celle-ci représentait seulement 33% de la production mondiale commercialisée, les 67% restants se faisant hors Opep. Un redressement des cours du baril à 55/60 dollars et plus sera fonction de la croissance de l'économie mondiale, sans préjuger du risque d'un accroissement de l'offre qui serait due à la hausse de la production des pays non-Opep notamment des USA dont les gisements marginaux deviennent rentables. Car, depuis la hausse du prix, il y a une entrée massive du pétrole, gaz de schiste américain dont les coûts de production ont baissé depuis trois années de 40 à 50% grâce aux nouvelles technologies étant rentables pour les grands gisements à 30 dollars, pour les gisements moyens à 40 dollars et pour les gisements marginaux entre 50-60 dollars. Selon l'agence Bloomberg en date de février 2017, les producteurs de pétrole non conventionnel ont réalisé d'énormes efforts pour réduire leurs seuils de rentabilité, gagnant de l'argent avec un baril entre 40-50 dollars, alors qu'il fallait au moins 70 à 80 dollars, il y a encore deux ans et à 30 dollars dans certains comtés du Texas où les investissements devraient ainsi augmenter de 30% dans le secteur en 2017. Chef de file du cartel, l'Arabie saoudite avait longtemps soutenu une politique de prix bas, espérant évincer les concurrents de l'Opep, notamment les producteurs de pétrole de schiste américains. Mais la chute des cours avait fini par affecter son économie, l'incitant à changer de stratégie. Mais, en plus des stocks américains qui ont atteint un niveau record, d'une croissance de l'économie mondiale molle, notamment de la Chine, qui tire la demande, un prix supérieur à 60 dollars rendrait les gisements marginaux américains rentables, accroissant l'offre pouvant dès alors aboutir à un prix bas en raison de la surabondance de l'offre. D'où cette proposition de l'Arabie saoudite d'avoir un prix d'équilibre qui tourne autour de 55/60 dollars le baril devant concilier les intérêts des producteurs et des consommateurs et surtout afin de faire face à la concurrence américaine.
En résumé, le rapport offre/ demande à court terme, la structuration de la croissance de l'économie mondiale et la nouvelle configuration énergétique mondiale qui se dessinent entre 2017-2030, avec de nouvelles énergies alternatives concurrentes, seront à l'avenir les déterminants tant du cours du pétrole que celui du gaz naturel. Devant éviter de raisonner en termes de modèle de consommation énergétique linéaire, nous devrions assister à une transition énergétique fondée sur l'efficacité énergétique, et les énergies renouvelables qui devraient connaître un grand essor selon le dernier rapport de l'AIE avec des réductions des coûts prévus de plus de 60%. Pour l'Algérie l'énergie étant au cours du développement et de la Sécurité nationale, dont 98% des recettes en devises proviennent directement et indirectement, des hydrocarbures et de leurs dérivés d'hydrocarbures, elle se doit d'être attentive à l'évolution des cours du pétrole, mais également du gaz représentant 33% des recettes de Sonatrach et surtout d'avoir une vision claire de la transition énergétique mondiale ayant des avantages comparatifs importants pour impulser les énergies renouvelables, tout en ne négligeant pas les autres énergies.

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